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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Mohammed Morsi reçu par le vice-président chinois, le 29 août à Pékin.
DR. Mohammed Morsi reçu par le vice-président chinois, le 29 août à Pékin.

 

 

 

Par Maurin Picard,

 

 

Le président Égyptien a réservé sa première visite hors Moyen-Orient à la Chine. Un camouflet diplomatique pour les États-Unis qui veulent rééquilibrer la balance.

Ancienne alliée du régime Moubarak, aux abonnés absents lors du soulèvement populaire de 2011, les États-Unis s'inquiète d'être évincée du nouvel ordre géopolitique en Égypte. Avec l'arrivée au pouvoir en juin du président Mohammed Morsi, l'heure est aux grandes manœuvres pour tenter de préserver une «special relationship» vacillante, en renforçant les liens économiques plutôt que militaires. L'Administration américaine s'apprête à effacer un milliard de dollars de la dette égyptienne, dont l'ardoise totale vis-à-vis de Washington s'élève à 3 milliards. Elle a également apporté son soutien à un prêt de 4,8 milliards de dollars, en cours de négociation avec le Fonds monétaire international.

 

L'objectif officiel pour Washington est de «favoriser la transition démocratique». En réalité, le département d'État et la Maison-Blanche auraient mesuré le temps perdu depuis la chute du président Hosni Moubarak, en février 2011, leur attentisme ouvrant la voie à de nouvelles allégeances, notamment la Chine, l'Arabie Saoudite et le Qatar. Pékin, pour sa part, a débloqué un prêt de 200 millions de dollars et a déjà signé des contrats dans les domaines de l'agriculture et des télécommunications, tandis que Riyad et Doha annonçaient de lourds investissements à hauteur de 3 milliards de dollars.

 

 

Lourd contentieux

 

Sorti vainqueur d'un bras de fer constitutionnel avec les militaires, Morsi n'a pas hésité à réserver sa première visite hors Moyen-Orient à la Chine. Alarmés par ce camouflet diplomatique, les États-Unis veulent rééquilibrer la balance, espérant effacer un lourd contentieux avec les masses égyptiennes. Depuis les accords de Camp David de 1979 et la réconciliation israélo-égyptienne, jamais vraiment digérée par l'homme de la rue, l'Égypte a surtout bénéficié de l'aide américaine sous forme de livraison d'armes, à hauteur de 1,3 milliard de dollars sur les 2 milliards versés chaque année. Les priorités ont bien changé. C'est désormais l'énergie déployée par l'équipe Morsi, obnubilée par le redressement économique du pays et la création d'emplois, qui impressionne la diplomatie américaine.

«Notre but, assure Thomas Nides, secrétaire d'État adjoint, accompagnant une délégation d'hommes d'affaires au Caire, est d'envoyer un message fort au gouvernement égyptien, en lui faisant bien comprendre qu'il ne s'agit pas seulement d'assistance, mais de croissance et de business.»

 

Washington aura mis le temps: seize mois après la promesse en forme de vœu pieux d'Obama de soutenir l'économie égyptienne pour éviter un effondrement complet, brouilles et malentendus s'étaient multipliés, alimentés par les inquiétudes américaines face à la montée de l'islamisme. Ces réserves semblent surmontées, en apparence. Il aura fallu toute la science du département d'État pour rassurer le Congrès, très sourcilleux dès lors qu'il s'agit de la sécurité d'Israël, et même l'intervention remarquée de l'ambassadeur israélien aux États-Unis, Michael Oren, en faveur d'une aide économique et financière sans réserve.

 

Pour l'État hébreu en phase, une fois n'est pas coutume, avec la diplomatie américaine, le seul moyen de préserver la stabilité de l'Égypte, et partant, de toute la région, repose sur un postulat familier: l'extrémisme prospérant sur le désœuvrement, le meilleur moyen d'empêcher des masses de jeunes de rejoindre les rangs des islamistes est de leur trouver un emploi.

 

 

Maurin Picard, 4 août 2012. Le Figaro.fr

 

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