Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

La chronique du Condjador (21)

 

 

 

Comme disait un de nos sages, « le matin au moment où on peut évaluer les quantités et les espèces pêchés on voit toujours les mêmes personnes ». Généralement, le raïs est entouré par des « gens sérieux » appartenant presque tous au clan familial ou très soumis à la volonté dictatoriale de l’armateur.

 

Les marins ont des formules pour prédire le montant de la part, mais on ne peut rien faire quand on a rien gagné depuis six mois. A cela il faut ajouter les désagréments de la période de l’hiver, les vents de mars, les bas fonds, les pleines lunes qui désavantagent la pêche, les mauvais courants, les bateaux pourris, les pannes successives, les longs arrêts parce que l’argent fait défaut pour les pièces de rechange, etc.

 

Lorsque le marin exprime son mécontentement en cas de vol par l’armateur ( grande recette de la semaine mais petite part pour le marin) voici le scénario : « tient ton fascicule tu es débarqué ». On ne peut pas démontrer la fraude : la comptabilité se fait à huis-clos entre l’armateur et le comptable.

 

Le garde de pêche ne peut pas intervenir en cas de conflit entre le raïs et le condjador parce que ce dernier (ainsi que le mousse) fait partie de l’équipe de terre, en dehors de sa juridiction. On peut faire valoir ses droits en justice ou chez l’inspecteur du travail, mais il faut avoir deux témoins qui ne sont pas lâches : personne ne veut être pointé du doigt par les patrons.

 

Pour les gens mariés, el khabza da drari falaab. Les célibataires quant à eux disent : nous avons faim. En plus l’accusateur va être sujet à des représailles et des pressions. Les armateurs sont amis et par « solidarité », ils ne feront jamais appel à son service. Un marin qui veut son droit est mis à l’écart et classé comme perturbateur. Il est cuit, ses chances d’embarquement sur un autre bateau seront très réduites.

 

On est parfois embarqué sur un bateau avec un raïs incompétent et malgré ça on accepte, on n’a pas mieux et l’espoir fait vivre les quatre mois de mai jusqu’à août, qui nous font oublier les mois des vaches maigres. Les meilleures places sont prises toute l’année …

 

La liste d’attente est très longue pour décrocher une meilleure place. Les autres bateaux, des petits, ne peuvent même pas garantir la chemma, les cigarettes ou deux yaourts pour le casse croûte. On ne peut pas toujours faire le héros ou se faire justice soi-même.

 

Heureusement il y en a ceux qui croient encore que rezk biyad rabi, ils crient haut et fort leur mécontentement, mais ils doivent attendre quelques jours voire quelques mois pour trouver un autre bateau qui à besoin de marins. La chance sourit surtout en pleine saison, en juin et juillet, après tu n’a qu’à garder de bonnes relations avec les membres de ta famille sinon tu vas crever.

 

Pour que ça change au niveau de tous les ports de pêche en Algérie, il faut que le ministre ait en face de lui des marins, pas seulement des représentants des chambres de la pêche, c’est à dire des bureaucrates qui ne font que mendier les aides de l’état. Avec leur statut de patrons ils raflent tout pour eux. Ils sont forts dans l’arnaque.

 

Les marins n’ont pas la culture associative. Le marin doit arrêter de dire chaque année : « C’est ma dernière année au port, je termine la saison et j'arrête ».

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article