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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ahmed Selmane

Mardi 6 Septembre 2011

De la lune invisible qui a été vue par des religieux officiels à une Otan désormais très visible dans le ciel du Maghreb, des algériens résistent. Ils ne laissent pas leur raison abdiquer. Ils ne laissent pas les amnésiques leur faire oublier la trame profonde de leur histoire : résister et construire.


(…)  Les algériens résistent. Ils n’aiment pas Kadhafi et toutes les dictatures d’ailleurs ou d’ici. Mais ils ne sont pas « vieux jeu » quand ils refusent que les avions « libérateurs » de l’Otan viennent évoluer dans le ciel du Maghreb.

Que le pouvoir algérien puisse jouer sur ce sentiment de rejet, c’est plus qu’une possibilité : c’est une évidence. La mise en scène du nationalisme est un vieil artifice des hommes du régime et les algériens le connaissent depuis des décennies. Les personnels de pouvoir ont usé, jusqu’à la corde, des thématiques patriotardes pour tenter de se redonner une assise populaire.

Personne n’ignore que l’Etat algérien collabore avec l’Otan et participe régulièrement à des manœuvres avec cette organisation. Personne n’ignore que la coopération sécuritaire est intense. Personne n’ignore que les gens du pouvoir peuvent aisément verser dans l’incantation anti-française et se situer, dans les faits, aux antipodes de ce qu’ils proclament.

De cette situation libyenne, certains en Algérie tirent argument pour estimer que l’Otan, n’est ce pas, ce ne serait pas si mal que ça. D’autres, au fond d’eux-mêmes, se verraient bien dans un CNT algérien que les humanistes de l’Otan viendraient installer au pouvoir à Alger. Ils oublient d’ailleurs qu’un tel CNT Algérien a existé et a été mis en place par désignation après la « mal-votation » des algériens en décembre 91.

Ce courant a naturellement ses journalistes et ses éditorialistes qui passent le plus clair de leur temps à critiquer, non le pouvoir, mais les algériens qui ne se sentent aucune inclination pour l’Otan. C’est qu’une fois sorti du microcosme présumé élitaire, ils découvrent, avec dépit qu’ils sont très nombreux ces algériens qui n’aiment pas la dictature ; qui luttent contre la dictature mais ne veulent en aucun cas d’une aide de l’Otan ou de Washington dans leur combat.

Pour ces élites auto désignées, les algériens feraient preuve d’arriération ou de xénophobie et ces mots sont polis car les termes couramment utilisés sont autrement plus grossiers. Selon ces élites éclairées à la haine de soi, ces algériens, très nombreux à ne voir aucun soupçon d’humanité dans l’Otan succomberaient comme des moutons à la propagande du régime et du DRS qui mettraient en avant une menace extérieure pour bloquer le changement.
 
Une trame profonde
 
Ceux qui se moquent des algériens rétifs à l’Otan pensent avoir tout compris. Ils forment un courant bien réel et qui est particulièrement bruyant. C’est ce courant qui, après les élections de décembre 91 avait estimé que les algériens, avec leur 7 millions d’analphabètes ne devraient pas être éligibles au droit de vote. Et on peut penser qu’ils continuent à croire qu’il faut toujours leur interdire de voter. Et pas seulement aux analphabètes. Aujourd’hui, ce courant considère, par le même « miracle » sans doute qui a fait voir le croissant lunaire à des lunatiques officiels, qu’il est l’unique expression de ce que l’Algérie devrait être. Et qu’en conséquence, les autres doivent se taire. Le problème est que, même s’ils sont privés de télévisions et de vie politique digne de ce nom, les algériens ne sont pas muets et ne se taisent pas. Ils parlent partout. Chez eux, dans les rues, dans les cafés, dans les trains et les bus et sur Internet qui n’est pas le monopole des présumés « modernes ». Et ce qu’ils disent déplait souverainement à ceux qui n’aiment pas que les algériens n’aiment pas l’Otan. Ils sont parfois franchement surpris. Ces algériens seraient-ils frappés d’idiotie généralisée pour ne pas comprendre que leur « patriotisme » est le carburant qui permet au régime de durer ? Ils ne sont pas idiots, bien évidemment. Ce sont des résistants. Comme ces scientifiques qui hurlent à la honte d’Etat quand la science est bafouée. Les algériens, en dépit de manipulations du régime, ont une histoire faite de combats et de projets. Cette histoire, ils en connaissent intimement la trame profonde en dépit des vicissitudes des années d’indépendance. Et cette trame historique leur enseigne que l’Otan n’est pas leur ami même quand l’Etat participe à ses manœuvres et même quand des algériens amnésiques y voient des libérateurs.  
 
Post Scriptum
 
M.Mourad Medelci, ministre des affaires étrangères, de l’Etat qui a vu un croissant lunaire invisible, a fini par trouver que les positions de l’Algérie officielle et celle de la France se rapprochaient.  Cela ne mérite pas une analyse. Le régime algérien n’a pas condamné les éructations criminelles de Kadhafi appelant à liquider des libyens « zengua zengua, dar b’dar etc…», il s’est condamné à rester dans la posture du spectateur stupéfait d’un spectacle qui le dépasse. Comment pouvait-il critiquer le détournement de la résolution de 1973 de l’Onu par les occidentaux quand il n’a pas fait le geste élémentaire de condamner un dirigeant qui menace publiquement de liquider ses citoyens ? Le pouvoir algérien n’a pas fait un choix de neutralité, il a choisi de neutraliser l’Algérie et de la laisser sans voix. Et c’est ce qui explique que l’on reste « sans voix » de voir Medelci découvrir - pensée magique ou tectonique des plaques ? - que les positions d’Alger et de Paris se « rapprochent ».

 

Texte Intégral : http://www.lanation.info/

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