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Publié par Saoudi Abdelaziz

Quartier Poirson où se situait le centre l'interrogatoire de la Sécurité militaire.

Quartier Poirson où se situait le centre l'interrogatoire de la Sécurité militaire.

Chaque individu a ses commémorations personnelles. J'ai été arrêté il y a 50 ans, le 2 août 1965 puis durant 18 mois j'ai fait un tour de quelques prisons de l'Algérie indépendante. 

Opposant au coup d'Etat militaire qui avait été perpétré quelque semaines plus tôt, le 19 juin 1965, j'avais été embarqué en pleine sieste par les RG à mon domicile d'El Biar puis transféré à la Villa des Oiseaux, le centre d'interrogatoire de la  Sécurité militaire, situé à Poirson, non loin d'Hydra.

Après cela, je serais transféré à la Prison militaire de Blida, après avoir été déféré devant le juge militaire pour atteinte à la sureté de l'Etat.

Quelques mois plus tard, l'inculpation passe au parquet civil d'Alger. Je suis alors transféré à la prison des d'El Harrach.

Après deux semaines de grève de la faim collective, je suis conduit quelques centaines de kms plus loin, au quartier d'isolement de la prison d'El-Esnam.

Puis retour à El Harrach d'où je serais libéré suite à une amnistie. 

POST-SPRIPTUM

Bachir Hadj-Ali raconte la Villa-des-Oiseaux.

(Extrait de son livre témoignage)

Une merveilleuse voix de contralto venue des profondeurs du Nil emplit le silence pesant. Un appel tardif à la prière s’élève, ponctué par un bruit sourd de bottes, cisaillé par le va-et-vient des verrous à bout de nerfs. Le coeur  chavire : chacun s’attend au calvaire. Un homme ou une femme va être soumis, dans un moment, à la question.

 Un cri de bête, étrangement humain, perce les murs épais de la cave grise et nous glace, à demi-étouffé par la masse élastique d’une cacophonie assourdissante : un haut-parleur, au maximum de sa puissance, tente de couvrir les cris. L’enfer est allumé. Il fonctionne et les yeux de ses servants sont injectés de sang. Nos tortionnaires s’adonnent immodérément à l’alcool.

 Nous sommes dans l’Algérie indépendante, encore toute marquée par le supplice et les crimes des Faulques et des Charbonnier. Les Faulques et les Charbonnier algériens leur ont succédé.

 Ce témoignage se veut le prolongement et le pâle reflet de nos protestations inarticulées dans les profondeurs glacées ; du combat secret livré contre la mort couleur des étangs endormis, aveuglants de lumière ; de la lutte menée par la dignité blessée face aux humiliations, aux insultes et aux coups des spadassins enlaidis par la colère et la méchanceté.

 Le lieu du supplice -parmi tant d’autres- est dans la banlieue algéroise. Il est entouré d’arbres, d’oiseaux et de barbelés. Il est situé dans un quartier résidentiel, non loin des somptueuses villas des ministres Boumaza, co-auteur de La Gangrène et Bitat (dont j’ai évoqué la figure dans la Complainte de Baba Arroudj en décembre 1960) exactement à Poirson, quartier général de la Sécurité militaire, sur l’artère qui relie le boulevard Bougara au chemin Beaurepaire.

 L’installation française a été conservée, les méthodes actualisées pour l’infâme besogne. De là à invoquer l’héritage colonial, il n’y a qu’un pas. A leur décharge, il faut dire que nos tortionnaires n’ont pas osé le franchir. Ils n’ont jamais fait allusion à la  „génène“ des parachutistes français. On les comprend. Cherchant une justification à ses réactions de chat sauvage, la Gouape m’a dit un jour: "Si tu travailles un mois ici, tu sera aussi sauvage que nous.“ (...)

 Texte intégral de l’Arbitraire: Socialgerie.net

 

 

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