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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Quand Mama Gasmi a mis le feu à son corps pour en ôter la vie, elle ne devait pas avoir le souci de savoir si cette forme de suicide était «étrangère à notre culture», comme semble s'en préoccuper le secrétaire général du FLN, Abdelaziz Belkhadem.  Mama Gasmi a été victime d'une double escroquerie.

 

De ceux qui avaient la possibilité de lui attribuer un logement, un «droit» que même… Belkhadem lui reconnaît, même s'il n'est «pas  d'accord avec la manière» de le revendiquer puisque «l'immolation est étrangère à notre culture et notre société en dépit du fait qu'elle exprime un état de détresse extrême». 

 

On ne sait pas si Madame Gasmi aurait suscité plus de solidarité et trouvé meilleures oreilles à ses cris de détresse si elle n'avait pas été jusqu'à l'acte tragique. On ne sait pas non plus si sa mort aurait bouleversé plus de monde si elle avait choisi un moyen de quitter la vie plus «conforme  à notre culture et notre société». On sait par contre que cette femme a été victime d'une triple escroquerie. D'abord celle de la vie qui n'a pas été un long fleuve tranquille pour elle.

 

Élever seule des enfants est toujours dur pour une femme algérienne, et quand s'ajoute à la solitude la difficulté matérielle, ça se complique encore plus. On peut être une maman courage, mais la détresse n'est jamais loin. Trop d'impasse pousse à l'impasse et Mama a été au-delà. L'escroquerie de ceux dont le «métier» est de lui donner un logement et qui le lui ont refusé, comme ils l'ont refusé pour pouvoir en donner plusieurs à ceux qui en ont le moins besoin.

 

Ceux qui ont inventé le logement social parce que le désarroi social est un comptoir de négoce, un coffre-fort de la corruption,  une machine à compresser les rêves et juguler les colères. Ils ne lui ont pas donné un logement et les mères -courage pensent qu'elles peuvent toujours se débrouiller toutes seules. Sinon elles ne seraient pas des mères-courage. La dernière escroquerie, celle qui lui a été fatale, est l'œuvre d'une armée d'… escrocs générée par la crise. Ils savent que c'est facile.

 

Il n'y a pas plus facile à berner qu'un homme ou une femme en désarroi. Alors ils escroquent. De faux cadres qui amassent des fortunes en promettant des logements parce que ce sont de vrais cadres qui ont commencé et «déblayé le terrain». De vrais officiers qui attribuent de vrais appartements contre de vraies liasses et de faux officiers et de faux officiers supérieurs qui se font arrêter, non pas parce qu'ils ont commis des escroqueries au logement mais parce qu'ils ont usurpé une fonction.

 

Madame Gasmi est une vraie femme qui voulait un logement pour élever ses enfants. Escroquée par tout le monde, elle s'est immolée. Un vraie mort, même si elle est «étrangère à notre culture et notre société». Tout le monde sait qu'elle s'est posé toutes les questions, sauf celle-là.

 

 laouarisliman@gmail.com.Point net, 10 octobre 2011. Le Temps d’Algérie

 

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