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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"La France cherche visiblement à isoler l’Algérie dans la zone sahélienne malgré son rôle central et incontournable" note Fayçal Métaoui, dans un éditorial de TSA-Algérie "À la menace sécuritaire permanente, s’ajoute le jeu trouble de Paris avec qui il faut compter désormais comme un facteur déstabilisant". Ce matin dans la Tribune-dz, Noureddine Khelassi confirme cette analyse : "Le président Macron donne la fâcheuse impression de vouloir isoler l’Algérie en imposant sa propre vision".

Mais à quoi joue donc Macron au Mali ?

Par Noureddine Khelassi, 6 juillet 2017. La Tribune-dz

On sait que le jeune Président français manifeste un vif intérêt pour le Sahel en général et le Mali en particulier. On devine aussi qu’il veut désengager son armée qui s’est enlisée dans un conflit qui lui coûte beaucoup, notamment en termes financiers, sachant que le lourd dispositif Barkhane (4 000 hommes), c’est presque un milliard d’euros par an !

On sait dorénavant qu’il veut confier le sale boulot de la lutte antiterroriste à une force panafricaine (G+5) qu’il entend créer en dehors du cadre légal panafricain qui est l’Union africaine (UA). Mais on ignore à quel jeu il veut jouer réellement, tout en sachant pertinemment qu’il entend contourner l’Algérie, pays pivot dans la région. Pis encore, on a même le sentiment qu’il veut la doubler et même l’isoler !

Que l’on se rappelle à ce propos qu’il a déjà clairement critiqué son rôle diplomatique, l’accusant implicitement, et au minimum, de tiédeur face au terrorisme dans les contrées subsahariennes, notamment dans le Mali voisin. Il s’est même permis de parler d’exigence à son égard, indiquant alors qu’il «aurait une exigence renforcée à l’égard des États du Sahel et de l’Algérie : On ne peut pas manifester quelque faiblesse que ce soit à l’égard de groupements terroristes, quelles que soient les raisons politiques domestiques», avait-il déclaré. Le propos suggérait, sans ambiguïté, que l’Algérie faisait preuve de faiblesse à l’égard des groupes terroristes installés notamment au Nord Mali, donc pas loin de ses frontières, ou bien qu’elle fermait carrément les yeux sur l’action de certains groupes terroristes.

Ces propos outranciers, pour ne pas dire insolents et outrecuidants, ont naturellement été mal perçus dans un pays qui ne ménage pas ses efforts intenses et soutenus pour aplanir les divergences et rapprocher les points de vue des protagonistes de la crise malienne, pour mieux les amener à appliquer l’Accord de paix d’Alger de 2015. Quand il annonce la création d’une force africaine composée de 5 pays subsahariens, le président Emanuel Macron sait que l’Algérie n’en fera jamais partie et qu’elle ne lui apportera aucun soutien de quelque forme que ce soit, alors même qu’elle avait apporté une aide logistique à l’opération Serval et à Barkhane, faisant alors preuve de bonne volonté et d’un esprit coopératif.

En se limitant à la stricte solution sécuritaire, même s’il en délègue désormais l’exécution à une force locale africaine non approuvée par l’Union africaine, le nouveau chef de l’Etat français dont on ne connait pas trop la nouvelle doctrine diplomatique, se place en porte-à-faux par rapport à la diplomatie algérienne. Et il le fait tout en ne pouvant pas ignorer que l’Algérie a toujours privilégié les solutions durables, c’est-à-dire politiques, et dans le cadre multilatéral africain, tout en payant son écot personnel. Il ne peut ignorer non plus qu’elle a toujours œuvré à lier les aspects purement sécuritaires au dialogue politique inclusif et aux questions de développement économique, notamment dans les zones frontalières du Nord-mali. Mais le président Macron donne la fâcheuse impression de vouloir isoler l’Algérie en imposant sa propre vision.

Sinon, comment expliquer ce souci de créer une force militaire africaine qui n’est pas susceptible d’avoir l’assentiment de l’ONU et de l’Union africaine, et peut-être même pas celle de l’Union européenne ! Et sinon comment expliquer aussi le fait que les ministres de l’Intérieur du Portugal, de l’Espagne et du Maroc se soient réunis à Séville, en présence de l’ambassadeur de France, pour discuter de la manière de lutter contre le terrorisme, l’émigration clandestine, le crime organisé et la drogue avec le soutien du futur G5 Sahel militaire, une force qui n’existe pas encore et qui ne risque pas de trouver les sources onéreuses de son financement ? Comment expliquer donc le fait de travailler avec des pays qui n’ont pas de frontières directes avec la région du Sahel et qui ne pâtissent pas directement des fléaux en provenance du Sahel, notamment du terrorisme ? Qui sait, on verra peut-être plus clair dans ce jeu trouble du président Macron.

Source : La Tribune-dz

La diplomatie algérienne face au jeu trouble de Paris dans le Sahel

Par Fayçal Métaoui, 4 juillet 2017 TSA-Algérie

(...) Emmanuel Macron est revenu au Mali, le dimanche 2 juillet, pour annoncer et parrainer la création d’une force militaire conjointe de 5000 hommes regroupant cinq pays de la zone sahelo-saharienne : Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali et Mauritanie. Appelée G5 Sahel, cette force va, selon des médias français, soutenir les troupes françaises Barkhane et les Casques bleus de la Minusma au Nord-Mali, zone réputée riche en ressources minières.

L’opération Barkhane coûte cher à l’État français, presque 800 millions d’euros par an. Donc, Paris cherche également une voie de sortie pour éviter une présence militaire durable au Mali sans résultats notables. La France n’a pas pu obtenir une couverture onusienne à la G5 Sahel, en raison d’un refus américain.

L’Algérie, toujours attachée au principe de la souveraineté des États, refuse de faire partie d’une force militaire conjointe dont la création a été décidée dans un cadre non africain et par une ancienne puissance coloniale. Alger rejette toute implication de son armée en dehors des frontières et refuse l’ingérence étrangère dans les affaires des pays. L’Algérie a, pendant plusieurs années, tenté de rassembler les pays du Sahel autour de l’objectif de combattre le terrorisme et les crimes transfrontaliers d’une manière concertée, efficace et continue. Mais, des interférences extra-africaines ont empêché la réalisation de cet objectif.

Paris ne s’est pas contentée des manœuvres opérationnelles, mais a fait usage « d’une arme » diplomatique pour augmenter la pression sur l’Algérie. Pire, la France cherche visiblement à isoler l’Algérie dans la zone sahélienne malgré son rôle central et incontournable.

Lundi 3 juillet,  les ministres de l’Intérieur du Portugal, de l’Espagne et du Maroc se sont réunis à Séville, en présence de l’ambassadeur de France, pour discuter de la manière de lutter contre le terrorisme, la migration clandestine, le crime organisé et la drogue avec le soutien du G5 Sahel, une force sous-équipée et sans financements.

Pourtant, ces questions ont été maintes fois abordées et discutées dans un cadre africain, dans le cadre méditerranéen informel du 5 + 5 et dans le cadre bilatéral. Pourquoi la France fait-elle dans le double emploi ? Et quelle signification a « la lutte contre le terrorisme et le crime organisé » sans l’Algérie, le pays qui a le plus de frontières avec le Sahel et qui a le plus de moyens et d’expertise pour contrer les groupes terroristes et les réseaux criminels dans la région ?

Il est évident que sans l’Algérie, avec son poids diplomatique, militaire et politique en Afrique, le G5 Sahel ne fera rien. Mais, la diplomatie algérienne doit s’adapter à la situation en engageant un nouveau plan de déploiement dans la région avec tous les moyens possibles, en ayant comme objectif les intérêts de l’Algérie d’abord. Une Algérie qui partage des frontières avec des pays instables comme la Libye et le Mali.

À la menace sécuritaire permanente, s’ajoute le jeu trouble de Paris avec qui il faut compter désormais comme un facteur déstabilisant avec un nouveau président français dont la vision des relations internationales est encore floue. Paris semble s’engager sur une voie dangereuse en voulant jouer la carte d’un pays contre un autre ou une démarche politique contre une autre dans un dossier considéré comme très sensible par les autorités algériennes.  

Source : TSA-Algérie

 

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khaled 06/07/2017 11:59

La France veut par tous les moyens se prévaloir d'un leadership néocolonial en Afrique et particulièrement au Sahel prétendant devoir agir au nom d'une "responsabilité historique" qu'elle n'est prompte à reconnaître que lorsqu'il s'agit de maintenir dans l'asservissement des pays réputés libres et indépendants.
La encore la France entend agir par les hommes et les moyens des autres et bien sur en en retirant tous les mérites.....si mérites il y a.
En cas d'échec, et là, tel que c'est parti l'échec est assuré, ce sera évidemment par la faute de ceux dont la France se sert et dont elle fera des responsables incapables et attardés mentaux.
L'exemple des "exploits" herculéens de Sarkozy en Libye n'a pas fini de produire ses effets cataclysmiques faits de chaos, de misère, de mort et de désolation.
Il est vrai que les pertes humaines et matérielles ne sont pas françaises.....et le crime Sarkoziste n'est pas puni. Alors ou est le problème?
L'Algérie n'avait pourtant pas manqué de multiplier les mises en garde, refusant de se lancer dans l'aventure que lui proposait "avec fermeté" la diplomatie française, à la limite de menaces.
Les français étant de mauvais élèves comme disant Giap, ils ne profiteront pas de la leçon Libyenne et se lanceront de la même manière au Sahel, là encore augmentant de manière substantielle les menaces qui pèsent sur nos frontières sud et pas seulement.