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Publié par Saoudi Abdelaziz

 


 

« Ce dont a besoin la Tunisie actuellement, c'est d'un vrai dialogue entre les acteurs de la scène politique », écrit M. Saadoune dans Le Quotidien d'Oran, évoquant « les déclarations agressives comme celles du ministre français de l'Intérieur à l'égard des islamistes tunisiens ».

 

 

 

 

 

MAUVAIS CONSEILS

 

Par M. Saadoune

 

 

Sur la Tunisie, certaines prophéties auto-réalisatrices doivent être bannies et combattues. Il faut marteler que la guerre civile n'est pas inéluctable et que ce pays ne va pas et ne doit pas connaître les affres de la décennie noire algérienne. L'Algérie, qu'on se le dise, n'arrive toujours pas à sortir de ce trou noir et reste bloquée par son incapacité à verbaliser le traumatisme. Les coûts de cette plongée dans la violence et de la négation de la politique sont immenses. Inestimables. Il suffit de prendre le seul paramètre des compétences qui sont parties durant cette décennie pour deviner l'ampleur de l'hémorragie. On sait que notre pays a considérablement perdu…


Les Tunisiens connaissent trop notre histoire - c'est aussi la leur - pour ne pas mesurer l'ampleur cataclysmique d'une logique de confrontation qui sort du cadre de la compétition politique et des règles consensuelles. Ils n'ont même pas la rente qui a permis, en Algérie, d'apporter un baume - provisoire pour ne pas dire illusoire - aux déchirements des années 90. Le coût est exorbitant. On est avec un régime dont les acteurs officiels «savent» au fond d'eux-mêmes que le système a atteint un niveau d'impotence extrême mais qui appréhendent toute ouverture. Et une société dépolitisée, ce qui n'est pas un gage de stabilité pour l'avenir. Non, l'Algérie n'est pas un modèle à suivre.


L'assassinat d'un militant politique de gauche en Tunisie crée une situation de tension extrême qui peut inciter à des discours radicaux aux conséquences dangereuses. Les opposants ont raison de mettre en cause Ennahda et de dénoncer son discours à géométrie variable, voire complaisant à l'égard des radicaux. C'est un fait mais cela n'autorise pas, jusqu'à preuve du contraire, à l'accuser d'avoir trempé dans l'assassinat de Chokri Belaïd. Et, surtout, il serait pour le moins hasardeux de croire que des déclarations agressives comme celles du ministre français de l'Intérieur à l'égard des islamistes tunisiens soient d'une quelconque utilité. Elles sont totalement contre-productives. Ce dont a besoin la Tunisie actuellement, c'est d'un vrai dialogue entre les acteurs de la scène politique. L'intrusion de M. Manuel Valls est déplacée car elle va à l'encontre de cette exigence nationale tunisienne.


Les acteurs politiques tunisiens ont besoin de dialoguer et de mettre à plat les problèmes et les appréhensions. C'est à eux de trouver le moyen de le faire en ignorant ce qui paraît comme une incitation extérieure à l'affrontement. Après tout, les Tunisiens qui se sont débarrassés de la dictature n'ignorent rien sur le fait que l'ensemble de la classe politique française, à de très rares exceptions près, défendaient Ben Ali et son régime. Les Tunisiens n'ont donc pas à recevoir des incitations allant dans le sens de l'approfondissement des clivages. Ils ont, au contraire, besoin de faire de la politique, de discuter, de négocier et de dégager un horizon démocratique pour leur pays. Ennahda fait partie de l'équation nationale tunisienne et il importe peu que cela déplaise à M. Valls. C'est réellement l'affaire des Tunisiens. Et l'affaire est tellement sérieuse qu'ils ne peuvent se permettre de prendre conseil ailleurs que dans la réalité de la Tunisie.

 

M. Saadoune, 10 février 2013. Le Quotidien d’Oran

 

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