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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

« Le gouvernement algérien est en train de découvrir l’économie, écrit Mustapha Hammouche le chroniqueur du quotidien  Liberté. “Le moment est arrivé pour se dire la vérité et affronter la réalité économique du pays qui doit avoir comme ambition de sortir de la dépendance envers les hydrocarbures et améliorer la croissance hors ce secteur”, a proclamé le Premier ministre, devant les responsables de SGP (…) Mais ce qui explique l’infécondité économique de la gestion de la rente, ce n’est pas les déficits de gestion d’entreprise, mais l’absence de politique d’investissement, de développement ».

La veille, M. Saadoune, l’éditorialiste du Quotidien d’Oran semblait sur la même longueur d’onde : « Faire entrer le pays dans l'après-pétrole, c'est le mettre au travail, c'est faire l'Etat de droit et mettre en place des institutions qui contrôlent l'affectation et l'usage de ressources par définition rares. L'après-pétrole pour des gens qui ont une vision c'est changer de régime pendant qu'il en reste ».

 

 

 

TOUT NE VA PAS BIEN !

 

Par M. Saadoune

 

L'onde de choc annoncée par l'Agence internationale de l'énergie sur le marché pétrolier au cours des prochaines années en raison du développement accéléré de l'exploitation du pétrole de schiste a suscité des frémissements d'inquiétudes dans les milieux spécialisés. La presse s'est chargée de les relayer. Il ne s'agit plus de faire dans l'alarmisme mais de sortir du ronron des fausses assurances du discours officiel.


La conclusion d'un «accord de partenariat stratégique» avec l'Union européenne ne sera pas nécessairement d'un grand secours pour un marché gazier où l'offre est excédentaire. Les parts de marché ne sont pas garanties, des nouveaux producteurs se profilent, le gaz indexé sur le prix du pétrole risque de devenir de l'histoire ancienne et il est probable que les contrats à long terme vont devenir de plus en plus rares. L'accroissement de la production pétrolière américaine qui va accompagner le rush sur le pétrole de schiste aura un impact sur les prix du pétrole. L'Opep résistera-t-elle à la tentation de chacun pour soi… Rien de réjouissant pour une Algérie immobile et immobilisée ! Des compagnies pétrolières auraient déclaré, selon Reuters, que l'Algérie devait «changer de mentalité». Il est clair qu'elles avaient en vue ces données du marché pour envoyer un message qui n'a rien de codé.


Il ne faut pas être un grand économiste pour comprendre que les recettes pétro-gazières de l'Algérie vont connaître un repli sensible. Karim Djoudi, le ministre des Finances, l'a évoqué, trop vaguement, comme s'il n'osait pas évoquer une réalité qui sera dure. Il y a dans cette attitude un air de déjà-vu. Dans le milieu des années 80 alors qu'un effondrement des recettes pétrolières se profilait dans un contexte d'accroissement de la dette extérieure à court terme, le discours officiel était que l'Algérie a «pris les devants» avant l'arrivée de la crise. Des paroles aussi vaines que le discours sur «l'après-pétrole» qui remonte à des décennies et qu'on déclame toujours pour la forme. Comme le «flambeau» qu'on ne cède jamais tout en disant le contraire.


Faire entrer le pays dans l'après-pétrole, c'est le mettre au travail, c'est faire l'Etat de droit et mettre en place des institutions qui contrôlent l'affectation et l'usage de ressources par définition rares. L'après-pétrole pour des gens qui ont une vision c'est changer de régime pendant qu'il en reste. La chute drastique des recettes de la fin des années 80 à défaut d'entraîner un changement de régime a fait basculer le pays dans une décennie de violence et de destruction. Oublier l'existence de cette corrélation n'est pas sage. Se laisser obnubiler par l'accroissement des recettes pétrolières pour estimer que tout compte fait le changement de régime n'est pas nécessaire est affolant pour ceux qui ne sont pas amnésiques.


L'alerte ne date pas du rapport de l'AIE, elle était à la base des réformes de la fin des années 80 qui ont été avortées avec la remise en cause du processus démocratique. Ces alertes sont répétées de manière régulière par des experts algériens dont certains ont fini par renoncer face au trou noir du système. D'autres persévèrent, des experts plus jeunes, plus frais, comme Nabni, ont repris cette fonction d'alerte. Mais eux aussi, même s'ils ont semblé avoir de la répugnance à l'idée de faire de la «politique», ont fini par en parler. Oui, a dit l'un des initiateurs de Nabni, la «gouvernance est la clé», «la mère de toutes les réformes».

 

 

16 mai 2013, Le Quotidien d’Oran

 

 

 

 

 

 

L’ENTREPRISE PUBLIQUE ET LA CRISE ANNONCEE

 

 

 

Par Mustapha Hammouche

 

 

Le gouvernement algérien est en train de découvrir l’économie. “Le moment est arrivé pour se dire la vérité et affronter la réalité économique du pays qui doit avoir comme ambition de sortir de la dépendance envers les hydrocarbures et améliorer la croissance hors ce secteur”, a proclamé le Premier ministre, devant les responsables de SGP.

Il fallait, donc, un moment pour se libérer de la dépendance envers les hydrocarbures et s’investir dans l’économie productive ! Et ce moment, il arrive quand précisément l’on n’a plus les moyens de sa politique… rentière !

L’actualité, qui fait état de signes annonciateurs de récession financière, a alarmé notre pouvoir sur le danger de poursuivre sa politique qui consistait justement à utiliser la rente pour empêcher le développement d’une économie de production pour conserver le monopole de la décision d’allocation de ressources. Parce que la tendance se précise (baisse du prix du baril et des réserves), le gouvernement doit s’inquiéter de ne plus s’assurer le contrôle de la société par son seul pouvoir de dépense. Devant le spectre de cet échec annoncé, il semble tenté de s’en laver les mains en désignant les responsables des sociétés de gestion des participations de l’État et des entreprises publiques.

N’étant pas été les concepteurs des différentes réformes et de leur mise en œuvre saccadées, abrégées, relancées, les gestionnaires des participations sont réduits, depuis une décennie et demie, à courir derrière les improvisations stratégiques, doctrinales et organisationnelles du pouvoir politique. Un jour, l’on sonne la campagne de privatisation, un autre, l’on ressort “la stratégie de développement industriel” du Boston Consulting Group ; un jour, l’on mise sur les IDE, un autre, l’on ressort l’arme dissuasive du 51/49…

En temps d’embellie financière, les dogmes s’imposent, se succèdent, arrogants dans la bouche de leurs autoritaires apôtres. L’on sous-traitait alors les préoccupations politiques, sociales, voire diplomatiques, à l’entreprise ; et l’on fait du cadre, non plus un gestionnaire de facteurs de production, mais un équilibriste dans ce faisceau de contraintes politiques, sociales, bureaucratiques… Puis en temps de crise, l’on se rappelle qu’il existe une orthodoxie de gestion. C’est déjà arrivé au début des années 1990 : on avait alors accablé les cadres de toutes les… mauvaises gestions.

L’attitude alarmiste du pouvoir peut aussi se lire dans les propos du ministre des Finances. Djoudi, qui ne nous avait pas habitués à discourir, intervient de plus en plus fréquemment. D’abord, pour dire aux employés qu’il ne peut plus y avoir d’augmentations de salaires et, ensuite, pour dire aux gestionnaires que l’entreprise ne doit plus compter sur l’État. C’était peut-être avant qu’il fallait être regardant sur l’usage politique des fonds publics, au temps des largesses envers les zaouïas et les clubs de football et des effacements de dettes d’agriculteurs.

Certes, la rentabilité de l’entreprise publique est en cause. Mais ce qui explique l’infécondité économique de la gestion de la rente, ce n’est pas les déficits de gestion d’entreprise, mais l’absence de politique d’investissement, de développement. Le pouvoir a géré l’argent du pétrole avec la prodigalité insouciante de celui qui croyait que la rente était éternelle.

 

Liberté, 19 mai 2013

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