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Publié par Saoudi Abdelaziz

   

 

Malika Rahal, chercheuse à l’l’institut d’histoire du temps présent, affirme que ces trois partis « représentent une véritable source d’expériences, de traditions politiques et de pratiques qui serviront beaucoup plus tard au sein même du FLN». Gros plan sur l’UDMA.

 

  Pour Malika Rahal, l’UDMA subissait des pressions de la part des autorités coloniales.

 

« L’UDMA, une vraie école de nationalisme »

 

 

 

Les années de militantisme de l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA) ont-elles servi à la cause nationale ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre Malika Rahal au colloque international d’El Watan, jeudi dernier.

 

La conférencière soutient dans ses recherches l’idée de l’existence d’une véritable décennie des partis politiques en Algérie entre la Seconde Guerre mondiale et la guerre d’indépendance. Malgré la domination coloniale, force est de constater des pratiques concurrentielles entre des modèles nationalistes différents.

Malika Rahal précise au début de son intervention que c’est le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) qui a animé la scène politique nationaliste après 1945. Partant de l’évaluation des périodes historiques de 1945 à 1956, Mme Rahal a présenté le parcours de l’UDMA, petit parti qui a fini par céder aux aspirations du FLN. Elle explique que les 10 ans d’expérience de l’UDMA ont été réinvestis pour la lutte de l’indépendance.

 

Fondée par Ferhat Abbas en 1946, l’UDMA compose avec le MTLD de Messali Hadj et le Parti communiste algérien (PCA), un trio de continuum magique. Sauf que l’UDMA, un groupement de notables algériens, n’est pas une extension de l’Etoile nord-africaine, créée elle aussi par Messali en 1926. Il était souvent répandu que l’UDMA est un parti d’intellectuels qui n’avait pas d’impact sur le terrain social. L’UDMA, contrairement aux idées reçues, posait l’indépendance comme une exigence. Malika Rahal tient à souligner que pour parler de l’UDMA, il faut revenir au contexte de sa création, qui a eu lieu à la veille des élections législatives de juin 1946. Pour l’administration coloniale, la campagne électorale de l’UDMA est suffisamment vaste. Les sections locales du parti de Ferhat Abbas développent un discours très nationaliste. Elles demandent texto l’indépendance. Les militants de l’UDMA ont le sens de l’organisation. Ils savent collecter de l’argent et encadrer la base. En matière d’engagement, les pratiques politiques de l’UDMA deviennent une façon de mesurer l’élan indépendantiste.

 

Lors des meetings, l’UDMA instaure un calendrier algérien. L’Union invente un protocole national. Les militants imaginent les fêtes et les commémorations post-indépendance, comme le 8 mai 1945 ou le 10 février, date de création du parti. L’UDMA développe également un patrimoine iconographique. Proche de l’Association des oulémas, elle produit des iconographies de Abdelhamid Ben Badis. D’ailleurs, dans les medersas des oulémas, beaucoup d’enseignants sont issus de l’UDMA.

Les meetings laissent place à la culture. Des pièces de théâtre et concerts sont animés. Des cafés littéraires sont organisés. Ils font office de cercles de réflexion. Un mouvement scout d’obédience UDMA voit le jour. Toutes ces manifestations créent des citoyens algériens.

Le parti encourage la présence de ses militants dans les assemblées locales, car y siéger enrichit le capital militant. Pour atteindre l’indépendance, il faut un minimum de discipline politique, selon Ferhat Abbas.

Mais Malika Rahal n’omet pas de rappeler que le militantisme de l’UDMA subissait des pressions de la part des autorités coloniales. Pour le parti de Ferhat Abbas, il devenait difficile de garder ses militants après la fraude des élections législatives de juin 1946. En 1951, l’UDMA constitue avec le PCA et le MTLD une alliance : le Front Algérien (FA). Cependant, les effectifs de l’UDMA, également ceux du MTLD, se réduisent après la naissance du FLN, plus radical et plus réaliste.

 

Au déclenchement de la guerre de Libération le 1er novembre 1954, les militants sont divisés. Entre ceux qui prônent la poursuite dans le politique, il y avait ceux qui rejoignent l’idée de la lutte armée. L’UDMA se vide. Les tenants de la seconde option sont plus nombreux. Ce qui incite Abane Ramdane à négocier, à la veille du congrès de la Soummam du 20 août 1956, le ralliement des partis de l’UDMA et du PCF au FLN. Les pourparlers étaient toutefois difficiles.

 

«Ces partis (UDMA, MTLD et PCA) ont joué un rôle dans la Constitution de l’Etat. Ils représentent une véritable source d’expériences, de traditions politiques et de pratiques qui serviront beaucoup plus tard au sein même du FLN», conclut Malika Rahal, et finit par ajouter : «Il y a également un écho de toutes les pratiques de cette période (1945-1955) avec le multipartisme instauré en Algérie en 1989.»

 

 

Bsikri Mehdi, 7 juillet 2012. El Watan

 

 

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