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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

L'écrasante majorité des femmes élues à l'Assemblée constituante sont militantes du parti islamiste Ennahda. Les féministes tunisiennes se sont battues pour l'inscription de la parité dans la loi électorale, afin de préserver leurs acquis et de faire avancer leurs droits. Depuis l'adoption du Code du statut personnel, en 1956, la Tunisie fait figure de modèle en matière de droits des femmes dans le monde arabe.

 

 

Quelque 49 femmes siégeront à l'Assemblée constituante tunisienne, selon les résultats préliminaires des élections du 23 octobre, dévoilés par la Commission électorale.  Elles représentent 23% des 217 élus. Des chiffres « honorables », juge Bochra Belhaj Hmida, avocate et candidate malheureuse d'Ettakatol, qui doivent beaucoup à la loi électorale, adoptée en avril dernier par l'Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la Révolution (ISROR). Elle instituait la parité sur les listes candidates, avec alternance des noms féminins et masculins.

 

 

Un problème de mentalité

 

 

« On aurait pu mieux faire », estime pourtant Faïza Skandrani, fondatrice de l'association 'Egalité et parité', qui regrette que les femmes n'aient représenté que  7% des têtes de listes. « Il y a un problème de mentalité, explique-t-elle. Beaucoup d'hommes politiques ne conçoivent pas la direction au féminin, et la femme n'est pas considérée tout à fait à sa place dans l'espace public ». A la veille des élections, elle regrettait que la loi électorale n'ait pas institué la parité pour les têtes de listes, soulignant qu'avec 1 500 listes candidates, et un mode de scrutin à la proportionnelle favorisant les petites formations, la majorité des élus seraient des têtes de listes. Des conjectures qui se révèlent exactes. Parce qu'il a remporté plusieurs sièges dans chaque circonscription, le parti islamiste Ennahda est celui qui fait entrer le plus de femmes dans l'hémicycle. Sur les 49 élues, 42 sont membres d'Ennahdha. Elles représentent 47% des 90 élus du parti. « Je ne les connais pas, dit Faïza Skandrani. Je suis inquiète, toutes les femmes ne sont pas des défenseuses de nos droit ». Elle compte prendre contact avec elles dans les jours qui viennent pour connaître « leurs projets, leur façon de penser », et espère qu'elles ne sont pas « des réactionnaires ».

 

 

Combattre la pauvreté des femmes

 

 

 

« Les élues d'Ennahda ne défendront peut-être pas les droits des femmes, dit Bochra Belhaj Hmida, mais je ne pense pas qu'elles céderont du terrain sur leurs acquis ». L'avocate fait surtout confiance aux élues d'Ennahda pour « combattre la pauvreté des femmes ». Une « priorité » partagée par Khira Sghairi, 56 ans, élue d'Ennahda dans la circonscription de Kasserine, dans le centre du pays. « Nous allons lutter pour le developpement » dit-elle, estimant que « l'émancipation de la femme est impossible sans des conditions de vie décentes ».  L'élue regrette le temps de « Bourguiba, où l'on aidait les femmes à se procurer des moyens de contraception ». Aujourd'hui, dit-elle, « des femmes analphabètes, livrées à elles-mêmes, ont six ou sept enfants. Elles se soumettent non par volonté mais par sacrifice, estimant qu'il est de  leur responsabilité de tout faire pour les enfants qu'elles ont engendrés ».  Pour Bochra Belhaj Hmida, ces élections marquent un « pas en avant ». « Les femmes se sont engagées, se sont battues, elles ont donné de la voix, y compris dans les zones rurales », dit-elle, rappelant que « le fait que les femmes soient représentées à l'Assemblée constituante est en soi une victoire ».

 

 

Campagnes d’intimidations

 

 

Elle qui avait exigé d'être tête de liste pour « ne pas faire de la figuration » regrette néanmoins que « très peu de femmes modernistes aient été élues ». Selon elle, la « campagne de dénigrement à l'encontre des femmes progressistes ces derniers mois a joué contre leurs candidatures ». Les militantes féministes sont depuis la chute du régime de Zine el-Abiddine Ben Ali la cible de campagnes d'intimidation et de diffamation, notamment sur Internet. Une expérience qu'a vécue Faïza Skandrani, dont les pages Facebook et les blogs ont plusieurs fois été piratés.  Les féministes restent déterminées à faire que les acquis de la femme tunisienne sortent renforcés de la transition démocratique. Depuis la promulgation en 1956 du Code du statut personnel, qui interdit la polygamie et institue le divorce, le pays fait figure de modèle en matière de droits des femmes dans le monde arabe. « La société civile fera entendre sa voix, dit Bochra Belhaj Hmida. Nous allons mobiliser les politiques pour qu'ils défendent nos droits ». Meriem Zeghidi, membre du Comité directeur de l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), mettait néanmoins en garde, quelques jours avant les élections. « Il faut être attentif à toute tentation rétrograde, disait-elle. Tout est possible, dans un sens comme dans un autre ».

 

Anouk Ledran, écrit de Tunis. 29 octobre 2011. Maghreb Emergent

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