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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

"Nous assistons en somme à un retour aux positionnements classiques, motivés par des structures idéologiques divergentes : l’extrême gauche revient à ses réflexes du boycott, et Nidaa Tounes, en droite pragmatique avide de pouvoir, est beaucoup plus enclin à la négociation". Seif Soudani fait le point après un premier déblocage prometteur de la crise tunisienne, après l'acceptation du nouveau Premier ministre.

Alors que d'intéressantes décantations  sont en cours en profondeur en Egypte, le général Al Sissi poursuit un processus inverse de celui engagé en Tunisie. L'attentat de Mansoura est promptement utilisé ce matin pour déclarer les Frères musulmans "organisation terroriste". En excluant cette organisation de la sphère politique, en mettant en prison les jeunes révolutionnaires tombeurs de Moubarak, en reprimant par le sang les manifestations pacifiques, en passant l'éponge sur les scandales financiers de l'ancien régime, le général Al Sisssi semble décidé à poursuivre le "monstrueux et sanglant retour en arrière" dont M. Saadoune dresse un premier bilan.

 

 

 

 

 

TUNISIE. Les travaux d'Hercule de Mehdi Jomaa

 

 

 

 

 

Par Seif Soudani, 23 décembre 2013

 

 

 

Les fuites et spéculations vont bon train au sujet de la composition du futur gouvernement Mehdi Jomâa, le 6ème après la révolution. Ce dernier semble avoir tiré les leçons de l’impopularité de l’équipe ministérielle dont il est lui-même issu. Encore meurtrie par la tournure du dialogue national, l’opposition hésite, selon ses composantes, entre jouer le jeu et faire obstruction.

 

Quelques certitudes sont d’ores et déjà acquises : le gouvernement de compétences qui devrait voir le jour la semaine prochaine fera l’objet d’une véritable cure d’amincissement quant au nombre de ministres et comportera davantage de femmes, 3 ou 4, à des portefeuilles significatifs voire régaliens, dont probablement la Justice où est pressentie la juge Jaouida Guiga. Jomâa jouera à n’en pas douter la carte de la séduction autour d’une équipe rajeunie et moderne.

 

 

Une accalmie politique de façade

 

 

Mais déjà la contestation s’organise en amont : samedi, amputé d’al Joumhouri, le Front du Salut National (FSN) tenait une conférence de presse au siège du Parti des Travailleurs (PT) pour présenter une série de conditions adressées au quartet. Si certaines sont légitimes, d’autres laissent présager d’un bras de fer politicien tenace.

 

En guise de conditions préalables au retour à la table du dialogue, le porte-parole du PT Jilani Hammami demande de redéfinir l’échéancier de la feuille de route et de parachever le processus gouvernemental, sans inclure de ministres actuellement en poste. C’est une première difficulté pour Jomâa dont on sait qu’il est tenté par un jeu de chaises musicales partiel, notamment avec une possible reconduction de Lotfi Ben Jeddou à un autre ministère.

 

la 3ème condition est la plus floue et la plus problématique : il s’agit de « créer les mécanismes garantissant la fin des blocages durant l’étape restante » : en clair, la révision de la loi régissant les pouvoirs publics provisoires, en revenant sur les modalités des motions de censure, ce dont la majorité ne veut pas entendre parler.

 

Enfin, le 2ème volet des doléances du FSN présente les attentes de l’opposition par rapport à l’action du futur gouvernement. Là aussi les seuils sont tellement élevés qu’ils frôlent parfois la mauvaise foi, s’agissant d’un mandat technique de 5 ou 6 mois. Au programme : revenir sur les nominations jugées partisanes dans les régions et dans l’administration, dissoudre les Ligues de protection de la révolution, établir la vérité sur les assassinats politiques, et mettre les mosquées à l’abri de la politisation. Rien que ça.

 

Deux jours auparavant, le 19 décembre le Front Populaire annonçait officiellement son retrait du dialogue national, tandis que Nidaa Tounes clarifiait sa position en apportant désormais son « soutien au dialogue ».

 

Nous assistons en somme à un retour aux positionnements classiques, motivés par des structures idéologiques divergentes : l’extrême gauche revient à ses réflexes du boycott, et Nidaa Tounes, en droite pragmatique avide de pouvoir, est beaucoup plus enclin à la négociation. Une fois de plus le FSN apparait comme un front artificiel et fragile, uni par la seule hostilité à l’islam politique.

 

Source: nawaat.org

 

 

 

EGYPTE. UNE ANNEE TERRIBLE

 

 

 

Par M. Saadoune, 24 décembre 2013

 

 

« Ils lui ont mis le couffin» ! Dans nos contrées autoritaires, les avocats, sans se concerter, ont trouvé la formule pour désigner la propension des régimes à mettre toutes les charges imaginables prévues dans le code pénal contre les opposants. Pour les bâillonner et les éliminer. L'Egypte qui a connu une année dramatique avec un coup d'Etat militaire appuyé par les libéraux, les laïcs et la gauche, suivi du terrible carnage de Rabaa Al Adawiya, nous en offre une caricaturale illustration. Le président Mohamed Morsi, élu démocratiquement et destitué par l'armée, est accusé d'incitation au meurtre de manifestants.

Mais la main lourde d'une justice qui se fait fort de traduire en charges les désirs du pouvoir ne s'est pas retenue pour ajouter, dans le couffin, la charge «d'espionnage» et de «conspiration» avec des organisations étrangères en vue de commettre des «actes terroristes». Les preuves ? Dans l'esprit des juges de l'autoritarisme, il n'est point besoin d'aucune imagination pour remplir ce couffin, il suffit de manquer de pudeur. Les «grands ennemis» avec lesquels Mohamed Morsi et les Frères musulmans auraient conspiré ne sont autres que le Hamas et le Hezbollah. De «pures inventions» et des «mensonges», a rétorqué le Hamas, mais le procureur n'en démord pas : son dossier est celui de «la plus grande conspiration de l'histoire de l'Egypte». C'est absolument affligeant pour un pays qui dispose d'une élite instruite d'accepter ce dévoiement aussi grossier de la justice.

Depuis la destitution de Mohamed Morsi, le pouvoir militaire mène une campagne sans merci contre les Frères musulmans et il n'admet d'ailleurs pas que l'on sorte des rangs. Trois militants révolutionnaires «non islamistes» viennent d'écoper de trois ans de prison ferme pour manifestation illégale. Ahmad Maher, fondateur du Mouvement du 6 Avril, ainsi que Ahmad Doma et Mohamed Adel, deux autres dirigeants du mouvement contestataire, rejoignent les milliers de «Frères musulmans» dans les geôles. C'est une loi sur les manifestations destinée à réprimer les manifestations, incessantes malgré la violence de la répression, organisées par les FM, qui s'applique ainsi à ces révolutionnaires. Une illustration éloquente du fait qu'un régime autoritaire même s'il a une cible principale, le mouvement politique le plus fort, en l'occurrence les Frères musulmans, ne tolère pas non plus leurs adversaires.

Les laïcs, les libéraux et les militants de gauche qui approuvent ouvertement - ou silencieusement - la répression sont, eux aussi, potentiellement passibles d'accusation d'intelligence avec l'ennemi. Le couffin du code pénal leur est opposable. Le terrain est largement balisé pour le général Sissi.

Il est déjà le président de fait, il sera le président formel. L'impact, durable, de la contre-révolution en cours avec de très puissants accents revanchards des tenants du régime de Moubarak est une accentuation de la polarisation de la société égyptienne. Et il ne peut en sortir rien de bon. L'année 2013 pour l'Egypte est tout simplement un monstrueux et sanglant retour en arriere.

 

Source: Le Quotidien d'Oran

 

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