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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Impressions du jeudi

 

 

Les grèves sont quasiment interdites en Egypte par les autorités. En Tunisie, c’est le chantage aux difficultés économiques qui paralyse le mouvement revendicatif. Des réseaux répressifs nouveaux se mettent en place, récupérant les professionnels de la repression des anciens systèmes, actionnant les faux clivages idéologiques.

 

Les travailleurs algériens semblent avoir pris les choses par le bon bout. S’ils n’ont pas mis leurs pas derrière ceux des démocrates médiatiques révolutionnaires, Ils ont mis à profit l’air du temps printanier pour affirmer leur présence dans le paysage social, leur poids spécifique dans l’opinion publique qui émerge. Ils ont avancé leurs revendications sociales et d’abord le droit de désigner eux-mêmes les collègues qui doivent les représenter, introduisant de manière capilaire l’exigence démocratique dans le corps social.

 

Le pouvoir s’accommodait-il  des revendications du « ventre » pour détourner les gens de la contestation « politique » du régime. Cette analyse a fleuri ce printemps. A cette rentrée d'automne, les « révolutionnaires » s’intéressent dorénavant beaucoup aux luttes revendicatives, conseillant aux salariés de « faire le lien » avec leurs luttes démocratiques, de faire jonction avec leurs froides espérances.

 

Les salariés reviennent de loin. De longues années marquées par l’atomisation, la culture des solutions individuelles, la crainte de perdre son emploi innoculée par les grandes saignées imposées par le FMI dans les années 90,  le poison des divisions idéologiques ont mis à dure épreuve la dignité du salariat. Les salariés souffraient même parfois du mépris de leurs propres enfants, qui sont aussi les enfants de leur temps, celui du business et du fric facile.

 

Les salariés reviennent de loin. Les luttes d’appareils entre les bureaucraties syndicales pour capter le bénéfice de la combativité retrouvée des salariés paraissent dérisoires et ne contribuent pas à l’unité des salariés, pendant que le taux de syndicalisation se mesure sur les doigts d’une seule main ! Pourtant même la centrale syndicale est aujourd’hui en état de siège, s’abritant de la vindicte d’une base excédé par son attentisme et son affaissement. Dans la zone industrielle de Rouiba ou parmi les personnels de l’Education nationale, les militants de l’UGTA se mettent en mouvement et bousculent les bureaucrates de leur Centrale.

 

Les choses ont beaucoup changé depuis janvier. C’est par cette accumulation primitive de capital combatif que les salariés préparent dans l’union les échéances à venir, ces moments où la vie mettra des enjeux autrement plus décisifs sur la table.

 

En ces temps incertains que nous vivons, même la météo devient rétive aux prévisions. Le génie hasardeux de l’histoire, la Fortuna, réserve sans doute des surprises aux ordinateurs des stratèges.

 

En attendant, de chaudes coulées s’amassent.

 

 S. A. 5 octobre 2011

 

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