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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

"S'il est clair qu'il y a problème de renseignement et d'efficacité des services de sécurité à prendre en charge la menace terroriste, créer le vide institutionnel ou appeler à la «guerre» contre un parti, majoritaire de surcroît, n'a pas de sens. Cela s'appelle jouer avec le feu. La Tunisie n'a pas besoin qu'on fasse capoter la transition vers le vide".

 

Par M. Saadoune, 27 juillet 2013. Le Quotidien d'Oran 

 

 Un deuxième responsable politique de gauche a été assassiné en Tunisie. Après Chokri Belaïd, c'est au tour de Mohamed Brahmi d'être criblé de balles devant chez lui, par la «même arme» et selon le même mode opératoire. Dérogeant au principe du secret de l'instruction, le ministre de l'Intérieur, Lofti Jeddou, a donné le nom du suspect n°1 : Boubakeur Al-Hakim, un «membre d'un courant djihadiste takfiriste», «déjà recherché». L'organisation salafiste Ansar Al-Chariaa figure dans la liste des suspects.

 

 

En s'empressant de donner ces informations, le gouvernement tunisien tente de circonscrire le feu. Les adversaires de la troïka au pouvoir, minoritaires au sein de l'Assemblée constituante, se sont empressés de mettre en cause le gouvernement. Quand ils n'accusent pas directement Ennahda d'être responsable du crime, ils lui font porter la «responsabilité politique et morale». Ils appellent déjà à la dissolution des institutions de transition et notamment de l'Assemblée nationale constituante et le gouvernement. Avec la tentation de l'obtenir par la rue, certains rêvant même à voix haute que l'armée intervienne comme elle l'a fait en Egypte. C'est en fait la seule transition démocratique viable qui est ainsi attaquée frontalement avec l'objectif évident de porter les clivages politico-idéologiques existants à un niveau conflictuel.

 

 

Le président Moncef Marzouki ne fait pas dans l'exagération quand il affirme que les meurtriers ont pour objectif de «détruire la paix civile». Le timing de l'assassinat ne semble guère fortuit. Les trois grands partis constituant la troïka ont avancé réellement dans la rédaction de la Constitution et sont désormais dans la dernière ligne droite. «A chaque fois qu'on fait un pas en avant, un événement survient pour bloquer l'avancée enregistrée», constate le président de l'Assemblée nationale constituante, Ben Jaafar. Il est clair que la Tunisie a un problème de terrorisme posé par les salafistes djihadistes. Même le mouvement Ennahda n'en disconvient pas. La tentation des opposants «laïcs» d'associer Ennahda aux salafistes djihadistes est contestable au plan des faits, mais c'est aussi une grave erreur politique. Ce serait transformer cette « seconde catastrophe nationale», selon la formule de Mazrouki, en tragédie.

 

 

 

 

 

L'indignation dans les milieux de gauche est compréhensible, c'est la seconde fois qu'un dirigeant de cette mouvance est assassiné. Mais les attaques contre les permanences d'Ennahda qui ont suivi l'assassinat et les appels à mettre à bas les institutions de transition ne sont pas une solution. La troïka au gouvernement a beau être dénoncée avec virulence par les opposants de gauche et les membres de l'ancien régime, elle offre un modèle réussi de dialogue politique permanent entre des courants différents. Elle a été un facteur de stabilité dans une transition nécessairement difficile. C'est ce dialogue permanent qui doit être approfondi et éventuellement élargi. S'il est clair qu'il y a problème de renseignement et d'efficacité des services de sécurité à prendre en charge la menace terroriste, créer le vide institutionnel ou appeler à la «guerre» contre un parti, majoritaire de surcroît, n'a pas de sens. Cela s'appelle jouer avec le feu. La Tunisie n'a pas besoin qu'on fasse capoter la transition vers le vide.

 

 

Le Quotidien d'Oran

 

 

 

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