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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

Quatorze mois après le lancement de l’insurrection contre le régime de Bachar al-Assad, trois scénarios d’évolution du conflit sont envisagés dans les chancelleries.


Le scénario yéménite.
Le raïs syrien quitte le pouvoir au terme d’une période de transition, comme a dû s’y résoudre en novembre l’ex président Saleh à Sanaa. C’est le scénario induit par le plan Annan. Il est à la fois le moins coûteux en vies humaines (après déjà plus de onze mille morts, civils et militaires), mais le plus difficile à mettre en place.


Les collaborateurs de l’ancien secrétaire-général de l’ONU y travaillent actuellement, au-delà de l’envoi des centaines d'observateurs, chargés de vérifier le respect du cessez-le-feu entre les forces de sécurité gouvernementales et leurs opposants. L’arrêt des hostilités doit être cautionné par des garanties internationales fournies d’une part par l’Arabie saoudite et le Qatar – qui soutiennent les groupes armés sur le terrain – et de l’autre, par les Russes – principaux appuis du régime syrien. Pari délicat compte tenu des positions des uns et des autres, jusqu’à présent.

Ce scénario implique en effet trois niveaux de compromis : international (avec Américains et Russes continuant de soutenir le plan Annan), régional (entre la Turquie, l’Iran et les pays du Golfe, Arabie saoudite et Qatar en tête), et enfin entre acteurs syriens de l’opposition et du régime lui-même, puisqu’il implique un minimum de consentement de la part du pouvoir à Damas. Ce qui est loin d’être acquis. Car son entrée en application entraîne, aux yeux de certains opposants, une mise à l’écart concomitante de plusieurs ténors du clan sécuritaire, membres de la famille Assad. « Bachar restera avec des pouvoirs limités pendant la transition, mais on doit d’ores et déjà le dépouiller d’une partie de ses prérogatives pour éviter qu’il nous mène en bateau au cours de cette période de passation des pouvoirs », soutient un opposant, en contact avec l’équipe de Kofi Annan, qui planche sur cette transition.

Consciente du danger, une partie de la direction syrienne est opposée au plan Annan, tandis que celle, qui a le moins à y perdre – les politiques qui n’ont pas de sang sur les mains – ne serait pas hostile à une telle sortie de crise. Le plan Annan est également regardé avec suspicion par les dirigeants saoudiens et qatariens, qui s’inquiètent du répit qu’un tel plan pourrait offrir à leurs ennemis au pouvoir à Damas : « A Riyad et à Doha, on redoute qu’un pouvoir syrien remis en selle se venge en faisant assassiner ensuite des responsables saoudiens ou qatariens à l’étranger », confesse un responsable de l’opposition syrienne.


Le scénario libyen. Finalement, la communauté internationale surmonte ses divergences et une coalition militaire évince Bachar al-Assad du pouvoir. Cette coalition serait orchestrée par l’Otan, après des attaques répétées de l’armée syrienne contre les rebelles syriens réfugiés en Turquie, celle-ci invoquant l’article 4 de la charte de l’organisation transatlantique pour se défendre. Pour la première fois, Ankara a publiquement évoqué cette hypothèse, après de récents tirs syriens contre des cibles en Turquie.

C’est la condition sine qua non – que l’Otan les soutienne - pour que les généraux turcs consentent à intervenir chez leur voisin syrien. Objectif : établir une zone tampon, qui permettrait aux rebelles d’avancer et aux déserteurs de l’armée syrienne encore réticents de franchir le pas.

Où créer cette zone sécurisée, réclamée depuis bientôt un an par les insurgés? Les Saoudiens souhaiteraient qu’elle soit établie autour de la ville de Jish al-Shoughour dans la province d’Idleb, afin de faire tomber à terme Alep, la deuxième ville du pays. Mais les Turcs la voient plutôt, plus loin, entre la ville de Raqqa et Alep, où peu de Kurdes sont installés. Ankara redoute en effet qu’en cas d’avancée en territoire syrien, les rebelles kurdes téléguidés par le régime syrien ripostent en s’infiltrant côté turc. Et ils ne seraient sans doute pas les seuls. C’est en effet l’avertissement très clair que le guide et numéro un du régime iranien, l’ayatollah Ali Khameneï, a lancé au Premier ministre turc Recep Erdogan qu’il a reçu le mois dernier à Mashad : « Vous avancez en Syrie, nous avançons. La Syrie et l’Iran sont liés par des accords de coopération militaire. La Syrie n’est pas Bahreïn, a poursuivi Khameneï. A Bahreïn, le monde entier a accepté le déploiement de troupes du Golfe pour aider la monarchie sunnite à réprimer des révolutionnaires chiites. Mais en Syrie, nos accords bilatéraux nous donnent la possibilité de venir en aide à Assad », a conclu Khameneï devant Erdogan, peu rassuré par ces propos, selon nos informations.


Dernier scénario. Celui de l’Irak de Saddam Hussein entre 1990 et 2003. Bachar al-Assad survit des années encore. Mais le régime devient paria. Le président et son clan ne peuvent plus sortir de Syrie, comme Saddam et la plupart de ses sbires, pendant les années d’embargo imposé par l’ONU à Bagdad.

Après « les rivières de sang qui ont coulé », le pouvoir cherche à recréer du lien avec la population, notamment les tribus sunnites de la partie occidentale du pays, restées relativement à l’écart de la révolte. Mais l’instabilité et les actes de violences continuent, même si le pouvoir embastille à tour de bras et fait fuir à l’étranger les opposants, qui échappent à sa traque. Le régime baasiste reste condamné à terme, mais comme en Irak, l’agonie peut durer de très longues années. Car contrairement à l’Irak de Saddam Hussein, reconnaissent des diplomates, il sera plus difficile d’établir un « cordon sanitaire » autour d’une Syrie, aujourd’hui soutenue par l’Iran, l’Irak de l’après Saddam Hussein, voire même par le Liban.

 

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