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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Entretien avec l’ancien Premier secrétaire du FFS, Karim Tabbou

 

Le FFS vit une grave crise interne depuis les élections législatives du 10 mai. Des cadres et des militants dénoncent les agissements de la direction de leur parti et redoutent que le FFS abandonne l’opposition. Dans cet entretien, Karim Tabou, ancien Premier secrétaire du plus vieux parti d’opposition en Algérie, analyse les raisons de cette crise et accuse la direction d’intimider les militants en utilisant Aït Ahmed…

 

 

À quoi est due la crise qui couve actuellement au FFS ?

 

La direction du parti essaie de réduire cette crise à un simple mécontentement de militants suite à l’élaboration des listes électorales lors des dernières législatives et à des problèmes d’ordre organique. La vérité est que la direction du FFS est en train d’intimider ses militants en utilisant le message d’Aït Ahmed comme une arme pour faire taire le débat et changer sa ligne politique. Les cadres du parti se sont sentis offensés et agressés par les pratiques violentes de la direction. Ils voient bien que le FFS est en train de virer d’un parti d’opposition plaidant pour le changement démocratique et pacifique vers un parti qui s’accommode des compositions avec quelques franges du système et qui commence à se normaliser.

 

Il y a eu une élection dans le pays le 10 mai dernier. Au lieu de dénoncer les violences constatées pendant la campagne, de garder son autonomie de décision, de rassurer ses militants sur la nécessité de résister face aux coups de force, la direction du FFS s’est félicitée des résultats proclamés par le Conseil constitutionnel. Des militants sont aujourd’hui scandalisés, dans la wilaya de Bordj Bou Arreridj, après avoir appris que le parti s’est vu attribuer deux sièges qu’il n’a pas obtenus et qu’il n’a pas mérités. Le FFS est réduit à un parti qui accepte les strapontins.

 

 

 

Vous parlez de compromissions avec quelques franges du pouvoir…

 

Au FFS, il y a une entreprise d’exclusion et de transformation de l’intérieur dont la finalité est de chasser du parti toute idée d’opposition radicale au système. La direction est en train de conduire le FFS vers une normalisation, une domestication claire dont les objectifs sont de participer aux équilibres internes au pouvoir. La direction du parti veut émettre des signaux en direction du pouvoir pour lui dire que le plan fonctionne, que la démarche est exécutée tel que souhaité par les officines du pouvoir.

 

Cela dit, tout se passe dans l’opacité et loin du débat démocratique interne au parti. Pourtant, des résolutions organiques stipulent que le Conseil national est la seule instance fixant la ligne politique du parti. Les intentions du régime sont d’en finir avec le courant démocratique, les forces d’opposition démocratique. Le système a toujours eu l’intention de normaliser la société et le FFS a trouvé l’opportunité et des éléments pour le faire.

 

 

Qui sont les responsables de cette situation au FFS ?

 

Officiellement, il y a une direction qui est en train de représenter le parti. Devant l’opinion publique, cette instance du parti devra assumer ses responsabilités.

 

 

Qu’en est-il de la part de responsabilité de Hocine Aït Ahmed ?

 

Aït Ahmed est le président du parti. Il est respecté par l’opinion publique et par les militants. Les rapports qui lui ont été transmis sur la gestion du parti et le déroulement de toutes les opérations sont, pour le moins qu’on puisse dire, incomplets. Ils n’émanent d’ailleurs pas des instances habilitées à le faire. Le Conseil national est le seul cadre dans lequel on peut élaborer une évaluation et la transmettre au président du parti. Le conseil devait se tenir au lendemain des élections pour faire une évaluation. Il n’a toujours pas été convoqué. C’est la base militante qui est en train d’exiger une session extraordinaire pour évaluer la gestion du parti depuis quelques temps et mettre en lumière toutes les dérives constatées dans le parti et ayant suscité l’inquiétude au sein de la base.

 

 

Une lettre vient d’être adressée par près de 150 cadres au président du parti. Pensez-vous qu’il répondra à cette lettre ?

 

Je ne peux pas répondre à cette question. Je ne suis pas Aït Ahmed. La base l’espère en tous cas. Les cadres du parti sont engagés à réhabiliter le FFS dans sa ligne originelle de parti d’opposition radicale qui plaide pour un changement démocratique dans le pays.

 

 

 

Comment évolueront les choses au cas où le président du parti ne répondrait pas favorablement aux doléances des protestataires ?

 

Chacun de nous devra assumer ses responsabilités.

 

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