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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

« Quant au parti, sa remobilisation ne devrait certainement pas avoir comme centre de gravité l’assemblée nationale qui ne pourra encore acquérir sa place dans le débat social et politique. Elle devrait avoir pour objectif l’émergence d’une nouvelle société civile qui de par son absence souligne la vacuité de l’institution délibérative », écrit Arezki Derguini.  

 

Remobiliser le parti et le peuple

 

Arezki Derguini

 

Le FFS et son président ont donc décidé de participer aux élections législatives. Le but déclaré n’est pas d’obtenir le plus grand nombre possible de sièges au nouveau Parlement. Pour ce faire, on s’engage à se donner les moyens de contrôler la participation et à remobiliser le parti et le peuple. Tout un programme. C’est à ces deux points que je voudrai consacrer le texte d’aujourd’hui.

 

J’ai déjà soutenu l’idée qui associait changement véritable et changement pacifique. Idée dont on peut attribuer la paternité au pacifiste indien Gandhi qui l’a comme incarnée. Dipesh Chakrabarty, figure de proue des subaltern studies, associe à un tel programme la notion indienne de civilité qu’il oppose à la notion occidentale de civilisation. Il ne faut donc pas éluder les ressources culturelles du pacifisme.

 

Dans un texte récent (« volonté(s) de changement), j’entendais qu’il ne pouvait y avoir de changement véritable que pacifique, parce que seul un accord de volontés consentantes était en mesure de construire un ordre disponible au changement, perfectible par la négociation pacifique et ordonnée. J’avais poursuivi que pour que puisse s’établir un large consensus entre les différentes volontés (internes et externes), il faudrait qu’elles puissent composer un intérêt commun. C’est de volontés externes que je voudrai ici parler.

 

Nous sommes globalement peu satisfaits de la façon dont les américains et leurs alliés ont participé à la démocratisation de la région Afrique du nord-Moyen-Orient. C’est le moins que l’on puisse dire : il a été plus facile de faire la guerre que d’établir la paix. La démocratie semble vouloir engager ces pays dans de longues et douloureuses périodes de transition. Certains doutent que l’objectif israélo-américain puisse être de stabiliser des régimes démocratiques dans la région, en vue de concrétiser avec les populations locales un intérêt composé au service du monde et de ces pays. L’intervention extérieure continue à brouiller l’évolution interne de ces sociétés. C’est pour cette raison qu’il faut nous en tenir plus fortement encore à un changement pacifique. S’il n’est pas de l’intérêt de l’alliance israélo-américaine de favoriser le changement qui serait de la maîtrise des sociétés de la région, mais plutôt de profiter de leurs contradictions pour mieux établir les défenseurs de ses intérêts, nous ne pouvons abandonner l’évolution de notre dynamique sociale à des forces centrifuges qui permettraient rapidement à des forces externes de faire intrusion. Un changement pacifique n’est possible que si nous en gardons la maîtrise, autrement la guerre civile puis la paix à tout prix, finiront par nous imposer une élite, un ordre, un Etat, comme cela a déjà été le cas, pour entraver notre souveraineté.

 

Aussi il me semble, faudrait-il revenir sur une signification de la participation aux élections législatives : le refus de nous laisser entraîner dans un engrenage de la violence qui aurait pour but de nous déposséder encore une fois de la maîtrise de nos actions. Et c’est ici que nous basculons vers notre deuxième point : mobiliser la société.

 

La difficulté est grande pour une société corrompue par la rente pétrolière qui n’oppose que des rentiers, qui livre la société à des forces centrifuges. Pas de bourgeoisie ici qui par opposition défendrait la valeur du travail, contre la valeur féodale de la dépense. Parler de production, de bourgeoisie productive ou quelque chose de comparable, s’est se mettre hors du jeu social. Ce qui peut être d’actualité relève seulement de la répartition. Il faudra associer la juste répartition à la production durable pour se faire entendre. Pour cela, il faudra se préoccuper, valoriser fortement le sort des enfants de nos enfants, la place des générations futures qui commencent déjà à menacer mais qui ne peuvent défendre leurs droits par elles-mêmes et qui de par cette impuissance glissent vers la violence.

 

Quant au parti, sa remobilisation ne devrait certainement pas avoir comme centre de gravité l’assemblée nationale qui ne pourra encore acquérir sa place dans le débat social et politique. Elle devrait avoir pour objectif l’émergence d’une nouvelle société civile qui de par son absence souligne la vacuité de l’institution délibérative. Il ne s’agira pas pour le parti de produire des candidats pour une assemblée nationale sans substance, mais ce que l’on pourrait appeler des médiateurs, des opérateurs de connexion qui pourraient ou devraient opérer en dehors d’elle, avec son appui sûrement. Les élections législatives ne seraient pas le prétexte d’une compétition interne au parti et externe avec les autres partis pour alimenter une institution, mais pour établir des institutions de médiation sur la ruine desquelles s’est construit l’Etat postcolonial. La désignation des candidats ne s’effectuerait pas alors dans la perspective d’établir des clientèles de rentiers mais en fonction des besoins des populations et des dynamiques locales du point de vue de la reconstruction du lien social et du lien politique.

 

Les militants devraient porter en avant des personnes en mesure de contribuer à la paix sociale et de produire de la confiance de sorte que la société puisse se reprendre en main, se projeter. Le but de la prochaine législature, ne sera pas de légiférer, mais d’empêcher que la situation ne se dégrade, que les forces centrifuges ne l’emportent, que le régime ne se trouve isolé et que la confrontation avec lui ne conduise à un nouveau chaos et une plus grande emprise de forces obscures. L’objectif sera d’accompagner l’émergence d’une nouvelle société civile à hauteur de notre société.

 

Arezki Derguini, 3 mars 2012. Publié dans FFS-dz.net

 

 

Le rapport des Algériens au FFS, c’est plus qu’une question de parti… la preuve

 Par Zehira Houfani Berfas

 

Rarement décision d’un parti politique n’aura eu un tel impact sur la scène algérienne (pouvoir et société) que celle du FFS, à propos de sa participation ou non, aux élections organisées par le régime. Pendant tout le temps qu’a duré le suspense de la prise de cette décision, la rumeur faisant état de la participation, bien que récurrente, se heurtait frontalement aux partisans du boycott, gonflés à bloc par l’auréole de résistance, d’intégrité et de patriotisme qui entourent les 3 lettres (FFS) symbole du parti, devenu la référence des vrais démocrates. Amis du parti, sympathisants, ou simples citoyens rêvant de la fin du régime de la « hogra » pour l’avènement de la démocratie en Algérie, se sont mis à construire autour de l’option du boycott du parti, persuadés que c’est la façon idoine de rassembler suffisamment d’Algériens pour un véritable rapport de forces, capable d’acculer le régime et imposer un changement politique pacifique. Il faut dire qu’en termes d’arguments qui plaident en faveur de cette position, il n’y a que l’embarras du choix. Outre les bouleversements dans les pays voisins, il n’y a qu’à penser aux contextes, national (en contestation permanente) et international, qui offrent l’opportunité historique de faire pression sur le pouvoir, et l’obliger à satisfaire les revendications démocratiques du peuple. Pour beaucoup d’entre nous, il semble impensable de ne pas en profiter pour reconquérir les droits confisqués du peuple, alors que les circonstances n’ont jamais été aussi favorables.

Finalement, la décision de la participation, tant redoutée par les partisans du boycott tombe comme un couperet, ce vendredi, semant la déception et la tristesse dans leurs esprits, tant ils sont convaincus, que ces élections n’ont pour finalité, que l’intérêt et la pérennité du pouvoir. Difficile de croire qu’un régime qui refuse obstinément de se remettre en cause et qui exclut toute idée de changement démocratique, dont il n’est pas le maître absolu, puisse se soumettre soudain à une authentique épreuve des urnes.

Nombreux sont les Algériens qui ne croient pas que ces élections soient la solution appropriée à leurs problèmes, mais plutôt à ceux du régime dont l’avenir est sérieusement menacé. Aussi, ils n’arrivent pas à se faire à l’idée que le FFS qui pourrait être un des grands gagnants de l’alternance démocratique, puisse donner la moindre chance de survie au régime aux abois, notamment en participant à son énième jeu électoral, au même titre que tous ces partis qui ont conduit le pays à l’impasse et contribué à la souffrance du peuple. Que cette participation soit « tactique » comme le souligne le président du FFS, son annonce a causé un sentiment de consternation chez beaucoup de militants du changement démocratique, puisqu’elle est perçue comme la caution dont avait besoin le régime pour s’en sortir… sans véritables concessions en faveur du peuple, mais en satisfaisant ses « alliés » occidentaux. Hélas.

Pour sa part le parti FFS rejette les critiques et met en avant la souveraineté de sa décision « La participation du FFS n’est ni une reddition ni un reniement ni une capitulation ». Et nul ne peut lui dénier ce droit à la décision souveraine. Cependant, pour ceux qui comptaient sur le boycott pour faire fléchir le pouvoir, il va sans dire que le coup est rude et plus encore le défi de la situation. On est même porté à penser que sur le plan politique, les jeux sont vraisemblablement faits. Ne reste désormais que l’inconnue de la participation populaire à ces élections. Peut-être que la détresse du peuple se substituerait à l’action des politiques en exprimant une sanction exemplaire contre les urnes, puisque de toutes façons, non seulement, celles-ci n’ont jamais répondu aux aspirations du peuple, mais également, elles ont invariablement conforté les responsables de ses souffrances. La présence du FFS y changera-t-elle quelque chose comme on le dit? Même si on veut y croire, la simple lecture de la lettre de son président et la longue liste de forfaitures dont il accuse le pouvoir, rend difficile, même le bénéfice du doute. Ce sont autant de raisons qui commandent la méfiance des gens, et leur refus d’être une bouée de sauvetage pour un régime qui les a toujours méprisés en leur refusant le droit à la dignité et à la justice.

 

Zehira Houfani Berfas, 4 mars 2012. Publié dans le quotidiend’Algérie

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