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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

L'engagement des recrues ne prendrait pas en compte le critère de l'âge.

BULENT KILIC/AFP

 

 

 

 

 

Le 26 janvier, la presse reprennait, sans trop chercher à comprendre, les informations de l’ONG basée à Londres sur la mort de 8 enfants tués dans un raïd, "victimes de l’armée de Bachar Al Assad".

 

 

Hier, une dépêche de l’AFP est titrée : « les rebelles forment des adolescents à devenir des machines à tuer »

 

 

L’AFP n’a rien « révélé ». Dès la fin novembre 2012, un rapport de Human Right watch mettaient en garde contre l’utilisation  des enfants dans l’Armée de libération syrienne. HRW notait : « Les jeunes combattants volontaires seraient souvent soumis à une pression tacite pour rejoindre l'opposition, notamment dès lors que des membres de leur famille ont été tués ou font eux-mêmes partie de l'ASL. HRW, rappelait que le statut de Rome de la Cour pénale internationale fixe l'âge minimum pour la participation à des "hostilités directes" à 18 ans. »

 

Cette confirmation de la profondeur du désatre humain, rend plus urgent que jamais un changement radical d’optique en Syrie, en vue d’engager une dynamique de sortie pacifique de cette violence qui détruit le peuple syrien. “Les haines sont allés trop loin” écrit M. Saadoune.

 

 

 

 

 

 

SORTIR DU CERCLE VICIEUX

 

 

Par M. Saadoune

 

En Syrie, les haines sont allées si loin qu'aucune initiative ne peut échapper à la règle de la suspicion et de la méfiance. Tel est le cas pour la disponibilité proclamée du chef de l'opposition syrienne, Ahmed Moaz Al-Khatib, à dialoguer avec Damas dans «l'intérêt du peuple syrien et pour aider le régime à partir en paix». Après l'aveuglement du régime qui a essayé d'apporter une réponse sécuritaire brutale à une demande de changement légitime, l'opposition syrienne s'est enfermée à son tour dans la recherche d'une «solution militaire».


Poser comme un préalable «non négociable» le départ de Bachar Al-Assad - qui dans le contexte de montée des peurs communautaires incarne beaucoup plus que sa petite personne -, c'est tout simplement faire le choix de «trancher la crise par les armes». L'offre d'Al-Khatib est une tentative, sans précédent, de sortir du cercle vicieux de la guerre en passant outre ce «préalable» du départ de Bachar. Et il n'est pas fortuit que les premières réactions hostiles à l'initiative d'Al-Khatib viennent des rangs de l'opposition. Ces gens-là ont pris le «pli» de faire dans un maximalisme de commande (entretenu par le Qatar, l'Arabie Saoudite et les Occidentaux) sans se soucier des réalités cruelles du terrain. La crise ne peut être tranchée par les armes ni par les uns, ni par les autres. Même au niveau international, la solitude de Damas n'a pas été aussi absolue pour justifier une intervention extérieure directe.


Cette voie entravée de la solution politique ne faisait que favoriser une guerre d'usure et de destruction systématique de la Syrie transformée en nouvel Afghanistan pour les djihadistes. Au bout, il n'y avait pas de victoire possible, il n'y a que la mort de la Syrie. Pourquoi Moaz Al-Khatib «ose» faire aujourd'hui ce que personne n'a fait depuis des mois alors qu'il est évident qu'il faut négocier le changement de régime, l'avènement de la nouvelle Syrie, au lieu de rechercher un «départ immédiat» de Bachar Al-Assad ? Est-ce la montée des djihadistes sur le terrain qui a poussé les Américains à avaliser un dialogue avec le régime qu'ils rejetaient jusqu'à présent ? Est-ce une soudaine compréhension chez une partie de l'opposition que la guerre était entretenue de manière à ce que rien de décisif n'arrive hormis une destruction de la Syrie pièce à pièce ?


Les responsables russes objet de critiques constantes de la part des Occidentaux ont fini par lâcher le secret de Polichinelle : les Occidentaux sont heureux que la Russie s'oppose à une intervention directe en Syrie. Mais en définitive, cette guerre qui se déroule depuis plus de deux ans entre Syriens, avec des victimes syriennes et l'afflux de djihadistes illuminés de toute part, sert toutes les parties sauf les Syriens. C'est pour cela qu'il importe peu de connaître les raisons cachées éventuelles qui ont poussé Al-Khatib à faire son offre. Il faut la prendre comme un des rares premiers gestes «syriens» de ce terrible conflit. Et il faut espérer que le régime ne va pas encore s'aveugler en refusant d'explorer cette proposition.

M. Saadoune, 6 février 2013. Le Quotidien d’Oran

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