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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Salima Tlemçani s’abreuve pour El Watan à des « sources proches » du DRS. Ghania Oukaci du Quotidien d’Oran est briefée plutôt à la présidence de la République. A la lumière de l’expérience, les tuyaux épisodiquement livrés par les journalistes sur les actions ou les intentions confidentiels de nos maîtres, se révèlent naturellement  invérifiables.On a infiniment plus de plaisir à lire les reportages où ces deux journalistes excellent.

   

Ghania Oukaci nous livre un scoop ce matin : le DRS a été rapidement écarté de la gestion de la crise de Tiguentourine ; c’est Bouteflika qui a donné l’ordre de l’assaut, « en tant que chef supême des armées ». Deux pages plus loin, le chroniqueur Kamal Daoud écrit : « Le seul événement de la semaine est l'anniversaire de Bouteflika ».

 

Encore une fois, sur le sujet sensible de Taguentourine, comme sur les autres, les Algériens seront privés des explications officielles venant des institutions qui les gouvernent. Des « on dit », même de source proche, est-ce là toute l’information que les Algériens méritent ? Ces informations seront naturellement boycottées.

   

(S. A.)

 

 

 

 

Terrorisme: L'après-Tiguentourine

 

 

Par Ghania Oukazi

 

 

(…) L'on fait savoir que le président de la République avait pris, seul, les décisions les plus importantes mais aussi les plus dures pour dénouer la crise. Dès l'annonce de l'attaque du site, l'on souligne que ce sont les services du DRS qui se sont, en premier, saisi de l'affaire et tenté de la résoudre. «C'est d'ailleurs pour cela, que les forces spéciales de l'armée ne sont intervenues que 24h après,» nous dit-on. Le chef de l'Etat avait alors exigé, selon nos sources, que «c'est l'armée et seule l'armée avec ses éléments et ses moyens qui doit mener les opérations d'intervention.» Les ordres étaient donnés, est-il précisé, directement par Bouteflika, en tant que chef suprême des Armées. Les trois assauts qui ont été dirigés contre le site où les terroristes détenaient les otages, ont été, selon nos interlocuteurs, ordonnés, suivis et dirigés par ses soins. Il est le seul à avoir, selon nos sources, décidé d'en assumer toutes les conséquences aussi dramatiques, devaient-elles être. Et comme cela a été rapporté, aucun responsable étranger, aussi important soit-il, n'a pu, durant les moments de la crise, s'entretenir avec lui. «Il ne voulait pas se voir dicter ce qu'il devait lui-même décidé,» est-il dit. «Il voulait aussi comprendre ce qui se passait, pourquoi et comment ça s'est produit,» explique-t-on.


L'on dit qu'«il s'était refusé à n'entendre aucune suggestion ou proposition étrangère sur le comment de la gestion de la prise d'otages.» Les pays étrangers se sont d'ailleurs, étonnés de son silence et reprochent grandement aux autorités algériennes «de n'avoir pas communiqué à temps et comme il se doit.» Les chancelleries occidentales accréditées en Algérie, pensent même que «la transparence dans la communication permet une plus grande coopération entre les pays.» Mais «c'est justement cette coopération qu'Alger s'était fait un point d'honneur de la refuser dans ces moments douloureux et très complexes,» affirment des sources proches de Bouteflika. «Jalouse de sa souveraineté et de son intégrité territoriale qu'elle est, elle ne pouvait se permettre de recevoir des instructions d'ailleurs pour libérer des territoires qui lui appartiennent,» nous lance un haut responsable. Les experts étrangers en matière de sécurité laissent entendre que désormais «il faut que les autorités algériennes communiquent pour mieux bénéficier de la coopération dans la lutte antiterroriste.» Ceci même si beaucoup de chancelleries étrangères se laissent avouer que «la gestion de la crise, les capacités des unités spéciales algériennes et la manière avec laquelle l'assaut a été mené, ont été d'un niveau très respectable.» La forme peut être revue «mais pas le fond,» reconnaissent-elles (…)

4 mars 2013. Texte intégral :  Le Quotidien d’Oran

 

 

 

Le Pouvoir est-il heureux de vivre ?

 

Par Kamel Daoud

 

Et donc ? Le seul événement de la semaine est l'anniversaire de Bouteflika. Entre lui et lui-même. Cela ne concerne pas les Algériens. Comme tout l'espace du Pouvoir : on ne sait pas comment est le bureau d'un président algérien. Ovale ? Carré ? Probablement rectangulaire : un angle pour le président, un angle pour l'armée et un angle pour les martyrs, alias le FLN, alias l'Appareil. On ne sait pas quoi mange un président : des dattes et du lait comme les Arabes ? De l'huile d'olives comme les ancêtres ? Du tadjine marocain comme à Oujda ou les feuillages sauvages comme au temps de la guerre ?

 

 

Personne ne sait : un président algérien vit, mais n'est pas vivant. Il doit incarner l'autorité, la rigueur et donc l'inaccessibilité : il doit ressembler à un martyr qui inspecte l'état du pays libéré. Ses réactions sont le silence, le discours ou la colère ou le reproche : « nous sommes morts pour vous et on a le droit de vous crier au visage et de vous insulter, frapper ou malmener pour vous culpabiliser ». D'ailleurs, les gestes d'un président sont calculés comme ceux d'un cadavre ou d'un drapeau. On ne sait rien de la femme d'un président sauf par la rumeur, les proches parents ou les soupçons de corruption. Ou les envies. Quel est l'emploi du temps d'un président ? Vivant s'entend, pas quand il est malade. Qui l'habille ? Production locale ? 49% ou 51% comme le veut la loi sur les investissements étrangers ? On ne sait pas. Le Pouvoir ne se montre pas, ne se confesse pas, ne fréquente pas le peuple. Il est populiste en idéologie mais élitiste dans le mode de vie et le ménage.


On n'a pas la tradition d'ouvrir le bureau du président au peuple. Seuls les visiteurs étrangers peuvent le voir et quelques intimes. La présidence est aussi fermée aux écoliers algériens. On n'est pas aux États-Unis. La présidence et un espace fermé, clos sur lui-même : c'est un palais situé dans un maquis, dans la Montagne de la Révolution. Les images ? Les mêmes : un président souriant en se forçant presque, saluant des gens invisibles, sourcils froncés, en colère, l'air grave comme un cadavre qui regarde l'éternité. Les présidents algériens ne sont jamais filmés en jogging, en manche courte, en tenue de vendredi ou en tenue de travail. Tout juste, parfois, un pigeon blanc pour signe de la paix. Il existe même des affiches de Bouteflika se serrant les deux mains, comme s'il se donnait la main à lui-même, dans un geste de refus du monde et de l'autre, en mode zone autonome.


Donc pas d'image. Juste une seule. Stalinienne. Pas d'accès à la présidence pour les enfants algériens sauf s'ils prennent les armes. Pas de portes ouvertes. Pas de caméras. Pas d'information sur l'ameublement, les costumes, les dépenses, les menus de la cuisine. Ce n'est pas un pays transparent. C'est une caserne entourée de civils. On ne se fréquente pas. Le Pouvoir est une caste. Ce n'est parce qu'on vous a libérés des colons que l'on va se fréquenter. Le pays n'aime pas la joie. A cause de sa religion ou à cause des martyrs.

 

 

Kamal Daoud, 4 mars 2013. Le Quotidien d’Oran

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miloud 11/10/2014 00:56

pertinement sur de l anlyse.Ghania est la seule en Algerie capable d ecortiquer le croquis reel des evenements.Je ne doute ces lignes bien soignes d'OUKACI forges par un esprit de Gnawi.Un Becharien d outre continent.Merci Ghania