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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 (Ph./ DR)

 

 

 

"Un triomphe symbolique de la tolérance" titre Maghreb Emergent.  Environ 200 personnes se sont jointes à l'appel  lancé la semaine dernière par un groupe de jeunes de la wilaya de Tizi-Ouzou  à braver les provocations des services de sécurité en organisant un rassemblement pour rompre le jeûne publiquement. Dans un esprit de fête, les manifestants ont consommé des sandwichs et des boissons en public. La manifestation s’est déroulée dans le calme. Chose inattendue : aucune présence policière n’a été décelée. Les passants ont interagi avec cette action qui vise selon ses initiateurs à rétablir les valeurs de la tolérance et la liberté de conscience.

 

Dans le Soir d'Algérie, Maâmar Farah consacre un billet à l'évènement

 

 

 

Il déjeunent dans la rue en plein ramadhan et ne sont pas réprimés

 

Une première dans l'histoire de l'Algérie indépendante

 

Par Maamar farah, 4 aout 2013

 

Est-ce que le ciel est tombé sur les têtes des non jeûneurs qui ont cassé la croûte, et plus si affinité, en plein centre de Tizi-Ouzou ? Pour une fois, les services de police et de gendarmerie n'ont pas joué aux «défenseurs de la morale et pourfendeurs du vice», eux qui ont l'habitude de se transformer en imams armés au moindre coup de mâchoire entendu en plein Ramadhan !

Je suis fier d'appartenir à ce pays qui se réveille enfin pour consacrer le droit de chacun d'agir selon son âme et conscience et qui ne brandit plus l'épée de la vertu à chaque fois qu'un couple s'enlace ou qu'un quidam ouvre sa bouteille de vin au fin fond d'un bois. Je suis fier de ce pays qui ne ressemble plus à l'Afghanistan, au Pakistan et à l'Iran ! Un de mes amis, juge dans les années 60, a eu à traiter une affaire d'accouplement contre nature. Les deux gars avaient commis leur acte au plus profond d'une immense forêt, très loin de toute habitation, et c'est là où ils furent surpris par les gendarmes. Au lieu d'incriminer les mis en cause, ce juge se tourna vers les gendarmes : «Vous aviez une raison de vous intéresser à ce coin perdu dans la nature ? Y avait-il un danger pour la population ? Ils s'accouplaient ! Ah! La belle affaire ! Mais, dans une forêt, il y a tant de bêtes qui s'accouplent...» Il est vrai que mon ami était un excentrique et un anti-corruption exemplaire, ce qui lui valut des problèmes en série qui le poussèrent, un jour, à abandonner ce métier.

En disant ma fierté de vivre enfin dans un pays qui respecte la liberté de ses citoyens, je ne vais pas néanmoins sur la voie périlleuse de savoir si l'on doit approuver ou pas un tel rassemblement sur la voie publique. Mais je suis sûr que les manifestants non-jeûneurs ont agi ainsi pour frapper les esprits et voir si les assurances du wali de Tizi-Ouzou de ne pas intervenir sont fondées. C'est une première dans notre pays et certains me répondront que ce qui est possible à Tizi, ne l'est pas partout. Moi, en tant que jeûneur tolérant et respectueux des idées d'autrui, je ne me pose même pas la question. Je ne suis ni un imam, ni un simple moralisateur. Je jeûne et on me laisse tranquille pour ce choix. Je veux que ceux qui ont un autre choix bénéficient du même privilège. Il y a quelques jours, lorsque j'avais stigmatisé l'attitude de quelques gendarmes qui sont intervenus contre un commerce servant à manger à des non-jeûneurs, j'ai reçu un courriel dans lequel un gardien du temple me disait que mon jeûne était irrecevable parce que j'avais défendu des mécréants ! Faux : j'ai défendu la liberté. Cette même liberté qui est aujourd'hui protégée par un wali et les services de sécurité de Tizi. Le reste est une affaire de croyances personnelles.

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