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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Saoudi Abdelaziz, le 19 mars 2018

"Dans une nouvelle parue en français en 2014, l'écrivain italien Umberto Eco rapporte une discussion avec un chauffeur de taxi pakistanais à New York", rapporte Anne Coldefy-Faucard dans un article intitulé "La construction de l’ennemi".

"Apprenant que son passager vient d’Italie, celui-ci s’intéresse d’abord à la langue du pays et s’étonne que ce ne soit pas l’anglais, puis, sans transition, demande quels sont les ennemis des Italiens, « ceux qu’ils massacrent et qui les massacrent depuis des siècles », « pour des revendications territoriales, des haines ethniques, d’incessantes violations de frontières… ».

La réponse de l’auteur du Nom de la rose : les Italiens n’ont pas d’ennemis, ils ne massacrent personne, ne le satisfait manifestement pas : « Comment pouvait-il exister un peuple sans ennemis ? » Un peu honteux d’appartenir à un tel peuple, Eco conclut : « Je suis descendu en lui laissant deux dollars de pourboire pour le dédommager de notre pacifisme indolent ».

Cette rencontre fortuite conduit Umberto Eco à réfléchir à l’absence d’ennemi, aujourd’hui, en Italie – réflexion que l’on peut étendre à l’ensemble de l’Europe, à tout le moins occidentale. Eco prend conscience que l’unité de l’Italie s’est faite grâce à l’ennemi autrichien, que les États-Unis ont perdu leur identité en même temps que le grand ennemi soviétique, jusqu’à ce que Ben Laden vienne y mettre bon ordre, qu’ « avoir un ennemi est important pour se définir une identité, mais aussi pour se confronter à un obstacle, mesurer son système de valeurs et montrer sa bravoure ». Par conséquent, résume-t-il, « au cas où il n’y aurait pas d’ennemi, il faut le construire » .

 

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