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Publié par Saoudi Abdelaziz

Syrie: "Le régime ne contrôle plus ses supplétifs"

 

Propos recueillis par Catherine Gouëset

 

Plusieurs dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées mercredi dans un massacre à Al-Koubeir, dans la région de Hama, selon l'opposition syrienne. Un précédent massacre, à Houla, les 25 et 26 mai avait fait plus d'une centaine de victimes. L'opposition accuse les milices pro-régime, les chabiha, Damas un "groupe terroriste". Pour en savoir plus, L'Express a interrogé Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie.

 

 

Dans quel contexte se sont produits les massacres de Houla et Al-Koubeir?

Il s'agit d'une région où plusieurs groupes confessionnels sont en contact, principalement des sunnites (majoritaires dans le pays) et des alaouites (la minorité dont est issue le clan du président Bachar el-Assad). Il s'agit de la région comprise entre Lattaquié et Idleb au nord, Hama à l'est, Homs et Tartous au sud. Dans ce secteur, les différents groupes de populations sont imbriqués les uns aux autres. Avec l'accentuation de la violence, les tensions s'aggravent de jour en jour.

 

 

L'opposition accuse les chabihas. Que signifie ce terme?

Il est équivoque. Il signifie quelque chose comme "frimeurs", mais rappelle aussi le mot arabe chabh (fantôme), surnom donné par les Syriens aux grosses Mercedes aux vitres fumées que conduisent les hommes des renseignements et leurs proches. L'origine de ces miliciens pro-régime remonte à l'occupation du Liban par la Syrie, qui a donné lieu à de nombreux trafics. Des gangs pratiquant la contrebande se sont développés sur la côte, bénéficiant de la tolérance du régime. Parmi eux, certains étaient contrôlés par des membres du clan Al-Assad. Deux de ces chefs de gang les plus redoutables étaient les fils du propre frère d'Hafez el-Assad, Jamil Al-Assad. Dans les années 1990, le mécontentement des habitants de la région côtière face aux agissements de ces bandes à contraint le régime à sévir contre elles, sans pour autant les détruire.

Au début du soulèvement au printemps 2011, le régime a fait appel à certains de ces groupes, surtout à Lattaquié, mais aussi à Homs et Damas. Ils intervenaient en civil et s'attaquaient aux opposants dans les manifestations.

A mesure que les violences ont augmenté, le terme chabiha a pris un sens plus large. L'opposition qualifie désormais ainsi tous les civils pro-régime qui s'en prennent aux opposants. En dehors des régions à forte population alaouite, ces nervis ne sont pas toujours issus de ce groupe confessionnel. Ainsi, à Alep où les Alaouites sont très peu nombreux, ces groupes, recrutés dans des tribus bédouines sunnites, ont une relation vénale avec le régime et le lâcheront s'ils le sentent trop affaibli.

 

 

Dans le secteur où les massacres ont eu lieu, l'armée a-t-elle perdu la main sur les supplétifs qu'elle a recrutés?

Tout d'abord, il faut savoir que certaines unités de l'armée syrienne se comportent souvent comme des milices. On a vu des vidéos circulant sur internet montrant des convois de soldats qui sortaient de villages qu'ils avaient pillés.

D'autre part, l'armée ne peut pas compter sur la totalité de ses effectifs: la majorité du pays étant sunnite, la base de la troupe l'est aussi, même si l'essentiel de l'état-major est alaouite. Il est d'ailleurs fort probable que de nombreuses unités restent cantonnées dans leurs casernes.

Le régime de Bachar el-Assad a fait appel à des volontaires, pour aller combattre à Homs, par exemple. Après avoir autant soufflé sur les braises communautaires, le régime est incapable de contrôler ces hommes de main et tous les dérapages sont envisageables.

La version du régime, qui accuse des groupuscules terroristes (sunnites) d'être les auteurs des massacres, me paraît totalement invraisemblable. Le secteur de Houla où a eu lieu le précédent massacre est une zone sunnite, centre de nombreuses manifestations et foyer de l'ASL.

 

 

Peut-on craindre que la Syrie ne sombre dans la guerre civile?

Dans le secteur ou se sont produits les deux derniers massacres, une dynamique de divisions confessionnelle à la libanaise est à l'oeuvre. Les tensions sont de plus en plus vives entre les communautés et cela d'autant plus que les pertes importantes subies par l'armée ces dernières semaines induisent chez les alaouites un sentiment croissant de vulnérabilité. Une telle radicalisation est beaucoup moins probable dans les autres régions de la Syrie, soit parce qu'elles sont plus homogènes en termes confessionnels, soit parce que les minorités autres que les alaouites (chrétiens, druzes, ismaéliens) n'ont guère été mobilisées pour réprimer l'opposition.

 

Propos recueillis par Catherine Gouëset, 7 juin 2012. L’Express.fr

 

 

 

Moscou présente aux Américains son plan de conférence

 

 

Le projet russe d’une conférence internationale sur la Syrie a été au centre des entretiens qu’ont eus ce vendredi les vice-ministres des Affaires étrangères Guennadi Gatilov et Mikhaïl Bogdavov avec l’émissaire américain Fred Hof à Moscou.

 

« Nous allons lui présenter notre projet »,avait confié peu avant au Figaro M. Bogdanov, en marge d’une réunion d’experts sur le Moyen-Orient. « Nous voulons réunir cette conférence au cours des prochaines semaines à Moscou. Il faut aller le plus vite possible. Le facteur temps est très important », selon le vice-ministre Bogdanov, qui compte sur l’appui de Kofi Annan, le médiateur de l’ONU en Syrie.

 

A l’issue des entretiens avec ses interlocuteurs russes, l’émissaire Hof n’a fait aucun commentaire. Pour Washington, cette rencontre devait surtout permettre d’exercer une pression supplémentaire sur la Russie, l’allié de Damas, au moment où la communauté internationale redoute « une guerre civile totale », après le massacre d’Al Qoubeir, qui a fait plus de 70 morts jeudi près de Hama.

 

Moscou compte réunir tous les pays qui exercent une influence sur la situation en Syrie : les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’ONU, la Ligue arabe, mais aussi l’Arabie saoudite, le Qatar, ainsi que la Chine et l’Iran. La participation de l’Iran risque de poser problème pour les Etats-Unis et la France, notamment. « Mais, il n’y a pas d’autres moyens de résoudre la crise que de rassembler tout le monde autour d’une table de négociations », estime M. Bogdanov. « Sans un certain niveau d’arrangement avec l’Iran, il ne pourra pas y avoir de solution » à la crise syrienne, ajoute le responsable du dossier Syrie au ministère russe des Affaires étrangères.

 

Ce dernier juge par ailleurs « inutile » la prochaine conférence des « Amis de la Syrie », prévue pour début juillet à Paris. « Nous l’avons dit à nos amis français, ajoute-t-il. Ce forum n’est pas productif, car il réunit seulement une partie de l’opposition syrienne, et ce genre de conférence ne fait que durcir les positions de cette opposition contre le gouvernement de Damas ».

 

La Russie est-elle prête à discuter du sort de Bachar el-Assad dans le cadre de cette conférence internationale ? « Posez cette question aux Syriens eux-mêmes, c’est à eux d’en décider », répond M. Bogdanov. Peut-être dans le cadre d’une élection présidentielle anticipée, avant le terme prévu de 2014…

 

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