Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

torture-tunisie

 

 

 

Aucun Etat de droit ne peut naître de l’impunité des bourreaux. Leur impunité, ajouté à un climat où la nostalgie de l’ancien régime se manifeste au grand jour, ne signifient rien d’autre que la poursuite des mêmes pratiques. En particulier en Tunisie, où la dictature a été avant tout policière.

 

 

Par Bader Ledjmi, 6 janvier 2013

 

  Bader Lejmi  

   

 

Tous les 14 janvier, il est devenu quasiment l’usage de célébrer les acquis de la révolution tunisienne. La liberté d’expression et la fin des prisonniers politiques en font partie selon l’avis général. Mais avons-nous vraiment fait table rase du passé tortionnaire de la dictature?

 

Récemment encore, la loi sur l’indemnisation du préjudice vécu par les prisonniers politiques voté par la majorité de l’ANC a été l’objet de polémiques accusant Ennahdha d’avoir voulu détourner l’argent publique au profit de ses militants. Régulièrement leur passé de prisonniers politiques est souvent utilisé comme une preuve de l’”incompétence” des responsables politiques. Pire encore, certains n’ont pas hésité à diffuser des vidéos de tortures humiliantes du premier ministre dont de vulgaires montages. Ces derniers sont souvent les mêmes qui se ont exprimés pour importer en Tunisie le putsch militaire Egyptien. Sans même parler du silence inquiétant sur les pratiques tortionnaires actuelles dans les prisons tunisiennes. Ces attitudes sont autant d’indices indiquant que la Tunisie n’en a pas finit avec la mentalité de tortionnaire…

 

Aller de l’avant, ne pas ressasser le passé, sortir du ressentiment, refuser la repentance, ne reconnaître la dictature qu’à partir du dernier “mandat” de Ben Ali ou enfin l’apologie du régime de Bourguiba ont été autant d’arguments pour dénier toute légitimité au débat public sur la torture. Au nom de la continuité de l’Etat, du nécessaire retour au calme, et même paradoxalement de la transition démocratique, le gouvernement ne cesse de reporter le jugement des responsables de la torture sous Ben Ali. Chaque jour, il devient plus difficile d’aborder ce sujet sans passer pour un idéaliste déconnecté des “vrais problèmes” des tunisiens qui se réduiraient à manger et à dormir en paix. Pire encore, le recyclage des anciens cadres sécuritaires soupçonnés de pratiques tortionnaires en sauveurs face à la menace terroriste est des plus inquiétantes.

 

Pourtant un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. Car enfin, il ne s’agit pas simplement de revenir sur le passé. Il s’agit surtout de relever les défis du présent et de préparer l’avenir. Aucun Etat de droit ne peut naître de l’impunité des bourreaux. Leur impunité, ajouté à un climat où la nostalgie de l’ancien régime se manifeste au grand jour, ne signifient rien d’autre que la poursuite des mêmes pratiques. En particulier en Tunisie, où la dictature a été avant tout policière. Où la torture a été la face émergée de l’iceberg d’un Etat policier qui applique la politique d’éradication à toute contestation du régime. L’enjeu est donc là : comment envisageons-nous la révolution tunisienne de la liberté et de la dignité ? La voyons-nous comme un simple renouvellement de la classe politique dirigeante ou voulons-nous en finir avec la dictature une bonne fois pour toute et toutes ses pratiques déshumanisantes ?

 

Dans la constitution en cours de vote par l’ANC, aucun article ne mentionne la lutte contre la torture. Seul l’amendement n°179 propose l’ajout d’un article à ce sujet. L’ensemble des citoyens et élus attachés à la liberté et la dignité, à la construction de l’Etat de droit, au delà des appartenances partisanes doivent se mobiliser pour l’adoption de cet amendement n°179: “La mission de l’assemblée nationale constituante s’achève 3 mois après la publication de cette constitution. Pendant cette période il faudra voter la loi électorale et élire l’ISIE, l’instance de la vérité et de la dignité et le comité national pour la lutte contre la torture

 

Source: nawaat.org

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article