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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Par M.Saadoune




Les sondages de l'américain Gallup sont en définitive une mine d'or. Dans nos pays réputés insondés et insondables, ils établissent des tendances qui paraissent assez réalistes pour les observateurs. Dans notre édition d'hier, on a évoqué un sondage portant sur des appréciations sur le présent et l'avenir des pays arabes qui ont connu des changements à la suite des mouvements de révolte.


Dans ce sondage, les Algériens sont franchement divisés en deux camps. Une égalité presque parfaite entre ceux qui perçoivent un progrès dans ces pays - Tunisie, Egypte, Yémen et Libye - et ceux qui ne voient qu'une dégradation. Un autre sondage Gallup, réalisé en mars et avril derniers, permet de pondérer l'analyse. Il confirme l'analyse que l'instrusion armée de l'Otan en Libye a constitué un moment de grand trouble qui explique un reflux des opinions en faveur des mouvements de contestation. Le sondage, basé sur des entretiens avec «1.000 adultes» de plus de 15 ans dans chacun des pays que sont l'Algérie, l'Egypte, la Libye et la Tunisie. Gallup estime que le sondage est fiable à 95% et que la marge d'erreur maximale d'échantillonnage est de 3,3%.


Que disent les sondés des quatre pays ? Les Libyens ont été, ce n'est pas une surprise, à 75% en faveur de l'intervention tandis que 22% sont contre et 3% d'indécis. Le nombre des partisans de l'intervention chute sensiblement pour atteindre 33% de «pour» en Tunisie. 40% des Tunisiens sont «contre» et 28% d'indécis. Ils ne sont que 14% d'Algériens à avoir approuvé l'intervention contre 70% de sondés hostiles et 16% d'indécis. En Egypte, on enregistre 13% de personnes favorables contre 52% de sondés hostiles et 35% d'indécis. Beaucoup d'Algériens se reconnaîtront dans ce tableau. Ils sont effectivement les plus hostiles à l'intervention de l'Otan. Et s'ils sont 16% à être dans un désarroi qui empêche de prendre position, ils sont néanmoins les moins indécis comparativement aux Tunisiens (28%) et aux Egyptiens (35%).


Le fait que près de trois quarts des sondés algériens soient hostiles à l'Otan n'a rien de surprenant. Même si le pouvoir algérien abuse de ce thème, le rejet de l'intervention étrangère ne relève pas de la pure propagande. Les Algériens n'avaient pas de sympathie pour Kadhafi, mais cela ne les a pas conduits à voir dans l'Otan et ses avions des «libérateurs».Cette hostilité à l'Otan montre au contraire que les Algériens, malgré les avanies de l'instrumentalisation officielle de l'histoire, n'ignorent rien des«bienfaits» de l'Alliance dans notre pays. Ils savent parfaitement ce que l'Otan représente. En dehors du microcosme élitaire qui ne voyait «aucun problème» à l'intervention de l'Otan, l'attitude majoritaire est bien le produit d'une histoire, de combats et de projets défendus par les aînés. Les vicissitudes de l'Algérie indépendante n'affectent pas de manière significative la perception historique.


Les avis défendus par les « otanistes» ne sont en définitive partagés que par 14% des sondés - Gallup est une société américaine, précisons-le au cas où l'on parlerait de sondage fraudé ! - contre 70%. Mais le plus intéressant est de constater qu'il y a quand même 16% de sondés qui se retrouvent sans certitude. Le cas libyen a montré une disponibilité, nouvelle, dans les sociétés arabes à souhaiter l'intervention étrangère. Nos 16% d'indécis se retrouvent dans un entre-deux, ils ne sont plus dans le rejet de principe de l'intervention étrangère mais ils ne sont pas encore dans le souhait de l'intervention. On peut présumer qu'ils étaient, comme la majorité, dans l'attitude globale façonnée par l'histoire… Et qu'ils sont devenus «indécis» du fait d'une déception ou d'une grande insatisfaction à l'égard du système en place. Cela est un signe Gallup pour qui veut voir.…


 

M. Saadoune, 25 septembre 2012. Le Quotidien d’Oran

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