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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Extraits d’un tract diffusé en avril 1971 par le PAGS, Parti de l’avant-garde socialiste d’Algérie.

 

(…) Le 22 avril au soir, deux personnes se présentant au domicile de notre camarade Abdelhamid Benzine, dirigeant du PAGS. En l’absence de Madame Benzine, l’un de ces deux visiteurs demande à son fils âgé de 15 ans d’aller tout de suite » avertir les camarades parce qu’il y avait eu des arrestations ». Après cette veine provocation 14 policiers en civil ont fait irruption dans l’appartement qu’ils ont ensuite fouillé.

 

A son arrivée, Mme Benzine est accueillie par les policiers, révolver au poing. Elle leur demande leurs papiers et le mandat de perquisition, mais ils répondent par des moqueries. L’un d’eux cependant exhibe une carte de la  Sécurité Militaire. Puis certains policiers repartent emmenant avec eux le fils de Mme benzine et les deux « visiteurs » en déclarant à sa mère qu’il ne serait retenu qu’une dizaine de minutes pour un bref interrogatoire. Les deux visiteurs n’étaient en fait que des policiers chargés d’une mise en scène grossière devant permettre l’enlèvement du fils de Mme Benzine. Les autres policiers demeurés dans l’appartement se livrent à toutes sortes d’intimidations et de provocations à provocation de Mme Benzine et de sa fille.

 

Les policiers quittent l’appartement le 24 avril dans la journée après avoir coupé le téléphone, alors que le fils de Mme Benzine n’est toujours pas revenu. En fait il est séquestré durant 4 jours (jusqu’au lundi soir) dans les locaux de la Sécurité Militaire, probablement à Bouzaréah, près d’Alger. Emmené avec un bandeau sur les yeux il ne verra pas le jour durant ces 4 journées. Il est interrogé sur son beau-père, brutalisé et torturé à l’électricité. A un moment donné, après une séance de torture, on lui appliqua sur une partie du cou un coton imbibé d’un liquide qui le plongea dans l’évanouissement. Une visite médicale a établi, après sa libération, qu’il portait des traces de sévices. A un moment de l’interrogatoire une gifle plus violente que les autres a fait sauter le bandeau et les tortionnaires se sont alors caché le visage.

 

Avant de le libérer les policiers ont menacé le fils de Madame Benzine qui est de nationalité française, de l’expulser d’Algérie, ainsi que sa mère, s’il racontait ce qui s’était passé dans les locaux de la S.M. Emmené en voiture, les yeux toujours bandés, ils l’ont ensuite placé face à un mur et lui ont demandé de compter jusqu’à vingt avant de se retourner sinon il serait abattu (cela pour l’empêcher de relever le numéro de la voiture).

 

Ce n’est pas la première fois que la famille de notre camarade Benzine est l’objet de ces méthodes ignobles : perquisition, arme au poing, en 1966 ; interrogatoires de Mme Benzine par la P.R.G. en mars dernier assortis de chantage à l’expulsion ; provocations, filatures, etc.…

 

Rappelons aussi qu’en janvier dernier les femmes de nos camarades Sadek Hadjerès et Boualem Khalfa ont fait l’objet de multiples menaces, proférés par téléphone, d’enlèvement de leurs enfants. De même le fils de notre camarade Bachir Hadj Ali a été enlevé, battu, séquestré et menacé d’être abattu en janvier également.

Ces faits montrent non seulement que la torture n’a pas reculé en Algérie, mais qu’elle s’est même aggravée au point que les tortionnaires s’attaquent aux familles de militants et torturent leurs enfants !

 

Les raisons en sont évidentes : aucune mesure n’a été prise pour juguler cette plaie qui demeure la honte de notre pays. Notre parti n’a cessé depuis des années de dénoncer la torture et les tortionnaires, les illégalités et les crimes contre la dignité de l’homme.

 

La publication de » L’Arbitraire » (récit de tortures subies par notre camarade Bachir Hadj Ali après son arrestation en septembre 1965) et des « Torturés d’El Harrach » (copies des plaintes déposées pour tortures par de nombreux militants de notre Parti arrêtés également à la même époque) n’ont pas arrêté la main des tortionnaires. Aucune plainte pour torture n’a jamais été instruite par les tribunaux. Les tortionnaires de 1965 sont toujours là. Certains ont bénéficié de promotions.

 

C’est le même Belhamza dénoncé dans le récit de Hadj Ali qui a torturé en juillet-août 1968 Nacer Djelloul et Djamal Labidi, membres du comité exécutif de l’Union Nationale des Etudiants Algériens, ainsi que Mohamed Téguia, ancien député, ancien officier de l’ALN et invalide de guerre. Ce dernier, atteint de graves troubles nerveux à la suite des tortures, fait l’objet encore de soins à l’heure actuelle.

 

On ne torture pas seulement à la Sécurité Militaire, mais dans tous les services de police, à la PRG (police politique), à la gendarmerie et même dans les commissariats. Que ce soit à Alger, à Oran, à Rouiba (en décembre 1967), à Constantine, à Sétif ou ailleurs, la plupart de nos camarades ou des étudiants arrêtés ont subi de graves sévices que nous avons dénoncés en leur temps. Dans la » Voix du Peuple » n° 35 du 7 juillet 1970 nous signalions le cas d’un ouvrier de Ain Témouchent, père de 7 enfants, torturé à mort parce que soupçonné de vol, alors que l’enquête a établi par la suite qu’il était innocent.

 

Les épouses et les jeunes filles ne sont pas à l’abri de méthodes encore plus ignobles. En 1968, dans les locaux de la » Sécurité Militaire » à Alger, les femmes de Nacer Djelloul et Djamel Labidi ont été menacées devant leurs maris d’être violées et on a poussé l’ignominie jusqu’à commencer à les déshabiller. En janvier des étudiantes ont été menacées d’être violées » de toutes les façons possibles » si elles ne parlaient pas. Et effectivement, un policier entrait dans le local d’interrogatoire et commençait à se déshabiller !

 

La torture n’est pas seule en cause. En fait, et malgré les déclarations officielles sur la sécurité retrouvée et l’égalité des citoyens devant la justice, la violation des droits et libertés individuelles est constante. Les arrestations opérées sans mandat, de jour comme de nuit, sont de véritables enlèvements. Les gardes à vue durant des semaines sinon des mois durant lesquelles les familles demeurent sans aucune nouvelle. Ce sont des séquestrations pures et simples. Les personnes arrêtées sont emmenées avec un bandeau sur les yeux. On les menace des pires sévices si elles racontent ce qui s’est passé dans les locaux de police. On essaie par le chantage et les pressions de transformer les militants progressistes en indicateurs. Les juges signent les mandats de dépôt sur ordre : des progressistes ont fait des années de prison sans jugement parce qu’on a trouvé quelques tracts du PAGS à leur domicile. Au nom du FLN, Kaid Ahmed organise des groupes armés pour kidnapper et torturer les étudiants. Certains services de police vont jusqu’à interdire aux inculpés présentés au Parquet de choisir tel ou tel avocat. L’ordre des avocats se tait. La justice entérine les illégalités. La presse officielle parle tous les jours de la torture au Brésil, en Grèce, au Portugal, mais fait le silence sur la répression en Algérie. Aucune arrestation n’est jamais rendue publique.

 

(…) En tout état de cause l’attention du Président Boumediène a été à plusieurs reprises attirée sur le danger de cette situation., notamment dans la lettre que le PAGS lui a adressée en Septembre 1968. Nous écrivions dans cette lettre à propos de l’arrestation de dizaines de nos militants en juillet 1968 :
… « Un grand nombre de ces hommes et de ces femmes ont été malheureusement et une fois de plus, odieusement torturés. On a fait violence à leur dignité d’hommes et de citoyens algériens. On s’est efforcé de les humilier pour des opinions dont ils ne peuvent être que fiers. C’est là une constatation amère dans notre pays où la torture est maudite par la conscience populaire. Pourquoi ne pas appliquer en priorité aux citoyens de notre pays les règles élémentaires de respect de la personne humaine dont l’Algérie s’honore de faire bénéficier – à juste titre – des ressortissants étrangers comme les occupants du Boeing d’un pays avec qui l’Algérie est officiellement en guerre ?»

Plus récemment, notre camarade Boualem Khalfa a adressé une lettre au Président Boumediène à propos des menaces d’enlèvement de sa petite fille et des enfants de Sadek Hadjerès, en attirant son attention sur le fait que ces méthodes n’étaient que le fruit pourri d’un climat répressif où la police se permet toutes les illégalités même les plus graves. De même, en mars dernier Mme Benzine a adressé une lettre au Président Boumediène pour lui demander d’intervenir pour faire cesser les interrogatoires illégaux et le chantage dont elle était l’objet.

C’est dire que personne n’ignore, y compris la plus haute autorité de l’Etat, que la torture existe dans notre pays, que l’arbitraire est la loi commune. Le fait que cette campagne répressive se soit encore aggravée dans la dernière période montre à l’évidence que l’objectif visé est de démanteler le PAGS à tout prix et par n’importe quel moyen en arrêtant notamment ses principaux dirigeants connus pour leurs activités patriotiques pendant la guerre de libération et contraints depuis six ans, à mener clandestinement leur lutte anti-impérialiste et anti-réactionnaire. (…)

 

Cet extrait a été publié par Dz Activiste.info

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