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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

Le porte parole du Front de gauche tunisien, Hamma Hammami veut organiser un redressement révolutionnaire à la tunisienne. Le parti néolibéral Nida Tounès (où militent des anciens du système) et le clone révolutionnaire "Tamarrod»ont répondu à son appel pour un "congrès de salut national". Par contre, la centrale syndicale UGTT et le conseil de l'ordre des avocats -qui avaient joué un rôle décisif dans la chute de Ben Ali- ne suivent pas. L'union patronale Utica n'a pas répondu non plus.

 

Nous résumons le synopsis du scénario proposé par Hammami, tel qu'il apparaît dans l'interview qu'il a accordée au journal La Presse de Tunisie

 

"La légitimité électorale a pris fin le 23 octobre 2012".
 

 

"Dois-je rappeler, d’autre part, qu’Adolph Hitler est également arrivé au pouvoir grâce aux urnes"

Les élections législatives et présidentielle prévues pour décembre 2013 ou dans les premiers mois de 2014?"On peut se poser des questions sur la crédibilité de ces dates. Je vous l’ai dit, Ennahdha donne l’impression de vouloir pérenniser la phase transitoire (...) les élections législatives et présidentielle ne sont pas pour demain".

"C’est pour cette raison qu’au sein du Front populaire on pense qu’il est temps de dire à la Troïka et surtout à Ennahdha : basta. Car nous voulons reprendre en main notre révolution".

 

 

"Le Front populaire ne considère pas ce qui s’est passé en Egypte comme un putsch militaire (...) l’armée égyptienne avait-elle d’autre choix que celui d’être aux côtés de cette marée humaine (...). Il s’agit à mon avis d’une forme de démocratie directe".

 

 

Le scénario égyptien peut-il oui ou non se reproduire en Tunisie ? "Peut-être que oui, mais pas de la même manière(...) Les mouvements «Tamarrod», «Khanagtouna» et autres qui ont vu le jour dans les régions gagnent du terrain". "A mon avis un tel mouvement de rue pourrait s’amplifier et faire déposer la Troïka. C’est pour cette raison que le Front populaire a présenté son initiative qui répond aux aspirations aussi bien des jeunes que de l’ensemble du peuple afin de trouver une issue à la crise actuelle. Tout mouvement doit avoir des objectifs et jouir d’une bonne organisation, sinon il est  voué à l’échec".
 

 

Texte intégral de l'interview, le 12 juillet dans La Presse de Tunisie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ECHECS

 

 

 

Par M. Saadoune, 13 juillet 2013 

 

 

 

 

 La crise en Egypte n'en est qu'à ses débuts et pourtant certains semblent très pressés de conclure que l'islam politique a échoué et que ce grand pays a tourné la page. Et que le monde arabe va suivre à son tour et on spécule, déjà, sur la chute prochaine des islamistes en Tunisie. Que les islamistes n'avaient pas la potion magique pour gouverner et diriger, on le devinait bien et on attendait l'épreuve de la gouvernance pour que la «magie» de l'opposition vertueuse se heurte aux réalités. C'était en cours. Mais l'empressement actuel à les considérer comme durablement «défaits» est un souhait, ce n'est pas une analyse.

 

L'éviction de Mohamed Morsi n'a pas été «sanctionnée» par des électeurs mais par un coup de force de l'armée et cela relativise considérablement la notion d'échec. Au contraire, leur inaptitude à gouverner, leur extrême naïveté politique et leur vision étriquée deviennent, au moins pour leurs partisans qui n'ont rien de groupusculaires, très secondaires. Ce qu'ils retiennent est qu'ils ont été évincés brutalement du pouvoir au mépris des règles. Cela suffit pour les auréoler du rang de victimes des militaires et des «démocraties qui ne respectent pas la démocratie». Quant à l'invocation de la rue et des «33 millions de marcheurs» qui auraient enlevé sa «légitimité» à Morsi, elle ne résiste pas à l'analyse. Il ne pouvait pas y avoir, dans les espaces où se sont déroulées les grandes manifestations du 30 juin dernier, plus d'un demi-million de personnes. Et ce n'est pas en matraquant les chiffres que cela changera les choses.

 

Bien entendu, les Américains, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la démocratie, se refusent à parler de coup d'Etat et ils considèrent même que le «peuple a parlé» par la rue. Les Américains comptent beaucoup, bien entendu. Mais les Egyptiens comptent aussi. Le fait qu'ils soient divisés est un fait. Mais il n'y a pas mille moyens d'arbitrer ces différends : il y a les urnes ou la dictature. On ne fait pas une démocratie avec le bannissement d'une partie de la population. On favorise par contre l'autoritarisme. Dans le cas de l'Egypte, l'échec des islamistes aurait été probable dans les urnes. Il cesse d'être évident en raison de la manière dont ils sont éjectés du pouvoir vers les prisons. Ceux qui portent au pinacle la «rue» trouvent désormais anormal que les islamistes jouent à leur tour la «rue» et ils en tirent même la conclusion que cela est un signe de leur «échec». On aurait aimé que cela soit vrai.

 

 

Quand on sort de l'incantation et de l'idéologie, on sait de manière prosaïque qu'une démocratie ne peut se faire sur l'exclusion. En réalité, l'échec n'est pas seulement des islamistes, il est aussi celui des laïcs, des libéraux et de la gauche. C'est le processus démocratique qui cale et on sait qu'il ne peut reprendre si la confrontation dans la rue actuelle débouche sur des violences. Personne ne sait comment vont évoluer les choses en Egypte. Mais au lieu de trop se précipiter à conclure, béatement, à l'échec d'un courant politique qui de toute façon restera présent, il vaut mieux s'intéresser à ce qui pourrait éviter à l'Egypte de sombrer dans la guerre civile. Dans cette hypothèse effrayante, on ne parlera pas d'échec des islamistes.…

 

 

Le Quotidien d'Oran

 

 

 

 

 

 

 

 

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