Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

À Istanbul, lors de la Conférence internationale des «Amis de la Syrie» du 1er avril 2012, les délégations de l'Arabie saoudite et du Qatar ont proposé que la «communauté internationale» (entendez les puissances occidentales) livre des armes à la rébellion syrienne. Deux journalistes, connus pour leur « professionnalisme» donnent leur éclairage dans le très libéral quotidien français Le Figaro sur « L'activisme pro-démocratie de l'Arabie saoudite et du Qatar ».

 

 

De l'argent à défaut d'armes pour les insurgés syriens

 

Par Georges Malbrunot

 

De l'argent à défaut d'armes. Frustrés de ne pas être armés par leurs alliés occidentaux, les opposants à Bachar el-Assad devraient, au moins, recevoir bientôt de l'argent. L'Arabie saoudite, le Qatar et d'autres monarchies du Golfe vont établir un fonds, destiné à payer les salaires des soldats qui, depuis un an, ont rejoint les rangs de l'Armée syrienne libre (ASL) dans l'espoir de renverser le régime el-Assad. L'annonce en a été faite, discrètement, ce week-end en marge de la conférence d'Istanbul, qui réunissait «Les Amis de la Syrie».

Ce fonds, doté de plusieurs millions de dollars, devrait encourager les défections, encore peu nombreuses, dans les rangs de l'armée régulière. Mais sa mise en place risque d'être ardue. Premier écueil: comment définir qui est membre de l'ASL? De l'avis général, l'Armée syrienne libre n'est qu'un label, regroupant une minorité seulement de militaires, le reste étant constitué de volontaires, qui ont pris les armes pour défendre leur quartier ou leur famille. «Ces volontaires vont-ils être exclus de la manne saoudo-qatarienne?», s'interroge un opposant, pour qui un tel afflux d'argent ne permettra pas d'unifier les rangs de l'insurrection, comme le souhaitent la France et les États-Unis.

 

Amertume

 

«Sur le terrain, ajoute cet opposant, il y a au moins une trentaine de factions qui se réclament de l'Armée libre, mais certaines sont déjà financées par les Frères musulmans, et d'autres par les salafistes», dont la part au sein de la révolte s'accroît au détriment des laïques. À moins que ce financement ne soit justement un moyen déguisé de procurer des armes à la composante non islamiste de la rébellion.

À travers la Syrie, cette initiative est plutôt bien accueillie, même si de nombreux rebelles estiment que seules des fournitures d'armes massives pourraient inverser le rapport de forces face à un régime qui ne recule devant rien pour écraser la révolution. Quoi qu'il en soit, cette annonce permet au Conseil national syrien (CNS), la vitrine de l'opposition en exil, d'avoir quelque chose de concret à offrir à des révolutionnaires, qui ne cessent de dénoncer son inefficacité. «Si vous n'avez pas les moyens d'arrêter le massacre, vous êtes priés d'envoyer l'équivalent des frais de voyage de votre conférence (d'Istanbul, NDLR) au camp de réfugiés le plus proche», suggérait dimanche avec amertume la Commission générale de la révolution. «Avec ce financement, souligne un observateur libanais, Burhan Ghalioun, le président du CNS, va attirer des gens, surtout dans le nord de la Syrie, où beaucoup ont besoin d'argent. Le CNS va chercher à établir un bureau d'aide aux martyrs, un autre aux blessés, un peu sur le modèle de ce que l'OLP a fait avec les Palestiniens de l'intérieur dans les années 1970». Une initiative d'autant plus urgente que la direction du CNS est toujours sévèrement critiquée par le chef de l'ASL, le colonel Riad el-Assad. «Nous n'avons encore rien reçu du CNS», regrettait la semaine dernière le colonel el-Assad depuis sa base turque. Les Occidentaux ne se sont pas encore prononcés sur un tel financement saoudo-qatarien de l'insurrection, mais l'utilisation de cet argent pour acheter des armes pourrait les conduire à exprimer de sérieuses réserves.

Georges Malbrunot, 2 avril 2012. Le Figaro

 

 

La dangereuse idée d'armer les rebelles syriens

 

Par Renaud Girard

 

DÉCRYPTAGE - L'histoire a montré, en Irak, en Afghanistan et plus récemment en Lybie, que le matériel livré aux combattants peut être détourné de son objectif premier.

À Istanbul, lors de la Conférence internationale des «Amis de la Syrie» du 1er avril 2012, les délégations de l'Arabie saoudite et du Qatar ont proposé que la «communauté internationale» (entendez les puissances occidentales) livre des armes à la rébellion syrienne. La France en avait donné l'exemple, lorsqu'elle parachuta du matériel militaire à la rébellion libyenne en juin 2011.

L'activisme pro-démocratie de l'Arabie saoudite et du Qatar a quelque chose de très touchant, si l'on se souvient que, le 14 mars 2011, ces deux pétromonarchies du Golfe décidèrent de l'envoi de troupes (principalement saoudiennes) sur l'île de Bahreïn, afin d'aider les forces locales à réprimer un grand mouvement non-violent de protestation populaire. Ces manifestants, appartenant pour la plupart à la majorité chiite, avaient eu l'audace de réclamer à leur monarque (un sunnite, proche de la famille régnante saoudienne) un système politique parlementaire à la britannique!

 

Sans la condamner ouvertement, l'Occident est mal à l'aise avec l'idée d'armer les rebelles anti-Bachar de l'ASL (Armée syrienne libre). De fait, l'histoire a montré que c'était une idée très dangereuse. S'agit-il d'aider la démocratie? Mais cette dernière n'est-elle pas toujours fille de la réforme, de l'évolution lente, jamais de la révolution violente?

 

Dans l'échelle de valeur des systèmes politiques, personne de sensé ne met bien haut la dictature syrienne actuelle. Mais avant de vouloir la faire sauter, encore faut-il avoir une idée claire de par quoi la remplacer et se souvenir qu'il y a pire que la dictature: l'anarchie. Et qu'il y a encore pire que l'anarchie: la guerre civile, et notamment sa forme religieuse, comme dans l'Irak de 2006.

 

Répandre des armes pose un problème que ne pose pas la propagation pacifique des saines idées démocratiques: personne ne peut empêcher que les armes distribuées soient, dans un deuxième temps, détournées de leur objectif premier. Depuis un mois, les affrontements entre tribus arabes et touboues ont fait plus d'une centaine de morts au sud de la Libye. Les Noirs toubous accusent le CNT libyen (gouvernement provisoire reconnu par la communauté internationale avant même la chute de Kadhafi) de pratiquer contre eux une stratégie de nettoyage ethnique, pour accaparer les réserves de gaz et de pétrole. Espérons que ces combats ne se font pas avec les armes françaises naguère parachutées. Et, surtout, prions pour qu'aucune d'entre elles ne se retrouve chez les rebelles touaregs anti-Bamako qui contrôlent la moitié du Mali ou, pire encore, dans les katibas d'Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique), dont le sport favori est de prendre des Français en otages.

 

Qui peut prétendre aujourd'hui que les États-Unis ont eu raison de financer et d'armer, dans les années 1980, les rebelles islamistes afghans les plus extrémistes, sous prétexte qu'ils étaient les plus efficaces contre l'Armée rouge? Trente ans plus tard, les Américains n'ont toujours pas réussi à faire revenir le démon dans sa boîte.

 

Qui peut garantir que les armes que nous livrerions aux rebelles syriens ne se retrouveraient pas un jour aux mains de djihadistes islamistes internationaux ; ou dans celles de tueurs sunnites de civils chrétiens, druzes et alaouites en Syrie ; ou dans celles du Hamas à Gaza?

 

Il est grand temps que les Occidentaux comprennent que pour favoriser les droits de l'homme et la démocratie en Islam, l'usage du soft power (le pouvoir d'influence par la culture et les médias) est de loin préférable à celui du hard power (le pouvoir des armes).

 

Renaud Girard, 1er  avril 2012. Le Figaro

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article