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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le premier mérite du mouvement Occupy Wall Street c’est déjà d’avoir amené le débat sur le terrain des inégalités. Aux Etats-Unis, plus personne n'ignore désormais que les 400 Américains les plus riches possèdent plus que les 150 millions d'Américains d'en bas. Corine Lesnes qui est sur place explique l’impact médiatique des actions des « indignés » contre Wall Street dans les médias américains. Extraits.

 

« La presse ne fait que refléter le sentiment d'une montée générale des revendications. L'"automne américain" après le printemps arabe, comme l'a souhaité Van Jones, un ancien collaborateur de Barack Obama, retourné au militantisme. Les "indignés" sont dans l'air du temps. Ils ne sont pas nombreux dans les sacs de couchage de Freedom Plaza, à Washington, mais ils ont trouvé un écho disproportionné dans le paysage politique.

 

Selon un sondage de Time Magazine, 54 % des Américains ont une opinion positive du mouvement (alors qu'ils ne sont plus que 27 % à approuver le Tea Party, rendu responsable de l'intransigeance à Washington).

 

Les banquiers, on s'en doute, sont un peu moins emballés. John Paulson, le manager de hedge fund et 17e fortune du pays, a remis à leur place ceux qui avaient eu l'impudence de venir occuper les abords de son hôtel particulier de la 86e Rue. "Les 1 % les plus riches ont payé 40 % des impôts", a-t-il signifié. Un autre banquier a confié son exaspération au New York Times : "Qui paie les impôts, croyez-vous ? La finance, c'est l'une des dernières choses que l'on produit dans ce pays. Si vous voulez délocaliser encore plus de jobs, continuez à attaquer les services financiers !"

 

Certains républicains accusent Occupy Wall Street d'attiser la "lutte de classes". Ils ont déjà des cauchemars, comme le promoteur immobilier Joe Kaempfer. "Les enfants des riches seront assassinés dans leur lit par les affamés", a-t-il prophétisé pour le Washington Post.

 

Jusqu'à présent, Barack Obama s'est gardé de surfer ostensiblement sur le mouvement. Il s'est contenté de dire qu'il "comprend la frustration" des protestataires et que Martin Luther King lui-même aurait voulu "confronter les excès de Wall Street". Mais, a-t-il ajouté, "sans démoniser les gens qui y travaillent". Pour Wall Street, c'est probablement déjà trop. Le secteur financier qui l'avait soutenu en 2008 a maintenant les yeux tournés vers le républicain Mitt Romney. "Les démocrates ne peuvent pas avoir le beurre et l'argent du beurre", a résumé Politico.com.

 

Objectivement, le mouvement devrait aider Barack Obama, lui qui essaie d'arracher aux républicains ne serait-ce qu'une augmentation minime des impôts pour les super-riches. Alors que le Tea Party a maintenu le débat pendant deux ans sur le terrain du déficit, Occupy Wall Street l'a amené sur celui des inégalités.

 

Les statistiques qui ne rencontraient qu'un écho limité sont maintenant citées partout et plus personne n'ignore que les 400 Américains les plus riches possèdent plus que les 150 millions d'Américains d'en bas. Pour faire passer le message, il aura fallu un mouvement dépourvu de mégaphone et de porte-voix.

 

Corine Lesnes.  20 octobre. Le Monde.fr Texte intégral : Lettre des Etats-Unis

 

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