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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

La question islamiste agite de nouveau les commentateurs et les éditorialistes, après le résultat des élections marocaines. Survenant après le score que l’on connaît en Tunisie. Ces résultat remettent au goût du jour le concept printanier de "contagion" du vote islamiste.

 

Chez les peuples, nous assistons à l'irruption de la conscience qu'il est possible d'utiliser le droit de vote pour faire avancer leurs intérêts, dans nos pays où il n'y jamais eu d'application démocratique du principe du suffrage universel. 

 

C'est sans doute  cette prise de conscience qui conduit aujourd'hui les Egyptiens à refuser de voter sous contrainte militaire. Chez les Marocains, dans leur abstention massive, c'est un reflexe similaire qui semble à l'oeuvre à l'égard du makhzen et de l'establishment politique suiviste, laïc ou islamiste.

 

 La nouveauté dans la presse algéroise, c'est aussi l'analyse de l'attitude américaine et celle du pouvoir en Algérie à l'égard de l'islamisme. Dans les milieux "démocrates", on semble penser que les résultats de ces partis en Tunisie et au Maroc vont inspirer au pouvoir algérien une politique de survie par islamiste interposés, notre peuple devenant ainsi l'artisan principal de la perpétuation d'un système historiquement dépassé.

 

 Pour d'autres, les résultats électoraux dans les pays arabes sont encouragés, voire provoqués, par les stratèges américains. C'est vrai que les Américains veulent qu'on bâcle en vitesse les élections en Egypte, quitte à donner un nombre important de sièges aux frères musulmans -qu'ils connaissent bien-, mais sans majorité décisive.

 

 Il ne faut cependant pas prêter trop de capacités d'anticipation aux Américains, en ces temps d'incertitudes qui désarçonnent souvent leurs stratèges.

  

Quels sont les motivations qui ont marqué les préférences électorales en Tunisie?

 

Il y a d’abord eu la crédibilité de la volonté de rupture des uns et des autres.

En Tunisie, les démocrates avaient plusieurs handicaps, le jour du vote. Ils apparaissaient, en dépit de leur engagement dans la destitution de Ben Ali, trop marqués par leur participation aux luttes d’appareil de la période de transition qui a suivi (conduite par des figures de l’ancien régime), contrairement aux vieux résistants Ghanouchi, Marzouki et Ben Jaafar qui ont évité les marchandages polico-médiatiques et ont symbolisé la rupture « franche ».

 

En second lieu vient la question sociale, celle des inégalités, celle de l’emploi.

Sur la question sociale, le mouvement « démocratique » a montré beaucoup d’incohérence, incapable de capitaliser le grand succès de ses trois mots d’ordre  « khobz, horria, karama, watania » de la première période révolutionnaire. Leur campagne électorale  s’est polarisée soit sur les revendications démocratique "générales", perçues comme conditions pour  « lever les obstacles à l’épanouissement social » de la jeunesse, soit dans la défense atomisée des intérêts des régions à forte exclusion sociale.

 

Les questions sociétales, liées  au statut personnel,  ne viennent qu’en troisième position dans l'esprit des électeurs, en dépit de l'agitation spectaculaire.

 

L’électorat a donc donné la primauté à la rupture étatique et à la question sociale, même si des orientations fondamentales ne sont pas encore définitivement tranchées : Quelle place pour le secteur public et quel rôle pour l’état dans la conduite de l’économie ? Quelle place pour la Tunisie dans l’économie régionale et mondiale ? Quelle politique étrangère ?  Sur ce dernier point, on notera qu’Annahda a reçu récemment une délégation du lobby sioniste américain contrairement à ses partenaires. De même,  Annahda semble s’inscrire dans une optique plus « libérale » que ses alliés.

 

Quelle chance pour le peuple tunisien de débattre et de trancher ces questions fondamentales dans un climat démocratique apaisé!

 Saoudi Abdelaziz, 26 novembre 2011

 

 

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