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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Syrie: les enfants au coeur du conflit

DR-"Une réaction d'effroi face à l'hécatombe en cours."

 

 

Moaz Al-Khatib, le chef de la principale coalition opposée au régime maintient ses offres de dialogue avec le régime. Sera t-il suivi par le Bureau politique de son organisation? Les rois et Emirs arabes réussiront-ils à saborder cette initiative de paix ? Benjamin Barthe avec Christophe Ayadexpliquent : « A l'origine de cette ouverture, avant même les considérations tactiques, il y a une réaction d'effroi face à l'hécatombe en cours. Selon un diplomate occidental, Moaz Al-Khatib est "authentiquement angoissé" à l'idée que le conflit finisse par ravager le pays tout entier, notamment la capitale, Damas. ».

 

 

 

 

Le chef de la Coalition nationale syrienne prêt à dialoguer avec le régime Assad

 

 

 

 

Par Benjamin Barthe avec Christophe Ayad, 14 février 2013

 

 

Son appel au dialogue avec le régime Assad a pris de court toute l'opposition syrienne. Deux semaines après le lancement de son initiative, le 30 janvier, en dépit des remous qu'elle provoque en interne et malgré le dédain affiché par les autorités de Damas, Moaz Al-Khatib, le chef de la Coalition nationale syrienne (CNS), campe sur ses positions.

 

Ce quinquagénaire à la barbe blanche et à l'allure élancée est prêt à rencontrerdes émissaires du président Bachar Al-Assad à deux conditions : que les quelques centaines de Syriennes actuellement derrière les barreaux soient libérées et que les discussions portent sur les seules modalités de départ du dictateur. M. Khatib ambitionne même de faireendosserson offre par le bureau politique de la CNS, fondé sur un refus de toute discussion avec le régime syrien. "Moaz Al-Khatib est en train d'affirmer son leadership", explique un diplomate occidental, qui le rencontre régulièrement.

 

C'est par un simple message Facebook, à la manière d'un révolutionnaire lambda, que ce religieux réformiste, ancien prêcheur de la mosquée des Omeyyades, à Damas, s'est lancé fin janvier dans cette manoeuvre risquée. Formulée de façon maladroite, sans concertation préalable, elle provoque des tiraillements, notamment au Conseil national syrien, la principale composante de la CNS, vexé d'avoirété tenu à l'écart.

 

 

AMATEURISME POLITIQUE

 

 

Certains observateurs y voient la marque de l'amateurisme politique du cheikh Khatib. Avant d'être propulsé à la tête de la coalition, en novembre 2012 à Doha, il œuvrait dans la société civile, à la tête d'une association islamiste modérée. D'autres, en revanche, se félicitent que sa spontanéité coupe court aux interminables débats dont l'opposition est coutumière. "S'il avait consulté ses collègues, sa proposition n'aurait jamais vu le jour, assure la chercheuse Bassma Kodmani. Il était temps que la CNS élabore un discours plus politique. On ne peut pas se contenter de répéter "Assad doit partir"."

 

Soutenu par plusieurs cadres de la CNS, comme l'influent Riad Seif, qui fut l'architecte de la réunion de Doha, et l'universitaire dissident Burhan Ghalioun, qui dirigea le Conseil national syrien, Moaz Al-Khatib séduit aussi parmi les militants de gauche qui sont restés en dehors de la Coalition. "Sa proposition permet d'isoler le régime, de le discréditer face aux Syriens qui seraient tentés de croire en ses promesses de réconciliation", explique Haytham Al-Manna, le responsable du Comité de coordination pour le changement démocratique, qui a lancé fin janvier un autre appel à la négociation - silencieux celui-là - sur le sort réservé au président syrien. "La solution politique fait peur à Bachar, car il n'a rien à lui opposer. Elle fissure le bloc politico-militaire sur lequel son système est fondé."

 

 

MAISON INCENDIÉE

 

 

A l'origine de cette ouverture, avant même les considérations tactiques, il y a une réaction d'effroi face à l'hécatombe en cours. Selon un diplomate occidental, Moaz Al-Khatib est "authentiquement angoissé" à l'idée que le conflit finisse par ravagerle pays tout entier, notamment la capitale, Damas.

 

Dans cette hésitation face à la guerre, le chercheur français Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie, qui connaît personnellement le patron de la CNS, voit aussi l'influence des idées de Jawdat Saïd, alias le Gandhi arabe, un penseur syrien, tenant d'un pacifisme radical. "Moaz Al-Khatib a attendu très tard avant de soutenir la lutte armée", rappelle M. Pierret. Jusqu'au printemps 2012, il a cherché à négocier avec le régime, de concert avec le laïc Louay Husseïn, une personnalité de l'opposition intérieure, tolérée par Damas.

 

A cette époque, ce descendant d'une illustre famille damascène sillonne les banlieues déshéritées de la capitale où bat le pouls de la révolution. Dans les oraisons funèbres qu'il offre aux victimes de la répression, il récuse tout sectarisme, à rebours de la propagande du régime. En 1995 déjà, les autorités l'avaient relevé de ses fonctions de prédicateur, parce que ses sermons sortaient du moule. Arrêté au printemps 2011, il est harcelé, surveillé puis incarcéré de nouveau en avril 2012, ce qui le persuade de la vanité de ses efforts de conciliation. Libéré en juin, il prend la fuite et s'installe au Caire.

 

Vis-à-vis de Moscou et de Téhéran, les deux protecteurs du régime Assad, qui ont applaudi son projet, M. Khatib a d'ores et déjà marqué des points. Il peut se targuerd'avoirété salué comme une voix "sage" et "raisonnable" par le chef de la diplomatie iranienne, Ali Akbar Salehi. Pour ne pas froisserses alliés, le maître de Damas s'est abstenu jusque-là de rejeterexplicitement l'offre du prêcheur-ingénieur. Ses hommes de main seraient-ils moins diplomates ? Dimanche 10 février, la maison familiale des Khatib, à Damas, a été réduite en cendres par un incendie.

 

 

 

Benjamin Barthe avec Christophe Ayad, 14 février 2013. Le Monde.fr

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