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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

David Gerbi, Juif libyen exilé en Italie depuis 1967, est revenu à Tripoli après la victoire de la rébellion contre Kadhafi. C'est ce qu'ont fait de tout temps les exilés de toutes confessions après la disparition des causes de leur exode, le despotisme de Kadhafi en l'occurrence. L'exilé n'avait pas oublié qu'après sa prise du pouvoir, au détriment de notre cousin Senoussi, le frère Maâmar(1) avait expulsé les derniers Juifs vivant dans le pays et il avait confisqué leurs biens. Le prétexte était alors imparable : il fallait venger les Palestiniens chassés de leur patrie occupée par des Juifs. Les Palestiniens, c'est connu, ont eu et ont toujours bon dos.

 

Après la chute du responsable de ses malheurs, David Gerbi s'est cru en droit de célébrer la victoire, en même temps que ses compatriotes libyens. Les nouveaux maîtres du pays n'ont-ils pas promis d'inaugurer une ère de libertés, au pluriel, et de démocratie, au singulier ? Notre homme a donc décidé de restaurer, sur ses propres deniers qui ne doivent rien à Juda, faut-il le rappeler, la synagogue de sa ville natale. Initiative tout à fait louable et susceptible de rétablir le dialogue des religions avec les dizaines de mosquées environnantes. Seulement, quelques minarets ne l'ont pas entendu de cette oreille. David Gerbi s'est d'abord plaint d'avoir reçu des menaces directes contre son intégrité physique. Jeudi dernier, des citoyens se disant révolutionnaires, comme ils ont dû se réclamer de Kadhafi il y a quelques mois, ont manifesté contre la synagogue. A peine ouverte, celle-ci a d'ailleurs refermé ses portes, sur injonction des autorités, ont indiqué des manifestants à la presse.

 

Selon le quotidien Al-Quds, qui a publié l'information en première page, le CNT libyen a démenti avoir donné son agrément à la réouverture du temple. Un porte-parole des manifestants a estimé que l'initiative d'une synagogue était «prématurée». Le maître mot pour différer ad vitam aeternam la réalisation d'un projet. Quant au nombre des manifestants, il varie selon le média qui rapporte, réécrit ou triture l'information originelle. Jugez-en : Al-Quds, qui cite l'agence France presse (AFP), reste imprécis sur les effectifs des protestataires. Il parle d'un «petit nombre» de partisans de la révolution du 17 février, alors que l'AFP avait annoncé une quinzaine de personnes.

Sans doute pour ne pas donner plus de sujets d'inquiétude à Bernard-Henri Lévy, proclamé nouveau «Che» arabe par nos médias. Al-Quds, qui est hostile à toute intervention étrangère(2) en Libye, a donc raison de se méfier des chiffres de l'AFP, agence d'un pays engagé résolument dans le conflit.

Et puis, un «petit nombre» passe mieux qu'une dérisoire «quinzaine ».

 

Le quotidien londonien est un journal pan-arabiste, qui annonce en passant l'assassinat du leader kurde Mechaal Tammou(3). Si ce dernier avait été membre du Hamas palestinien, et qu'il aurait été tué par les Israéliens, il aurait eu droit à sa photo en page une.

 

Mais revenons à nos manifestants anti-synagogue : de la «quinzaine » de l'AFP, et du «petit nombre» indéfini d'Al-Quds, on passe à la formule magique utilisée par Echourouk, le quotidien au tirage non moins magique. Ce mot passe-partout qui vous épargne l'effort de compter et de recompter, quand vous ambitionnez d'être objectif. Un seul mot «hachida», et les rues et les places sont noires de monde et les balcons croulent sous la poussée impétueuse des foules. «Moudhaharate hachida», manifestations imposantes ou massives, est destiné à remplir le vide et les tirets des articles pré-digérés. Pourquoi s'embarrasser à compter les poils de la barbe(4) de Belkhadem alors qu'il suffit d'un qualificatif pour vous dire ce que vous devez voir et croire ? Ceci est donc la version enflée façon Echourouk de la manifestation «révolutionnaire », jeudi dernier à Tripoli. Cependant, quels que soient le nombre et la qualité des participants, cette démonstration est le premier «couac» dans la partition démocratique que nous jouent les rebelles et les Occidentaux.

 

Comme en écho à cette manifestation, des inconnus, qualifiés d'extrémistes par les médias israéliens, ont profané le lendemain vendredi des tombes musulmanes et chrétiennes à Jaffa. Selon la méthode affectionnée de nos profanateurs de sépultures, ces individus ont brisé des stèles et peint en plus des inscriptions hostiles aux Arabes. Les autorités israéliennes ont beau jeu de clamer que ce sont des actes d'extrémistes minoritaires. Elles ont mieux à faire avec la poursuite de la colonisation, au profit de ces «minoritaires », et la perpétuation du fait accompli.

 

Qu'y a-t-il donc de commun entre les imbéciles israéliens qui ont profané des tombes musulmanes et chrétiennes et les tarés libyens qui ont manifesté contre la réouverture d'une synagogue à Tripoli ? Tout les unit, et d'abord la religion qu'ils pratiquent en commun, une religion qui prêche la haine du prochain, avec ses prophètes et ses apôtres : l'intolérance. C'est cette intolérance qui nous conduit à faire la chasse aux buveurs de bière, pendant que d'autres boivent le sang d'un peuple subjugué. Cette nouvelle religion, faite de rêves hallucinés et de croyances absurdes, comme celle qui circule actuellement à propos de Victor Hugo. Un lecteur tardif de la Légende des siècles fait circuler sur le Net un texte où il affirme que l'écrivain français s'est converti en secret à l'Islam(5). Cette conversion est attestée, selon ce monsieur, par le poème que Victor Hugo a consacré au Prophète de l'Islam. Absurde, quand on sait que le grand poète a aussi chanté Jésus, Booz et même Caïn dont il a décrit la pathétique fuite devant la culpabilité. Un sentiment quasiment inconnu de nos jours et sous les cieux marqués du croissant et de l'étoile.

 Par Ahmed Halli. 10 octobre 2011. Kiosque arabe, Le Soir d’Algérie

 

 (1) Le comble, c'est que Kadhafi lui-même a fait l'objet d'une opération de judaïsation, a posteriori, de la part d'une chaîne de télévision israélienne. Il y a quelques mois, une dame originaire de Libye avait affirmé que sa grand-mère et celle de Maâmar étaient sœurs. La mammy de Maâmar avait quitté son mari juif pour les beaux yeux d'un chef bédouin. Dur, dur d'être juif pour un Arabe !
(2) Il faut s'entendre sur cette formulation : quand l'Arabie saoudite intervient à Bahreïn, ce n'est pas une intervention étrangère, mais en exécution des statuts du Conseil de coopération du Golfe, que le Maroc devrait intégrer. Je suppose que si le Qatar nous attaque, caméras d'Al-Jazeera à l'appui, par Figuig à l'ouest, voire par Ghadamès à l'est, on criera à la libération.
(3) Mechaal Tammou, dirigeant du mouvement kurde «Courant du futur», a été tué par balle vendredi dernier par un commando de cagoulés. Son fils, qui avait été blessé lors de l'attaque, est également décédé le lendemain.
(4) La dernière trouvaille, ou resucée journalistique, consiste à demander à un barbu de carrière à quoi il pense en se rasant tous les matins.
(5) Pour connaître la véritable opinion de Victor Hugo sur la religion et surtout sur les religieux, il faut lire son discours à l'Assemblée, lors du débat sur le système éducatif.

 

 

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