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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Avec le slogan "L'Algérie qui avance", Kamel Benkoussa partner au fonds Goldenberg Hehmeyer LLP, à la City de Londres, veut être président de la République. Il a annoncé sa candidature hier à l'hôtel El Djazaïr, nous apprend El Watan qui affiche son portrait à la une, avec un long article de Fayçal Métaoui présentant le programme du trader-candidat.

Notre blog a déjà eu  l'occasion d'évoquer les propositions de ce trader médiatique. Nous remettons en ligne cet article. En contrepoint, une interview de Paul Jorion propose un éclairage sur le caractère de ceux qui font métier de "jouer avec l'argent des autres".

 

 

Fonds souverain : une alternative "pourrie" ?

 

 

Kamal Benkoussa, « trader Partner chez Goldenberg Hehmeyer LLP, Hedge Fund macroéconomique américain, expert en finance », a le mérite d’être constant dans sa démarche. Il affirme dans Liberté qui lui offre ses colonnes. “L’Algérien qui a 20 ans aujourd’hui se retrouvera, en 2025, avec un pays démuni de levier, donc ne pouvant plus décider de son avenir, sans ressources et totalement vulnérable”. Il préconise la création d’un fonds souverain, doté de 50 milliards de dollars, « comme une des solutions qui ont permis à des économies qui étaient dans la même situation que l’Algérie de s’en sortir » rapporte le quotidien. “En Algérie, on nous explique vu qu’on a plus de 183 milliards de dollars de réserves de changes, on n’a pas besoin d’investisseurs. C’est une erreur totale”, estime l’expert.

  

  En août 2011, le persévérant partner du hedge fund préconisait carrément, dans El Watan , une nouvelle stratégie économique : « L’Algérie devrait se doter d’un fonds souverain, mais sans une véritable stratégie économique dans laquelle la création de ce fonds serait inscrite, je crois que cela ne serait qu’un échec de plus. (…) Nous devons opérer un virage à 180 degrés dans l’organisation de notre société, avec une réforme institutionnelle profonde, notamment de la gouvernance ». 

  

 

 

 

 

 

Les hedge funds, ces fonds spéculatifs nés à la fin des années 90, au sommet de la vague ultralibérale proposent une « gestion alternative »  garantissant des rendements élevés aux investisseurs. Ayant joué un grand rôle dans l’amplification de la crise financière de 2008, on les avait alors baptisés «fonds pourris ».

Ils apparaissaient comme des vautours de la crise. Le sont-ils toujours? Apparemment ils se sentent très à l’aise actuellement. Selon, le dernier HFR Global Hedge Fund Industry Report, publié avant-hier, les actifs des hedge funds ont progressé de 122 milliards de dollars, au premier trimestre 2013, leur plus forte hausse sur un trimestre depuis le quatrième trimestre 2010, pour s'établir à 2.375 milliards de dollars. 

 

 

 

 

  

  Kamal Benkoussa, est dans la ligne de Goldman Sach et Carlyle , qui ont parrainé la création des fonds souverains dans les pays disposant de réserves de dévises « inemployées ». Ils  furent dans ce domaine, les mentors des Emirs et aussi ceux du défunt guide libyen. Sur leurs conseils, la Libye a créé un fonds souverain sept ans avant l’invasion de l’Otan. A quoi a-t-il servi  à ce pays d’assouvir les convoitises du système financier occidental ? On donne le doigt… dit le probverbe. Par ailleurs, "l’expert" a-t-il raison de dire que l’Emirat du Qatar, avec sa population n’excédant pas le million d’habitants, est « dans la même situation que l’Algérie » ? 

   

 

  Saoudi Abdelaziz, 28 avril 2013

 

 

 

 

 

AU GRAND CASINO DE LA FINANCE, par Paul Jorion

 

 

Entretien avec Vincent Remy, 19 décembre 2013

 

 

Il demeure celui qui a vu venir et a annoncé la crise de 2007. Ex-trader, économiste, anthropologue, Paul Jorion n’est pas plus optimiste aujourd’hui qu’il ne l’était hier. Le système financier mondial, outrageusement spéculatif, reste un grand casino peuplé de tricheurs. Peut-on encore agir avant que le premier des jeux d’argent n’achève de détruire l’économie mondiale ?

 

 

Jouer avec l’argent des autres

 

Une très grande partie de l’activité financière est purement spéculative : ce sont des paris sur des cours futurs d’actions, d’obligations, de taux de change, de matières premières, d’aliments… On parie sur tout. Dans leur représentation d’eux-mêmes, les joueurs de la finance ont l’impression que les gagnants prennent de l’argent aux perdants, et que ce sont des gens comme eux qu’ils ont plumé. Mais, depuis la crise de 2007, et le renflouement en 2008 des banques par les Etats, on voit très clairement que ne sont pas simplement des financiers qui perdent quand d’autres financiers gagnent, c’est la communauté dans son ensemble.

  

 

Des joueurs parfois de bonne compagnie

 

La cupidité n’est pas la seule motivation des joueurs de la finance. Il y a aussi l’excitation du jeu, l’adrénaline. J’ai travaillé dans des salles de marché, c’est une atmosphère enthousiasmante – il y a bien sûr des moments de déprime quand on a perdu de l’argent -, mais quand on gagne, c’est un peu, pour ceux qui aiment ça, comme à la chasse, ce sont des ambiances exaltantes. La même chose que pour tous les jeux d’argent. Il y a deux types de joueurs. Ceux qui trouvent leur pleine satisfaction dans l’action de trading, des gens tout à fait ordinaires dans la vie quotidienne. Et les joueurs tous azimuts, dans les salles de marché, mais aussi au poker, au casino, en amour. Ils vivent rapidement, dorment très peu, prennent des amphétamines ou de la cocaïne, ils sont dans un rail permanent, comme on dit. J’en ai connu, ce sont des gens parfois de bonne compagnie.

 

 

Petit éloge des bucket shops

 

Les parieurs de la finance n’ont pas toujours été dangereux pour la société. Au XIXe siècle, aux Etats-Unis, existaient des boutiques un peu interlopes, de type paris mutuels, les « bucket shops ». On venait y parier sur l’évolution des prix des actifs financiers, mais les affaires se réglaient entre parieurs, c’était absolument découplé de l’activité réelle. Les paris qui se déroulaient à l’intérieur de la « bucket shop » n’avaient aucune influence sur les prix boursiers. Il n’y avait pas de vente et d’achat véritables de titres. Ces paris étaient neutres pour l’économie, et ne causaient pas de dégât à la société.

 

Colonisation et spéculation

 

Le capitalisme n’a donc pas toujours été spéculatif. Jusqu’en 1885 en France, il triomphait sans la spéculation, qui était interdite. Mais à la fin du XIXe siècle, des actions de lobbying ont conduit à l’abrogation des lois anti-spéculation, pays après pays. Pourquoi ? L’appât du gain, rien d’autre. C’est l’époque où l’on s’est emparé des ressources de continents faiblement exploités jusqu’alors, Amérique du Sud, Afrique et une partie de l’Asie. L’abondance créée par ce pillage a masqué la prédation de la spéculation. Mais aujourd’hui, dans un monde parvenu à l’épuisement des ressources, ce n’est plus possible. Le budget des Etats ne résiste pas à la spéculation, comme on l’a vu en 2008.

 

Tous tricheurs

 

S’il y a davantage de tricheurs dans le casino de la finance que dans tous les autres casinos, c’est qu’aucun organisme n’essaie de maintenir l’ordre. Chacun joue contre tous les autres. En août 2007, quand la banque d’investissement Bear Stearns, pionnière dans les produits de titrisation, vacille, les autres banques parient sur sa perte, et gagnent des centaines de millions d’euros. Plus récemment, on a découvert que toutes les grandes banques se sont entendues en cartel pour trafiquer les valeurs de référence : le scandale est parti du Libor (NDLR les taux interbancaires en dollars), s’est étendu à l’Euribor, puis aux devises. En fait, il y a eu gangrène généralisée, multiples ententes entre joueurs. Comme ces grandes banques sont dites « systémiques », c’est-à-dire susceptibles d’entraîner tout le système financier dans leur chute, on ne leur interdit pas les activités où elles ont été prises la main dans le sac, on se contente de leur infliger des amendes.

 

 

De fausses règles du jeu

 

 

On continue de pincer des financiers qui font exactement la même chose qu’avant 2007. Les mesures qui empêcheraient un nouvel effondrement sont bloquées. De toute façon, même si une mesure est votée, les juges américains étant élus, il est relativement facile de faire élire quelque part sur le territoire un juge qui considérera qu’une réglementation financière comporte un vice de forme. Les régulateurs arrivent quand même à coincer les banques sur des points de détail, sur des fonctionnements particuliers, de la même manière qu’on a fini par coincer Al Capone sur des questions de fiscalité, de taxes qui n’avaient pas été payées.

 

 

Ce casino va détruire l’economie

 

La finance est un jeu qui peut complètement détruire l’économie, et qui est en train de le faire d’ailleurs. Son fonctionnement actuel n’est tolérable que dans des sociétés moins peuplées que les nôtres. Je raisonne en anthropologue : la prédation comme mode de vie est possible dans les sociétés de pillards ou de chasseurs-cueilleurs orientées vers la guerre, de petits groupes de moins de 300 personnes. Mais le niveau de prédation que la finance exerce est tel qu’on ne peut pas jouer comme ça avec neuf milliards de Terriens. En revanche, le capitalisme qui triomphait avant la colonisation, sans la spéculation, n’était certes pas admirable, mais il serait compatible avec les niveaux de population que nous avons aujourd’hui.

 

Changer les règles

 

On nous serine l’idée de séparer les activités de dépôt des banques de leurs activités spéculatives, mais ça ne réglerait pas le problème, car les parieurs exerceraient toujours leur mainmise sur l’économie. Non, en France, il faut remettre en vigueur les articles de loi qui ont été abrogés ou modifiés par le gouvernement de Jules Ferry en 1885, la même année où il invente le colonialisme : l’article 421 du code pénal dit que « Les paris qui auraient été faits sur la hausse ou la baisse des effets publics seront punis des peines portées par l’art. 419 » ; l’article 1965 du code civil qui dit que « La loi n’accorde aucune action pour une dette de jeu ou pour le paiement d’un pari », autrement dit, le joueur qui s’estime lésé n’a pas l’opportunité de se tourner vers les tribunaux pour demander réparation. Avec ces deux articles, deux phrases en tout, vous empêchez la spéculation. C’est clair, les définitions sont sans ambiguïté. Je crains d’être la seule personne au monde à faire cette proposition, mais j’essaie de lui donner une publicité maximale…

 

Source: blog de Paul Jorion

 

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Ouas Ziani 20/12/2013 00:36

Son slogan est " l'Algérie qui avance". Il est peut être le candidat du fameux F.A.M. Après tout, le casino a besoin de croupier de métier.