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Publié par Saoudi Abdelaziz

par K. Selim

 Ambiance lourde en Tunisie, violences en Egypte. Les nouvelles de deux pays du «printemps arabe», où le changement semblait s'opérer avec le moins de casse, sont plutôt inquiétantes.

 Personne ne s'attendait vraiment à ce que les choses se déroulent en douceur en Egypte. L'autorité militaire en place veillant à contrôler
et donc à limiter l'ampleur des changements pour sauvegarder des intérêts installés et surtout éviter un bouleversement de la donne stratégique qui est indésirable pour les Etats-Unis.

 Tout en admettant que le changement sera difficile en Egypte, un homme politique algérien a estimé, sous forme de boutade, que la Tunisie avait quelques chances de «réussir », car ce n'est pas un grand pays et il ne présente pas un intérêt géostratégique vital pour les grandes puissances.

 On aurait aimé croire que la Tunisie conserve une «chance» et que les intérêts extérieurs ne s'immiscent pas dans la délicate transition en cours. Mais il n'est pas sûr que les choses se passent de manière aussi simple. Une démocratisation des pays du monde arabe se traduirait, au moins, par une mise en adéquation des politiques étrangères et des choix économiques avec les opinions majoritaires et cela n'est pas une source de réjouissance chez les puissances occidentales.

 La Tunisie a beau n'être qu'un «petit pays », l'impact qu'aurait une démocratisation réussie serait si grand qu'il ne faut pas appréhender les choses en termes de taille et de position géographique. Le premier écueil que les Tunisiens ne semblent pas éviter est celui d'une transposition de la fumeuse bataille hexagonale de la «laïcité» contre «l'islam». C'est que, avec les aides économiques, la Tunisie n'a pas les moyens de rejeter l'un des biais de l'intrusion externe dans la transition, toujours délicate, d'un système autoritaire à une démocratie représentative.

 Bien entendu, il serait naïf de croire que les intérêts étrangers ne tentent pas de se mêler d'une transition dont la réussite aurait un impact considérable. Dans la «petite Tunisie», se joue une partie qui relève de l'ordre du stratégique.

 L'Algérie était dans cette configuration après les émeutes d'Octobre 1988 et l'ébauche de transition démocratique qui s'est terminée par un échec désastreux à tout point de vue. Les Algériens, désabusés et rendus méfiants par l'expérience, qui mettent en garde leurs amis tunisiens contre une évolution similaire, s'entendent répondre par un insouciant «la Tunisie, ce n'est pas comme l'Algérie».

 En réalité, c'est une fausse évidence. La Tunisie tente un changement politique en pleine crise sociale, sur laquelle viennent se greffer les conséquences calamiteuses au niveau économique de la guerre en Libye. Il y a eu en Algérie une tentative de changement sur fond de crise sociale, avec une polarisation idéologique extrême, dont on retrouve malheureusement quelques ingrédients en Tunisie.

Personne ne doit sous-estimer la capacité des tenants de l'ancien régime à agir pour préserver leurs intérêts ou leurs positions. En Egypte comme en Tunisie, on observe que l'ordre établi, qui n'est pas réductible au clan présidentiel, ne se laisse pas enterrer aisément. Et si, dans un tel contexte, les forces qui aspirent au changement se perdent dans des conflits de détails et font dans la surenchère, il faut craindre pour l'avenir. Il faut en effet craindre que ces surenchères ne créent un «appel d'ordre» soutenu par la majorité, qui permet au système autoritaire encore en place de redorer son blason et de se présenter comme celui qui assure la paix et la sécurité du pays.

 Il faut que les Tunisiens comprennent que leur réussite intéresse tous les peuples de la région et que leur échec est également souhaité par ceux qui veulent préserver l'ordre en place. Grande est donc l'importance de la Tunisie

Le Quotidien d'Oran. 25 juillet 2011

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