Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

En septembre 1963, en quelques jours, j’ai arrêté mes études, trouvé un emploi (c’était à l’époque un jeu d’enfant, quand on avait le bac), « cassé » un logement vacant à El Biar, ramené ma nombreuse famille du bled. Une question essentielle me tracassait malgré tout. Comment poursuivre l’activité politique ? J’avais 19 ans, cette préoccupation pourrait paraître un peu exagérée  aujourd’hui, mais à l’époque, c’était fréquent : les gens de ma génération étaient précoces. 

 

 

Auparavant, j’avais habité, pendant un an, à la cité universitaire de Benaknoun. Etudiant en SPCN (Physique, chimie, sciences de la nature) j’avais participé aux activités du mouvement étudiant. Adhérent communiste au lendemain de l’indépendance, je militais à l’Ugema et au CAREC, le « Comité d’action révolutionnaire des étudiants à la campagne » (dont la dénomination avait été trouvé au terme d’une soirée très animée au K25, ma chambre à la cité universitaire de Ben-Aknoun). C’est au sein du Carec que le processus de rénovation de l’Ugema avait mûri.

 

 

Au 7ème congrès de l’été 1963, où j’étais un des nombreux délégués d’Alger, le nouveau signe UNEA a été choisi, ainsi que les statuts édictant l’autonomie de l’organisation syndicale des étudiants à l’égard du FLN. De fortes pressions ont été exercées sur le congrès pour qu’il abandonne l’idée de changer de sigle. La commission des statuts, dont j’étais le rapporteur-adjoint, était l’objet de toutes les attentions. Mes amis Madjid Benacer et Omar Chaou dirigeants de la JFLN, que j’avais connus les semaines précédentes au camp de volontariat du barrage d’Oued Fodda, nous ont informés que le président Benbella ne voulait absolument pas du changement de sigle. Même notre parti, le PCA n’était pas chaud, si l’on en croit les « directives » communiquées par Omar…, le responsable du secteur étudiant, qui nous avait même menacés d’exclusion. Nous avons tenu bon, en dépit des pressions multiples. J’ai eu le privilège de rapporter, en assemblée générale, sur le projet de statuts qui sera adopté à une large majorité. Il y aura ensuite, après le congrès, une réunion de clarification des étudiants communistes, en présence de Sadek Hadjerès. J’en garde un bon souvenir, un peu vague.

 

 

Concernant Benbella, je me rappelle une rencontre en 1964, à l’occasion de la commémoration du 11 décembre. Mohamed Merzouki, coordinateur de la fédération d’Alger du FLN, avait invité les organisations de jeunesse à une rencontre avec le raïs. Je représentais le comité JFLN d’Alger et Djelloul Nacer, la section UNEA d’Alger. Pauvre Djelloul ! La rencontre a été marquée par un radotage en boucle de Benbella contre l’abandon du sigle UGEMA. Il n’avait pas avalé la chose !

 

 

A l’automne de 1963, après avoir installé ma famille, j’ai demandé au parti ma mutation du secteur étudiant vers l’organisation de quartier. Cela tombait bien : le parti avait besoin de quelqu’un à la section d’El Biar. C’est ainsi que j’ai été bombardé à la tête de la section du PCA d’El Biar. Je prends les choses comme elles viennent, c’est mon tempérament. De plus, j’avais un adjoint de taille : Mahmoud Latrèche était chargé de la trésorerie, mais en réalité c’était le tuteur du petit nouveau. Tuteur accepté avec plaisir, car Ammi Mahmoud était un blagueur invétéré.

 

 

Sa première anecdote : comment il avait adhéré au parti communiste, quand il était jeune maçon à Jérusalem. Jeune croyant il travaillait dans une mosquée de la ville sainte quand il a surpris l’imam, dévorant un casse-croûte, pendant le ramadhan !

 

 

Il poursuivait avec une deuxième anecdote. Quelques années plus tard, lorsque le Komintern accepta de l’affecter à Alger pour renforcer le processus d’algérianisation du Pca, il tenait la permanence dans un cercle de la basse Casbah, où les dockers venaient converser avec lui. Ses invités venus à l’improviste, un jour de ramadhan, l’ont surpris en train de savourer un pain large et plat. Pris de panique, Latrèche perd la tête, prend le pain et s’en évente en murmurant : « il fait chaud, hein ». Je ne me rappelle pas la suite du récit, mais j’imagine que les dockers n’ont pas été vraiment surpris de la chose. Je n’ai pas revu Ammi Mahmoud depuis son départ en brancard de  la salle 7bis de la prison d’El Harrach. C’était au énième jour de notre grève de la faim. Je garde le souvenir du clin d’œil qu’il m’a lancé et de ses pétillants yeux clairs.

 

 

Au bilan positif de notre travail avec Ammi Mahmoud,  il faut surtout mentionner le développement de d’implantation de cellules clandestines (le Pca était dissous depuis novembre 1962) dans les établissements  d’enseignement secondaire, très nombreux dans le périmètre de la section : lycées de filles et de garçons à Benaknoun, écoles normales de garçons à Bouzaréa et de filles à Chateauneuf.

 

 

(A suivre)

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article