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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Le tracé des «lignes rouges» est difficile à définir, car il n'est pas défini par la loi, ni par aucun texte (...). Sous Liamine Zeroual, le général Mohamed Betchine avait été, brutalement, poussé en dehors de la ligne rouge, et offert comme cible à la presse. Noureddine Boukrouh s'était régalé, pour devenir ministre, quelque temps après".

 

Par Abed Charef, 17 février 2014

Malgré sa formation d'énarque, Abdelmalek Sellal parle de ligne rouge, non de Constitution et de loi.
 Abdelmalek Sellal, en campagne électorale en faveur du président Abdelaziz Bouteflika, a accompli, samedi, un geste lourd de sens. Alors que la polémique enflait sur le rôle du DRS, dans la vie politique du pays, le Premier ministre s'est rendu à Mila, ville natale de feu Abdelhafidh Boussouf, fondateur des Services spéciaux algériens, où il a dévoilé une statue érigée à sa mémoire. Dans le feu de la guerre de libération, Abdelhafidh Boussouf, encore vénéré, aujourd'hui, par les «Malgaches», ceux qui ont appartenu au Ministère de l'Armement et des Liaisons générales, le fameux MALG, a monté un redoutable appareil pour encadrer la révolution algérienne ; un appareil transformé, progressivement, en instrument de prise du pouvoir, puis de contrôle de la société, jusqu'à ce qu'il devienne omniprésent, dans la gestion du pays.
 

Aujourd'hui, dans une conjoncture très particulière, où les symboles sont fortement sollicités, le geste de M. Sellal acquiert une lourde signification. Homme de confiance du président Bouteflika, également considéré comme un homme lige du DRS, M. Sellal était le mieux indiqué pour rappeler cette jonction indispensable pour tout pouvoir algérien : il doit avoir le soutien de l'ensemble de l'appareil militaire et sécuritaire du pays. A travers M. Sellal, c'est donc le président Bouteflika qui rappelle tout ce qu'il doit aux services spéciaux. Lui-même n'a pas appartenu, directement, au MALG, mais il a subi une formation dans une structure qui allait devenir le MALG. A ce titre, il est l'un des fondateurs du système politique algérien. La célèbre sécurité militaire a, aussi, accompagné M. Bouteflika, lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères, lui permettant de se façonner la brillante carrière qu'il a eue à ce poste.
 

Des lignes rouges fluctuantes
 A Mila, M. Sellal a aussi évoqué un autre symbole. Il a déclaré qu'il ne faut pas franchir «les lignes rouges» lors de la campagne pour les présidentielles. Ce concept de «ligne rouge» a, longtemps, empoisonné la vie politique du pays. Car si, dans un pays moderne, les règles sont définies par la constitution et les lois, dans un pays autoritaire, la ligne rouge bouge énormément, au gré de la volonté des dirigeants du moment.
Durant l'ère Boumediène, mettre en cause le socialisme ou le parti unique ne pouvait même pas être envisagé. Toute velléité politique indépendante était considérée comme une grave atteinte aux «lignes rouges». Plus tard, dans les années 1980, évoquer Ahmed Ben Bella, Hocine Aït-Ahmed, ou créer une association indépendante, pouvait constituer un dépassement grave de la ligne rouge. Parler du montant de la dette extérieure de l'Algérie était, également, considéré comme une enfreinte à cette règle. Un journaliste en a fait l'amère expérience. Il a été arrêté et interrogé par le DRS pour avoir évoqué une question, devenue banale quelques mois plus tard. Dans les années 1990, les violations des Droits de l'Homme et le dossier des disparus étaient des thèmes bannis. Interrogé sur la suspension d'un journal, en 1995, un Premier ministre s'était contenté de dire : il a franchi la ligne rouge. Laquelle ? Deux décennies plus tard, le propriétaire du journal sanctionné ne le sait, toujours, pas.
 

Retour à la constitution et la loi 
 Critiquer l'armée ou une de ses directions, comme le DRS, est considéré, aujourd'hui, comme une ligne rouge. Amar Saadani donne l'impression de l'avoir franchie, en s'attaquant au dernier homme qu'on ne peut critiquer en Algérie, le patron du DRS, Toufik Mediène. Mais on peut, depuis des années, dire tout ce qu'on veut du président Bouteflika. Un directeur de journal a même fait cet aveu : il a été invité à tirer à boulets rouges sur le président Bouteflika, à plusieurs occasions, et ça pouvait rapporter de l'argent à son journal ! C'est dire que le tracé des «lignes rouges» est difficile à définir, car il n'est pas défini par la loi, ni par aucun texte. Il fluctue, au gré de l'état de la société, des luttes, et des libertés, mais aussi selon les besoins conjoncturels du pouvoir. Sous Liamine Zeroual, le général Mohamed Betchine avait été, brutalement, poussé en dehors de la ligne rouge, et offert comme cible à la presse. Noureddine Boukrouh s'était régalé, pour devenir ministre, quelque temps après.
 Toutes ces péripéties confirment que le caractère archaïque de ce concept de «ligne rouge», qui devrait disparaître, dans un pays démocratique, au profit de la constitution et de la loi. Ce serait d'ailleurs le signe du passage d'un système autoritaire et archaïque, où la volonté du chef fixe la norme, à un système moderne, où la règle est connue et respectée de tous, en premier lieu par les dirigeants. La souveraineté nationale, l'intégrité du territoire, l'unité de l'armée sont consacrées par la constitution et protégées par la loi. Elles n'ont pas besoin de ligne rouge.

Source: Le Quotidien d'Oran

 

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Ouas Ziani 17/02/2014 20:49

Si je comprends bien Abed Charef, il faut s'attendre à ce que hicham Abboud, Benchikou et Sifaoui deviennent tous des ministres dans le gouvernement Benhadid. Pour revenir aux lignes rouges, disons que les zones interdites sont délimitées au jugé et pas nécessairement au sommet. Saad Garboussi a estimé que son fief a été violé par Abdelhai Beliardouh, poussé au suicide comme réparation à cette transgression.