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Publié par Saoudi Abdelaziz

Firassi Rond-point, (Dans ma tête un rond-point) sort mercredi 24 février sur les écrans. C'est le premier documentaire long-métrage de Hassen Ferhani. Il est tourné dans les abattoirs d’Alger.

Rendant compte du film lors du Festival international de cinéma de Marseille (FID) en juillet dernier, Luc Chessel, l'envoyé spécial du quotidien français Libération écrivait : "Par le jeu des libres conversations, dans la danse du repos et du travail, par le miracle des rencontres avec eux, par le hasard de quelques plans prodigieux, l’abattoir devient un pays, l’Algérie aujourd’hui, et un monde entier aux portes ouvertes, traversé de drames, de mille récits légendaires et quotidiens, de mille jeunesses sans horizon mais pas sans avenir. Le plus grand film du FID est beau comme les larmes d’espoir des hommes quand ils se surprennent à dire ce qu’ils voient."

Hassen Ferhani, né en 1986 à Alger

Le magazine OrientXXI publie ce matin une interview du cinéaste réalisée par le critique de cinéma Nathan Letoré. Quelques extraits.

"J’avais l’idée en tête depuis un bout de temps. Le quartier où j’habite quand je suis à Alger n’est pas loin des abattoirs  ; ceux-ci sont situés près du centre, dans un lieu qui est traversé par un oued connu, l’oued Kniss. C’est une zone avec des brocantes, des monts de piété : toute une vie qui s’est créée depuis le début du XXe siècle. C’est un monde ouvrier, avec des gens qui très souvent sont de passage. Je m’y intéressais depuis un bout de temps. J’avais fait un court-métrage dans le quartier Cervantès qui est à côté, où Cervantès a habité et où le premier film de Tarzan a été tourné. Il s’agissait d’un film avec les gens du quartier.

"Le lieu m’avait toujours fasciné. Et je voulais faire un film avec des ouvriers. La question du monde ouvrier n’est pas abordée dans le cinéma algérien. Ni de façon historique, ni de manière générale. Un jour, j’ai décidé d’entrer dans les abattoirs, pour voir. J’ai vu des images, des atmosphères, des lumières, j’ai entendu des musiques… Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. Mais j’ai décidé de ne pas faire de repérages. Ensuite, il y a eu trois ans entre le déclenchement de l’envie et le moment où j’ai posé la caméra pour la première fois : le temps de trouver une production, d’avoir les autorisations…"

"Comme les abattoirs sont situés au centre, il y a des enjeux fonciers importants, des tractations entre l’État et des lobbies financiers. Il y a des rumeurs qui courent. Les abattoirs ne vont pas être éternellement là-bas. C’est comme la Villette à Paris. Le quartier est situé à côté des champs de manœuvre  ; les usines Citroën étaient juste en face des abattoirs durant la période coloniale. C’est le dernier témoin d’une époque de manufactures, d’usines qui ont disparu. En même temps, c’est l’Algérie d’aujourd’hui. Je n’avais pas le désir de témoigner de quelque chose qui disparaît mais de raconter l’Algérie d’aujourd’hui à travers ses ouvriers.

Vous ne filmez que les ouvriers, on ne voit jamais l’institution au sens large, la hiérarchie ou les cadres supérieurs, remarque le journaliste.

"Oui, il s’agissait d’une décision consciente, répond le cinéaste. C’était voulu parce que plus on a du pouvoir, plus on est riche, plus on perd de la poésie. Ce n’est pas une règle générale… Il fallait aller gratter au-delà de ces filtres, des traditions. Quand on passe du temps avec les personnes, on peut avoir une parole libre, comme Youssef qui dit «  je verrai avec Dieu  ». J’ai plus de mal avec les gens établis, qui ont une fonction  ; c’est plus dur de chercher la poésie en eux. De les amener à une forme de sincérité, peut-être — mais je n’aime pas ce mot. De les amener à se révéler autrement."

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