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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les « repères économiques » hebdomadaires du quotidien libéral sont indulgents. L'économiste Abdelhak Lamiri écrit : "Il est heureux de constater qu’on essaye de donner plus de visibilité à l’économie par un cadrage sur plusieurs années. Bien sûr qu’un cadrage budgétaire sans stratégie de développement a beaucoup de chance de déraper et que le processus managérial en l’état est encore trop insuffisant pour maîtriser les différents déséquilibres économiques. Mais c’est un petit pas dans la bonne direction et il faut absolument le mentionner."

Loi de finances : les indicateurs désirés

Par Abdelhak Lamiri*, 30 novembre 2020

Chaque année, le rituel de la loi de finances produit une explosion d’analyses économiques et sociales contrairement à tous les autres pays où les budgets sont raisonnablement commentés. C’est que, mises à part les lois de finances successives et les lois de finances complémentaires, la visibilité économique est extrêmement réduite. On n’a que la loi de finances pour nous situer un tant soit peu dans le marasme des développements économiques.

Dans une loi de finances, il y a toujours des développements positifs et des aspects correctifs à mener. Il faut aussi gérer les décisions passées pour aller vers une autre étape et il n’est pas facile de mener cette transition. Nous avons eu plusieurs décideurs et donc plusieurs priorités et les décisions prises produisent un effet malsain sur les différentes branches de l’économie nationale.

On pense en management des affaires, aussi bien macroéconomiques que microéconomiques qu’un responsable moyen qui demeure à son poste dix ans donne de bien meilleurs résultats que dix génies qui se succèdent. Le monde est ainsi fait ; même de bonnes décisions mais vite remises en cause et remplacées par d’autres bonnes décisions produisent de mauvais résultats. Car quand on décide, il y a des ressources qui sont affectées, des personnes nommées et des formes d’organisations mises en place qui peuvent être bonnes pour développer une situation mais pas une autre. Si on décide de prioriser l’électronique, on oriente des ressources, on commence à introduire de nouveaux programmes dans les universités, on nomme des gens, etc. Mais si, six mois plus tard, on privilégie l’agriculture saharienne par exemple, les deux secteurs vont souffrir car on n’a pas les continuités de politiques économiques nécessaires à la réussite.

Loi de Finances intégrée dans un cadre triennal

La loi de finances 2021 fait une avancée positive par rapport à d’autres. Elle s’inscrit dans un cadre triennal (2021-2023). Il faudrait, pour être juste, (le gouvernement entre 2014 et 2017 avait adopté une telle démarche) un cadrage budgétaire qui devait aboutir à réduire substantiellement les déséquilibres budgétaires. Mais l’option a été tout de suite abandonnée par les nouveaux responsables. Notre pays subit ces aléas depuis longtemps. Chaque nouvelle équipe vient avec un nouveau programme qui est vite abandonné par la prochaine.

Il est heureux de constater qu’on essaye de donner plus de visibilité à l’économie par un cadrage sur plusieurs années. Bien sûr qu’un cadrage budgétaire sans stratégie de développement a beaucoup de chance de déraper et que le processus managérial en l’état est encore trop insuffisant pour maîtriser les différents déséquilibres économiques. Mais c’est un petit pas dans la bonne direction et il faut absolument le mentionner.

Le budget est un ensemble de prévisions qui reposent sur des hypothèses qui sont plus ou moins réalistes mais qui, surtout, en disent long sur l’état d’esprit des décideurs publics. Les différentes projections que l’on a, comme la croissance économique hors hydrocarbures de 2,4% pour 2021, où le taux d’inflation envisagé de 4,05% et autres sont très dépendants d’aléas que personne ne peut contrôler.

En plus des incertitudes liées aux variations des prix des hydrocarbures que nous avons intégrés dans nos coutumes économiques, nous en avons un de plus, mais très méconnaissable et beaucoup plus incertain : la Covid-19. D’après les premières indications, la pandémie va durer plus longtemps que prévu dans notre pays et très probablement plus des deux tiers de l’année 2021 seront sous l’impact de la Covid-19. On ne peut pas prétendre à un tel taux, même s’il est faible, dès lors que nous serions toujours sous le coup de la pandémie. On peut même s’attendre à une autre régression de l’activité économique et donc continuer sur une croissance négative.

Prendre des décisions censées

Pour la Covid-19, la situation va dépendre de nombreux paramètres mais il y a une course contre la montre. Plus vite on vaccine toute la population, plus vite l’économie repart et plus la croissance va générer des ressources pour alimenter la future croissance. Les paramètres sont si interconnectés qu’une évaluation pluridisciplinaire de la situation s’impose aujourd’hui plus que jamais. On devrait avoir une commission budgétaire pluridisciplinaire avec, en plus des financiers, des sociologues, des spécialistes en médecine, des technologues, des anthropologues, etc. Et même à l’intérieur d’une discipline comme l’économie, nous avons de nombreuses spécialités, comme l’intelligence économique, l’économie de la santé, les stratégies d’exportation, etc.

On peut tirer profit des experts des différentes spécialités. La projection à 2023 révèle une certaine psychologie des concepteurs de la loi de finances 2021. On peut lire entre les lignes des messages importants. D’ailleurs, en communication, les spécialistes disent que l’essentiel c’est ce qui n’est pas dit. Il est stipulé que le taux de croissance hors hydrocarbures en 2023 sera de 3,37%. Bien sûr que c’est la meilleure estimation à laquelle ont pu arriver nos experts. On peut être d’accord ou pas, mais nul ne saura qui, en réalité, aurait raison. Mais elle divulgue un malaise de l’économie nationale qui dure depuis des décennies et auquel personne n’a trouvé de réponse actuellement : la stagnation et même parfois la chute de la productivité.

La productivité humaine et celle du capital régressent ou au mieux stagnent depuis des décennies sans qu’aucun programme réel et efficace ne leur soit adressé. Pour simplifier à l’extrême, la productivité humaine c’est ce que produit chaque année un Algérien employé. Est-ce que son output augmente, stagne ou baisse ? La productivité du capital, c’est ce que produit un équipement acheté à X DA par an. Est-ce qu’on a des améliorations, des stagnations ou des régressions ? On a besoin de ces indicateurs pour finalement dire si on est dans la bonne voie ou pas. J’ai des centaines de chiffres devant moi contenus dans la LFC.

On en a besoin pour les autorisations de programme et le reste. Mais pour mieux analyser si on est dans la bonne voie ou pas, il faut nous fournir les informations sur la productivité. Le CNES s’est penché sur la question plusieurs fois sans trouver de réponse. Alors, nous devons au moins avoir des données sur la question. Les solutions existent mais nous avons besoin des données des dernières années d’abord (j’ai fait mes propres estimations mais on a besoin de données officielles).

Car la situation est simple. Si la productivité s’améliore, on est sur la bonne voie. Si elle stagne ou régresse légèrement, comme elle le fait depuis des décennies, nous allons droit vers des problèmes majeurs.

*PH. D. Insim Sup

Source : El Watan

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