Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 Par Saoudi Abdelaziz, 18 février 2012

La question de la participation  aux élections législative concerne, bien évidemment, les partis politiques reconnus et inscrit dans les registres du ministère de l’intérieur.

 Les citoyens de base assistent de loin aux préparatifs.

 Ne sont pas non plus concernés, directement, les Algériens qui participent aujourd’hui au combat politique mais sans disposer d’un parti correspondant à leurs convictions, reconnu par le ministre de l’intérieur.

 Parmi ces courants exclus de la joute électorale, on peut mentionner les Algériens islamistes qui œuvrent dans le cadre d’une conception libératrice de la religion, en faveur des humbles, présentant des analogies avec les tenants de la théologie de la libération latino-américaine. Ce courant était dans le Fis, a joué un rôle important dans l’ancrage électoral de ce parti, mais, sans s’associer à la lutte armée, ne l’a pas condamné publiquement. C’est sur ce point que joue le régime pour exclure ces « non repentis » du champ politique. Avec beaucoup de mauvaise foi, lorsqu’on voit le nombre d’anciens chefs terroristes avérés, souvent bien sanguinaires, classés repentis sur décision du DRS, dans les allées du pouvoir, ,des partis autorisés et dans les consortiums économiques.

 Il y aussi l'absence de la gauche marxiste, celle qui se reconnait une filiation dans le Pags, dissous en 1993. Il existe bien une sorte de Pags-canal historique diffus, mais ce courant n’a pas réussi, jusqu’ici, à reconstituer un véritable parti. Les services chargés de la protection du système ont activement travaillé à perpétuer l’atomisation de cette mouvance. 

 Il faut aussi mentionner l’absence électorale des courants patriotiques républicains se reconnaissant dans la démarche de feu Abdelhamid Mehri, dans l’intermède gouvernementale de Hamrouche ou dans les propositions de Sid-Ahmed Ghozali.

 A cette question préalable existentielle,  s’ajoute une deuxième question. La participation ne va-elle pas cautionner la démarche d’un régime qui a décidé qu’il est seul habilité à élaborer la constitution du pays, avec l’intention évidente de rester maître des règles du jeu ?

 Les communistes ont depuis longtemps débattu sur la pertinence du boycott dans le cadre d’un régime foncièrement anti-démocratique. Sous le tsarisme par exemple, Lénine avait constamment défendu l’idée d’utiliser  les élections comme caisse de résonnance de la politique des Bolchéviques.

 Durant la période d’effervescence électorale 1989-1991, le Pags avait, au départ, commis une erreur impardonnable : celle de soutenir, au lendemain des émeutes d’octobre, le référendum « d’ouverture démocratique » présenté par Chadli en novembre 1988. « Le dernier acte d'un scénario mal ficelé », c’est ainsi que Lakehal Ayat le dernier chef de la SM -qui se venge, dix après, de ce qu’on lui a fait porter le chapeau des émeutes-, caractérise « l’ouverture démocratique » qui a suivi les journées d’octobre. Il a confie à Sid Ahmed Semiane :

« Là, je suis tenté de répondre comme le philosophe italien Lampedusa quand il dit « Il faut tout changer pour que rien ne change».

 Comme de nombreux communistes, j’étais hostile à la participation du Pags aux élections communales qui suivront ce référendum, car cette participation s’inscrivait dans la logique de ce reniement originel. Dans mon esprit, le boycott aurait rectifié cette erreur. S’il avait rejeté, au départ, le bricolage constitutionnel proposé par Chadli, nul doute que le Pags aurait été mieux armé pour la joute électorale qui suivra. Emasculé de son radicalisme, il se cassera donc les dents aux municipales.

 Depuis le réferendum de 1988, les règles du jeu sont restés en l'état, avec quelques aménagements de circonstances.

 La volonté de changer ces règles du jeu, de refonder la République algérienne sur des bases démocratiques et sociales nouvelles est aujourd’hui bien ancré à gauche. Je pense que dans la période actuelle, le candidat d’un (hypothétique) parti de gauche, sur la base de cette démarcation fondamentale,  aurait sans doute pu tirer profit de la campagne électorale pour faire mener avec les gens et sur une plus large échelle un travail de diagnostic de la situation du pays et du monde en vue de définir les priorités de l’action publique. Et faire connaître plus largement la programme de ce parti.

 Les élections prochaines ne sont pas le chemin vers l’exercice d’une influence décisive du peuple algérien sur la marche du pays. Hocine Aït Ahmed a raison d’écrire

« Il est bien peu probable que les prochaines élections soient des élections ouvertes. En fait, et sans précautions inutiles, les prochaines élections n'ont aucune chance d'être des élections ouvertes ».

 C’est donc en toute connaissance de cause que le FFS, en tant que parti, prendra sa décision. Elle sera dans tous les cas honorable, venant d’une formation politique authentiquement républicaine.

 Mais, vient alors une autre question. Qu’en pensent les Algériens ? Tout le monde convient que les Algériens ne se reconnaissent pas, de longue date, sauf en 1990-91, dans la vie politique officielle et les scrutins électoraux. Cette désaffection vise un système qui paralyse toute vie républicaine authentique.

 Le peuple algérien aura-il une bonne raison de jouer le jeu et de changer d’attitude en mai 2012?

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article