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Publié par Saoudi Abdelaziz

6 décembre 2020

Abdelaziz Rebah, économiste. Photo DR

On se souvient qu’en 2008, on avait pensé, dans le monde, que l’heure des comptes à régler avec 30 ans de règne du néolibéralisme avait sonné. Le discrédit du bréviaire néolibéral était, alors, à son paroxysme. Et pour cause, il a fait basculer le monde dans une récession globale, la première depuis la Seconde Guerre mondiale. L’ampleur du désastre provoqué par la finance capitaliste affranchie de sa laisse s’étalait au grand jour.

En 2009, les États-Unis, ennemis jurés de toute immixtion de l’États dans l’économie, surmontant leur aversion séculaire, découvrent soudainement les vertus de l’États-providence. Des Républicains purs et durs appellent à nationaliser des titans de la finance tombés en faillite. A la veille de céder le bureau ovale de la Maison-Blanche à Barack Obama, George W. Bush junior, porte-drapeau arrogant et belliqueux de l’ultra-libéralisme, implore le Sénat américain de soutenir le plan Paulson qui donne carte blanche au gouvernement américain pour sauver Wall Street, ce temple mondial du capitalisme, menacé d’effondrement.

« A l’encontre de mon instinct naturel qui est de m’opposer à une intervention du gouvernement et de laisser les entreprises qui prennent les mauvaises décisions s’éteindre », s’était-il empressé d’ajouter.

Lui emboitant le pas, crise oblige, les gouvernements occidentaux volent au secours de l’économie de marché. La Grande-Bretagne, patrie de la City londonienne, nationalise, sans complexes, des banques en perdition, pendant qu’en Allemagne, la chancelière Angela Merkel adopte, certes, à son corps défendant, un plan de relance et que se multiplient, dans le désordre, les interventions publiques dans les économies de l’Euroland.

Les détenteurs des instruments de politique économique en usent à leur guise. Sans état d’âme.

Exit l’orthodoxie budgétaire, fiscale et monétaire. L’appel au retour salvateur de l’États est unanime. Il reçoit la caution scientifique de Nobel de l’économie, Joseph Stieglitz (2001), Paul Samuelson (1970), Paul Krugman (2008). On redécouvre des économistes remisés au placard, pour cause de « péremption » comme Keynes ou son disciple Hyman Minsky, et même Marx et Samir Amin redeviennent fréquentables ! « A présent, nous sommes tous des Keynésiens », proclame l’éditorialiste économique du Financial Times et du journal Le Monde, Martin Wolf , tandis que le chroniqueur de Newsweek, Jonathan Alter, renchérit : « Nous sommes tous socialistes maintenant.»

Mais la parenthèse va être de courte durée. Une fois passée la frayeur de l’effondrement de titans de la finance capitaliste mondiale, on revient au « business as usual ». Trois ans après l’éclatement de la crise « qui a fortement mis en lumière les écueils, limites et dangers ainsi que les responsabilités de la pensée économique dominante en matière économique », le logiciel « néolibéral » était remis en marche, de plus belle, malgré ses échecs patents.

Voilà que douze ans après l'effondrement de 2008, Coronavirus oblige, certains États capitalistes ont dû concéder des reculs sur les dogmes. L'Espagne nationalise tous les hôpitaux et fournisseurs de soins de santé. Partisan pur et dur du « laissez-faire le marché », le président français Emmanuel Macron s‘amende : « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, déclara-t-il dans un discours le 12 mars dernier, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre États-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond, à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle... ». Il vante les mérites des services publics, mais il ne va pas remettre en cause les lois qu’il a fait voter et qui en ont organisé la casse.

La crise sanitaire sert de prétexte pour accélérer les réductions d’effectifs, Macron et son gouvernement profitent du covid pour continuer leur politique pour soumettre la société française aux objectifs du capital. « Plan de relance » après « Plan de relance », le gouvernement octroie des milliards aux multinationales capitalistes pour augmenter leurs profits, il finance des plans de licenciement massifs, les restructurations, les fermetures d’entreprises, afin qu’elles soient plus compétitives et qu’elles occupent une place dans la concurrence capitaliste internationale.

Alors, on va revenir, une fois de plus, encore, au « business as usual », comme s’il n’y avait pas eu la leçon de la pandémie. Tout à fait conforme à l’inclination naturelle du capital. Car il n’est pas dans la nature du capitalisme de remettre en question ce qui fait sa raison d’être : le profit. La bourgeoisie, ses médias et ses élites préparent déjà les esprits aux nouveaux sacrifices qui vont être demandés aux peuples pour « sauver l’économie ». Aujourd’hui, patrons, banquiers, élites libérales et gouvernantes concoctent déjà la note salée à présenter aux travailleurs et aux peuples pour panser les blessures économiques de la pandémie et lui redonner du sang neuf : allongement de la durée du travail, suppression des congés, baisse des salaires, mises au chômage, etc.

L’objectif majeur du capital c’est de repartir avec le maximum de moyens à sa disposition dans la course au profit.

Il devra se placer dans la concurrence mondiale capitaliste, pour la conquête des marchés, pour trouver de nouvelles sources de profits. La concurrence capitaliste mondiale sera féroce. Il aura besoin de se donner les moyens d’exploiter plus encore les travailleurs, pour cela de remettre en cause les acquis sociaux de haute lutte.

Le capitalisme, système par essence prédateur des forces humaine et de la nature, s’approche, certes, de sa gare terminus, mais il faut le pousser pour qu’il se presse à la rejoindre.

Source : Facebook

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