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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

M. Saadoune déplorait il y a quelques jours dans le Quotidien d'Oran "la servitude politique" du patronat algérien, dont "les intérêts rendent moins libres et moins distants que le commun des Algériens à l'égard du système". Dans le même journal, un patron explique ce matin à Kamal Daoud cet alignement : "Personne n'ira ouvrir la bouche pour dire du mal de la vache et de son maître".
 

 

 

 

Saïdanisme patronal : Le FCE devient une Kasma !

 

 

 

 

Par Kamel Daoud, 16 février 2014

 

 

 

Laissons de côté Gaïd avec Louiza, et parlons d'un autre cercle : les patrons. Ceux du FCE (Forum des Chefs d'Entreprise). Deux voix s'y prononcent déjà : celle qui parle d'indécentes pressions et de détournement de vocation d'une organisation et de menaces pures et celle qui appelle à un quatrième mandat. Pour cette dernière, le jeu est en grosse ficèle : en appelant à une AG extraordinaire une seconde fois après l'échec de la première, on rend caduque la condition du quorum et donc on peut «voter» sans les autres pour l'un des deux Bouteflika qui, aujourd'hui, mène ce pays par téléphone. Manœuvre aux temps des manœuvres.

 

 

«La question est : existe-t-il des patrons en Algérie ?», dira un ami homme d'affaires au chroniqueur : «le seul secteur porteur est celui de la subvention : si vous travaillez dans le lait, le sucre, le pain, l'huile ou les prestations publiques etc., vous êtes abonné au Système qui vous entretien par la subvention qu'il assure à ces produits de grande consommation ou au secteurs stratégiques. Le reste, c'est du virtuel. En gros, tous le monde est employé en Algérie : patrons et employés. Le régime paye en double ou en triple vos prestations ou vos importations nécessaires et vous assure l'amortissement des coûts et donc personne n'ira ouvrir la bouche pour dire du mal de la vache et de son maître.

 

Il n'y a pas de tissu industriel presque. Il n'y a que des chèques de l'Etat et les bons de commande. Tout le monde sait qu'il paye bien». Et surtout le silence. «Le pire est qu'avec cette entente sur la subvention ou la surfacturation, on ne gagne rien. D'abord on perd un pays et, ensuite, ce que vous gagner chez le régime, vous le distribuez plus tard pour le régime, pots-de-vin et commissions». Patrons clientélisés, rackettés, menacés ou «imposés» ou dans la course de «l'abus d'obéissance».

 

Aujourd'hui donc, c'est le tour du FCE de voter avant le vote. Par pressions, intimidations ou manœuvre à la FLN. Et c'est dommage pour cette organisation qui aurait pu jouer à la transcendance et garder la main haute, loin des urnes et des saidanismes, pour aider à diriger un pays au lieu d'embrasser une main monarchiste. Un patron crée de la richesse, pas des Kasma. En principe.

 

Résultat ? Le jeu est bien ficelé avant l'annonce de la candidature la plus surréaliste du siècle : de l'ANSEJ national pour cliéntéliser les coupeurs de routes, chômeurs, émeutiers, gisements ruraux d'électeurs et élites addictives de la gratuité ; de l'autre ANSEJ international avec la vente au rabais des licences de tabac, des gisements miniers, des grands contrats stratégiques. Restait l'ANSEJ patronal. Sous forme de paiement de subventions, marges, projets publics et obligations de lobbyistes ou menaces. Le tout sous la coupe de fidèles militaires et du FLN de Saïdani.

 

Du beau jeu en main. Grandiose technique mais qui ne repose sur rien et qui vend du vent. Car dans ce jeu, on sauvera une famille, pas ses entreprises et pas un pays. Des liens de sang, pas des liens de nation. Les Bouteflika sont-ils la stabilité ? Que non ! Juste du temps gagné sur le vieillissement, la maladie ou le procès de l'Histoire pour monarchisation d'une république. La clientélisation n'est pas l'économie et la prolongation n'est pas la relance et un homme malade n'est pas la stabilité. On aura plus de Saïdani, encore plus de coupeurs de routes, d'émeutiers, encore plus de kasma à la place du FCE et des patrons et plus de tuteurs occidentaux en positions de force et de colons. Et c'est tout.

 

Même après deux ou trois décennies, le patronat algérien reste otage. De lui-même, de ses stratégies «individuelles» ou régionalistes, de ses cupidités, de ses positions de clients et de ses divisions de basse Kasma malgré le brillant de certains de ses membres. Dans le tas des sigles de ce métier, seul le FCE a donné un peu espoir de voir émerger une troisième force médiane entre le baril et le FLN, avant de sombrer, aujourd'hui, dans le redressement et le saïdanisme. Et c'est dommage. Rien ne semble arrêter la machine du téléphone que Dieu ou un grand soulèvement. Et les deux existent.

 

 

Source: Le Quotidien d'Oran
 

 

 

 

 

Servitude politique

 

 

 

 

 

Par M. Saadoune, 13 février 2014

 

 

Devant la montée des mauvais signaux émanant du pouvoir et de ses périphéries, les Algériens restent calmes et observent avec beaucoup de distance les disputes parfois délirantes qui se déroulent à travers les médias. Cette latitude de rester distant -et sur ses gardes- à l'égard des débordements du sérail n'est pas donnée à ceux qui dirigent des organisations et des appareils politiques. Placés politiquement en posture de satellites, ces appareils tanguent douloureusement quand la direction du vent au sein du pouvoir cesse d'être lisible. Les patrons du FCE qui ont jusqu'à présent soutenu, sans états d'âme, la candidature de Bouteflika, se retrouvent aujourd'hui dans une situation des plus inconfortables. Ceux qui connaissent la maison du FCE avec ses grands patrons et ses «smarties» n'hésitent pas à parler de la galère des «pauvres patrons» soumis à de forts vents contraires.

 

Avec humour, l'un d'eux parle d'un phénomène curieux de «transhumance» chez les patrons algériens qui se retrouvent presque tous en voyage ou en «cure de santé» jusqu'à nouvel ordre. A telle enseigne que la réunion destinée à trancher sur la question du soutien ne s'est pas tenue faute de quorum. Les choses sont ainsi en Algérie qu'une organisation patronale semble sommée de se prononcer sur une candidature qui n'est pas officiellement annoncée. Il est vrai que c'était le cas avant les précédentes présidentielles. Mais jamais les patrons ne se sont retrouvés devant une situation aussi délicate au sein du pouvoir. Bouteflika, lui-même, évoque une menace sans précédent depuis l'indépendance contre l'unité de l'armée et la stabilité du pays. Slim Othmani, patron de NCA Rouiba, confirme d'ailleurs qu'on n'est plus dans des suggestions de type civilisé mais dans une tentative d'imposer «des choses à des chefs d'entreprise par la force, par la contrainte et la menace. Je pèse mes mots quand je parle de menaces, parce que certains d'entre nous commencent sérieusement à avoir peur».

 

Voilà qui est on ne peut plus clair. Cela traduit clairement le climat détestable qui règne dans le pays en raison des batailles au sein du pouvoir. Pourtant, les patrons gagneraient à prendre leur courage à deux mains et à s'émanciper des «dictées» du pouvoir. Ils peuvent partager le sentiment général de l'opinion algérienne sur le fait qu'ils ne sont pas responsables de la crise actuelle et qu'ils ne disposent pas d'instruments pour peser dans les solutions. «Des choses pareilles n'ont pas lieu d'exister au XXIe siècle, surtout lorsqu'on est en train de construire un environnement économique où le maître mot est la confiance», a déclaré Othmani. Malheureusement, ces choses existent. Et il faudra aux patrons -que les intérêts rendent moins libres et moins distants que le commun des Algériens à l'égard du système- de se libérer de la servitude de devoir s'aligner. A plus forte raison quand cet alignement a toutes les chances de contribuer à la dégradation de la situation. Les patrons algériens auront-ils la capacité de se transcender et de faire de cette crise au sein du pouvoir une opportunité de se libérer de la «servitude politique» ? Eux seuls peuvent y répondre.

 

 

 

 

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