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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Comme Christian Buono, l'enseignant  communiste de l'école Tarik Ibn Ziad, à la cité La Montagne, devenu cité Bourouba, la chrétienne Marie-Thérèse Brau est une figure solidaire inoubliable de ces cités d'urgence de l'est de la capitale, érigées à la hâte dans les années 50 pour accueillir les refugiés de la guerre coloniale.

Baya Gacemi rappelait dans l'Express l'itinéraire de cette native d'Hussein-Dey qui est restée dans ces quartiers populaires, pendant la "décennie noire : "Même aux heures les plus sombres, sœur Marie-Thérèse n'a jamais abandonné le quartier". L'engagement en faveur de La Montagne remonte à loin: "En 1957, alors que la police coloniale pourchasse les "chrétiens progressistes", coupables d'aider le FLN, elle refuse de suivre le conseil de ses amis qui la pressent de gagner la métropole. En 1960, elle adhère à l'association Entraide populaire familiale, créée par des Français favorables à l'indépendance de l'Algérie, dans le sillage du Secours populaire et du Secours catholique.

Ces jours-ci, elle aura 79 ans. L'éditorialiste du Quotidien d'Oran écrit: "Elle attend de se faire opérer. Les médecins surveillent les poumons. Et le cœur aussi. Ce cœur si grand qui contient tant d'histoires humaines, tant d'efforts souterrains. Le cœur d'une femme de bien est sans limites. Tiens bon,

maîtresse !"

 

 

 

 

 

 

DR-La Montagne-Bourouba

 

 

 

 

 

 

La dame de cœur

 

 

 

 

Par M. Saadoune, 25 septembre 2013

 

 

 

Entre Hussein Dey, Leveilley, Oued Ouchaïyah, La Glacière et Bourouba, la nouvelle s'échange à voix basse : la «sœurette» est malade. Elle a été opérée à Kouba puis évacuée en France. Elle le sait sans doute, beaucoup d'Algériens, musulmans, chrétiens, ont prié pour son rétablissement. Avec ferveur. Trois générations au moins d'Algériens dans ces quartiers populaires l'ont connue avec son entêtement à faire «ce qu'il faut» pour les plus pauvres, les plus faibles. Tous ont appris à aimer sa grâce bourrue, sa capacité unique à entraîner et à vaincre, parfois, les obstacles si grands que l'administration sait fabriquer aux femmes et aux hommes de bonne volonté. Et tous sont en quête de nouvelles d'une femme qui a grandi parmi eux, bataillé parmi eux.

Toute une vie au service des humbles puis des handicapés, cela a créé des liens forts et intenses. Qui ont résisté même quand l'Algérie s'est mise à se déchirer et à s'entretuer. Au plus fort des années terribles, Marie-Thérèse Brau est restée parmi nous, dans son quartier. Protégée, dit-elle, sans le savoir. Mais nous, nous le savions. Elle a été protégée par son grand cœur, par sa générosité sans limites. Dans ces territoires qui ont durci durant ces années-là, nul n'aurait osé un mot déplacé à son égard, il aurait commis le pire des sacrilèges. Une impardonnable faute de goût ! Une sainte, Marie-Thérèse ? Pour beaucoup d'entre nous, femmes et enfants - et cela se compte par centaines -, c'est surtout le premier maître. Au sens le plus absolu. Celui qui a fait découvrir des livres, a appris comment soigner et qui a montré que «l'autre» est tellement semblable à «nous». Qu'il est nous !

Dans nos quartiers, on a vite compris avec cette femme exceptionnelle qu'on peut s'appeler Marie-Thérèse et être membre de la communauté. Une Algérienne indubitable. Une incroyable battante à qui rien n'a fait peur et qui a continué avec une abnégation têtue le travail engagé par l'Association d'entraide populaire, créée en 1960 par des chrétiens progressistes. Et l'a continué dans un investissement total dans l'aide aux handicapés. Dans ces quartiers si éprouvés par les vicissitudes de la vie, l'évocation de la «sœurette» illumine immédiatement les visages. Les mots peinent à traduire ce mélange de respect et d'admiration qu'elle inspire. Sans compter la gratitude de ceux, nombreux, dont la vie a été changée par sa rencontre. Et puisque des milliers de gens se demandent comment elle va, autant leur apporter la nouvelle.

Skype aidant, on a pu lui parler. Aussi souriante et alerte que d'habitude, elle raconte qu'elle a failli «y passer» mais que le médecin et l'anesthésiste de Kouba «ont fait un travail précis et admirable». Mais au lieu de donner de ses nouvelles, elle nous en demande. Du Marie-Thérèse pur jus ! Elle attend de se faire opérer. Les médecins surveillent les poumons. Et le cœur aussi. Ce cœur si grand qui contient tant d'histoires humaines, tant d'efforts souterrains. Le cœur d'une femme de bien est sans limites. Tiens bon, maîtresse !

Le Quotidien d'Oran

 

 

 

Une sœur pour les déshérités

 

 

 

 

 

Par Baya Gacemi, 12 juin 2008

 

 

Son nom, Bourouba, fait frémir les Algérois. Ce quartier de la banlieue-est de la capitale était dans les années 1990 le fief des groupes armés islamistes. Aujourd'hui, les attentats ont cessé, mais la " sale guerre" a laissé ses stigmates. Le paysage urbain est ponctué de casernes et de camps retranchés. C'est dans ce coin désolé que sœur Marie-Thérèse Brau passe ses journées, au service d'enfants handicapés mentaux. 

 

L'œil vif et le verbe rapide, elle est née il y a soixante-quatorze ans tout près de là, à Hussein-Dey, dans une maison où ses parents s'étaient installés en 1932. " Toute petite, confie la sœur, j'ai découvert les familles arabes. Ma mère, soignait les enfants de Oued Ouchayah, le bidonville à côté de chez nous... Je n'ai jamais envisagé de partir. Mon père et ma mère sont enterrés ici."  

 

En 1957, alors que la police coloniale pourchasse les "chrétiens progressistes", coupables d'aider le FLN, elle refuse de suivre le conseil de ses amis qui la pressent de gagner la métropole. En 1960, elle adhère à l'association Entraide populaire familiale, créée par des Français favorables à l'indépendance de l'Algérie, dans le sillage du Secours populaire et du Secours catholique. Elle y est encore aujourd'hui." Au début, on s'occupait surtout d'alphabétiser les petites filles. On disait à leurs pères qu'elles faisaient de la couture et on leur faisait passer le certificat d'études." 


Dans les années 1970, l'association crée à Hussein- Dey son premier centre pour enfants handicapés mentaux. Elle décide de s'y investir. Depuis peu, parce qu'elle refuse l'idée de devoir les abandonner lorsqu'ils deviennent adultes, elle s'est attelée à un nouveau projet: la création d'un centre d'aide par le travail, ainsi que l'ouverture d'un foyer de vie où ils apprendront à être autonomes. L'un et l'autre devraient prochainement ouvrir leurs portes. 


Même aux heures les plus sombres, sœur Marie-Thérèse n'a jamais abandonné le quartier. " Nous savions que des terroristes vivaient dans une maison à côté, mais je n'ai jamais eu peur, dit-elle. Pas plus que je n'ai eu peur de l'OAS, qui faisait la même chose. J'étais protégée sans le savoir." Les problèmes que connaissent depuis peu les chrétiens d'Algérie l'attristent. "J'ai connu ce pays si tolérant et ouvert aux autres. Après la barbarie terroriste, avec ces affaires, les Algériens vont encore se faire mal voir. Et c'est cela qui me fait le plus de peine."

l'Express.fr 


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