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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

La grève suivie par les étudiants de l'université du 20 Août 1955 de Skikda vient de connaître son dénouement après un accord de compromis sur la poursuite des études de Master dont ont été exclus certains étudiants.

K. Selim consacre aujourd’hui son éditorial du Quotidien d’Oran à la situation dns les uiniversités. Le constat est sévère. « Quand dans une faculté on se retrouve avec un taux d'échec de 50% et plus, il faut cesser de se voiler la face», conclut-il.



 

 

Derniere digue avant la noyade

 

 

 Gros taux d'échec dans les universités algériennes, où des proportions importantes d'étudiants n'obtiennent pas 10 de moyenne et s'en prennent aux enseignants. La rentrée universitaire a été empêchée dans certaines facultés par des étudiants qui s'estiment lésés par la «sévérité» des enseignants. Dans certaines facultés, les administrations, qui ont tendance à céder aux demandes, pensent être arrivées à un point au-delà duquel elles sont menacées de discrédit. C'est le cas de la faculté des sciences économiques d'Alger qui a déjà accepté que la moyenne de passage baisse à 8/20, mais qui estime qu'au-delà, rien ne va plus. Le message ne passerait pas chez les étudiants et certaines de leurs organisations ne supportent pas cette «entrave» !

 Au train où vont les choses, il faudra peut-être pousser les choses vers leur logique la plus absurde. Il faudrait peut-être prendre la décision «révolutionnaire» de supprimer les examens
et pourquoi pas les études ! et d
istribuer, sans attendre, des diplômes aux étudiants. Pourquoi les astreindre à une présence de 4 ou 5 ans, voire plus, où ils n'apprennent pas grand-chose et où ils finissent néanmoins par obtenir leurs diplômes ! On n'en serait pas à une aberration près.

 C'est qu'il faut faire un effort surhumain pour rejeter le mode de pensée absurde en vigueur et en rester sur des critères objectifs. Le taux d'échec élevé n'est pas surprenant dans une université transformée en lieu de passage
et non d'apprentissage mais il atteint parfois des seuils aberrants. Avec 80% de taux d'échec ce serait le cas à l'Institut des langues étrangères, on est saisi par un grand trouble. On savait l'université algérienne au plus bas, mais là il y a un gros problème. Et les ch
oses ne vont pas en direction d'une reprise en main.

 Face au nombre des recalés et aux «revendications» des organisations estudiantines qui mettent à l'index les enseignants, l'administration a tendance à faire le choix de la facilité. Elle exerce des pressions sur les enseignants et les conseils scientifiques afin de résoudre le problème par «l'assouplissement» (quel euphémisme !) des critères de passage. De quoi conforter l'idée stupide ancrée chez bon nombre d'étudiants que le passage est un «droit» qui ne dépend pas de l'effort. Aux enseignants qui refusent de céder au «je-m'en-foutisme» ambiant, des étudiants leur reprochent d'être «avares», comme s'ils sortaient les «notes de leurs poches !». Ces enseignants, de moins en moins nombreux, représentent la dernière digue avant la noyade définitive.

 Mais bien entendu, tout n'est pas simple. L'équation ne se situe pas uniquement entre des enseignants qui disent se battre pour préserver un «minimum» de niveau et d'exigences et une administration qui gère de gros flux et qui cherche à éviter les «problèmes». Certes, on peut incriminer un environnement général qui dévalorise les études et l'effort, mais l'université est censée aussi inculquer ces valeurs élémentaires. Les enseignants, et certains en conviennent, ne sont pas exempts de reproches. Quand dans une faculté on se retrouve avec un taux d'échec de 50% et plus, il faut cesser de se voiler la face. Ce ne sont pas seulement des étudiants qui sont «recalés». C'est aussi et surtout un échec des enseignants et de l'enseignement. C'est l'échec d'un pays.

K. Selim. 5 décembre 2011. Le Quotidien d’Oran

 

 

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