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Publié par Saoudi Abdelaziz

Plaque qui marque l'emplacement où le Premier Ministre suédois Olof Palme a été abattu. Photo DR

Plaque qui marque l'emplacement où le Premier Ministre suédois Olof Palme a été abattu. Photo DR

Conclusion de l'étude de Nima Sanandaji parue sous ce titre dans Slate.fr le 11 septembre 2018

 

(...) En 1975, la garantie de sécurité promise par l’État au public commença à paraître inabordable. Le pays se détourna de la planification centrale pour s’orienter vers une forme de capitalisme bien plus décentralisée et moins réglementée.

 

Ce changement alimenta une transformation culturelle. L’introduction de la télévision commerciale exposa les Suédois et Suédoises à des hiérarchies de capital social et économique aussi nouvelles que séduisantes. Ces hiérarchies étaient plus alléchantes que l’unité guindée du folkhemmet* précisément parce qu’elles étaient moins égalitaires.

Dans le même temps se produisit un énorme phénomène d’exode rural, qui détendit les liens et les réseaux traditionnels. De façon plus subtile, cela réduisit les opportunités de chacun et chacune de se sentir, et d’être, importante dans sa propre sphère ou dans sa communauté. Lorsqu’il y a beaucoup de petits étangs, chacun aura son gros poisson; quand il n’y a qu’un seul lac énorme, bien moins de poissons peuvent être considérés comme vraiment gros. Il ne suffisait plus d’être quelqu’un d’important dans une ville de province ou une usine locale –et d’ailleurs, ces dernières disparurent aussi, lors de la grande désindustrialisation des années 1980 et 1990.

Les impôts furent réduits, les congés maladie et les allocations chômage baissèrent; la présence de l’État s’amoindrit dans le cadre d’une vague de privatisations, qui inclut notamment celle de la poste et des chemins de fer –aujourd’hui objets de honte et de colère nationale pour leur incapacité chronique à fournir des services corrects.

La dernière fois que je suis allé à Stockholm, en mai, un éminent journaliste du journal Dagens Nyheter –quelqu’un qui évolue au sein même de l’élite progressiste– m’a expliqué rageusement à quel point ces deux échecs lui donnaient l’impression que son pays était perdu et s’était éloigné de ses valeurs. Celles-ci avaient toujours inclus la compétence, la fiabilité et des infrastructures sociales en état de fonctionner. Maintenant, plus rien n’est à l’heure, même pas les trains. Le sentiment que le pays n’est plus lui-même s’étend bien au-delà d’un simple malaise autour de l’immigration.

Cette perte de la sensation des Suédois et Suédoises qu’elles et ils ont un foyer, et vivent dans un endroit où l’on doit vous accepter même si vous ne le méritez pas, hante leur politique actuelle –et plus largement toute la politique européenne. C’est l’un des grands facteurs de xénophobie, parce qu’elle met l’accent sur des questions qui ne se posaient jamais jadis: qui mérite une place dans la famille, et pourquoi?

 

Le fait de pleurer la perte du folkhemmet revient à reconnaître la fin de tout sens d’obligation mutuelle. Pas facile d’imaginer quelles politiques, quelles politiciennes ou politiciens seraient capables de redonner vie à un tel sentiment aujourd’hui.

En attendant, de nombreux Suédois et Suédoises choisissent de compenser la perte de leurs propres idéaux de gauche en glissant un bulletin de l’extrême-droite dans l’urne. Contrairement à la plus grande partie de l’establishment suédois, les populistes, au moins, reconnaissent que ces idéaux ont été brisés.

 

Texte intégral  : Slate.fr

 

* "Peut-être le meilleur moyen de capter le sens du folkhemmet passerait-il par le biais d’une traduction très libre, quelque chose comme «famille nationale».

 

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