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Publié par Saoudi Abdelaziz

La publication des câbles de Wikileaks intervient dans un contexte national marqué par une intensification des luttes entre les différents clans du système pour le contrôle du pouvoir.

 

« Les secrets d'Etat les plus protégés ne figurent pas dans les documents dont nous avons eu connaissance », affirmait en novembre dernier Sylvie Kauffman, directrice de la rédaction du journal Le Monde, chargée du tri et de la mise en forme des documents fournis par Wikileaks.

Aujourd’hui, ces câbles semblent être un vide-grenier, une sorte de marché aux puces où chacun peut trouver la pièce qui étaye ses propres hypothèses.

Ainsi ce câble sur l’entrevue en date du 31 janvier 2007 entre un expert financier et l’ambassadeur Robert S. Ford :

«Mohamed Ghernaout nous a dit que la liquidation de Khalifa relève d’un deal entre les dirigeants algériens et le renseignement français, justement pour laisser le champ libre aux banques françaises en Algérie. Il nous a dit aussi que Khalifa est devenu trop grand en un tout petit laps de temps. Les Français, qui voulaient avoir leur part du gâteau, ont misé sur l’imprudence du playboy Abdelmoumen pour appuyer leur thèse et faire tomber la banque». Et, semble-t-il, l’analyse de Ghernaout a marqué l’Américain : «sa prophétie est devenue réalité. En ces dernières années, les banques françaises, Société Générale et BNP Paribas qui ont ouvert plus de 50 succursales en Algérie ont affiché leurs intentions à reprendre le Crédit populaire algérien (CPA), listé parmi les sociétés privatisables». (Le Soir d’Algérie, 6/9/2011).

 

Ce câble vient nous rappeler que l’emprise du néocolonialisme français est une donnée centrale dans notre pays. Kharroubi Habib y revient dans son analyse parue dans le Quotidien d’Oran d’aujourd’hui.

 

 

Le parti de la France n'est pas là où on le pense

 

 Cinquante ans après son indépendance pourtant chèrement payée, l'Algérie est toujours arrimée à son ex-puissance colonisatrice par des liens dont la persistance et l'aspect parfois léonin montrent à quel point est factice le discours antifrançais, dont, depuis l'aube de cette indépendance, se gargarisent dans le pays la prétendue «famille révolutionnaire» et les pouvoirs successifs auxquels elle sert de socle social.

 A un moment ou à un autre, ces pouvoirs ont usé de ce discours en tant qu'arme de diabolisation et de discrédit à l'encontre de toute opposition interne s'aventurant à remettre en cause leur «légitimité», censée émaner du combat libérateur mené contre la présence et la colonisation françaises. Etre traité «d'agent de la France» équivalait pour les opposants à ces pouvoirs à leur retranchement définitif de la société algérienne et à la dénégation absolue de leur sentiment patriotique.

 Or, cinquante années d'indépendance ont passé et malgré les postures antifrançaises «pures et dures» de cette «famille révolutionnaire» et des pouvoirs qui se sont succédé, la France est toujours présente en Algérie, jouissant d'une capacité d'influence sur les affaires algériennes, qui les infirment totalement. En dépit, il est vrai, de moments tumultueux ayant marqué les relations algéro-françaises, l'ex-puissance coloniale conserve encore en Algérie un droit de regard, dont les pouvoirs algériens, pourtant «sourcilleux» du point de vue de la souveraineté nationale, se sont étonnement accommodés.

 En Algérie, il existe effectivement un «hisb França», qu'il ne faut pas chercher du côté des adversaires intérieurs du pouvoir, mais dans le sérail de celui-ci. Ce n'est pas en effet l'opposition, à quelque moment que ce soit depuis l'indépendance, qui a conforté la présence française. Ce sont les pouvoirs en place qui ont fait qu'il en soit ainsi. Jamais ces pouvoirs au discours antifrançais, parfois enrobé, souvent franchement excessif, n'ont œuvré à couper le cordon ombilical de la dépendance algérienne à l'égard de l'ex-puissance coloniale. Il en résulte que cinquante ans après l'ère coloniale, la France est le principal partenaire économique de l'Algérie, son premier fournisseur. Situation qui, à l'évidence, ne choque nullement la «famille révolutionnaire», qui, à chaque fois qu'elle sent monter le mécontentement populaire, enfourche la même rengaine antifrançaise.

 L'Algérie a eu et a encore l'opportunité de s'extraire du «pré carré» que la France néocoloniale s'obstine à considérer comme sien. Elle aurait pu et peut encore le faire en diversifiant la coopération et le partenariat avec d'autres puissances étrangères. Sauf que le pouvoir en Algérie est habité par le «complexe du colonisé», qui en fait le jouet des dessins de l'ex-puissance colonisatrice. La fascination française, avec tout ce qu'elle a d'effet soporifique sur le sentiment patriotique de la classe dirigeante algérienne post indépendance, est vraiment la réalité tangible qui explique la pérennité de l'influence et du pouvoir d'ingérence de la France dans l'Algérie indépendante.

 La commémoration prochaine du 50e anniversaire de l'indépendance sera l'occasion pour cette classe dirigeante de nous abreuver de tirades patriotiques, poudre aux yeux avec laquelle elle cherchera à masquer le lien de dépendance qu'elle entretient avec l'ex-puissance coloniale. Kouchner a eu tort d'estimer que la France sera gagnante au retrait du pouvoir en Algérie de cette génération de dirigeants qui l'a confisqué depuis l'indépendance.

Kharroubi Habib. Le Quotidien d’Oran, 6 septembre 2011.

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