Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

A Niamey comme à Linselles, petite commune du nord de la France dont sont originaires les deux jeunes tués, amis d'enfance, la consternation le disputait au chagrin et à la colère.

"Un schéma de provocation pure qui n'a d'autres objectifs que de pousser Alger à envoyer ses troupes au Mali".

 

 

 

L'Etat a ses raisons

 

Par Moncef Wafi

 

Chassée par la grande porte à coups de fusil dans les fesses, la France revient dans son territoire de chasse par la fenêtre. Défaite diplomatiquement par des révolutions armées, dépouillée de ses greniers à pétrole et d'uranium, Paris a juré de revenir, quelques années plus tard, le temps de laisser à sa cinquième colonne et ses agents dormants de prendre la tête de ses anciennes colonies.

 

Et c'est fait. Revoilà la France qui s'installe dans la région du Sahel, non pas en colonisateur, mais en sauveteur. Un tour de force rendu possible par le travail de ses barbouzes et la complicité de gouvernants locaux grassement payés et promis à de hauts postes de responsabilité. L'activisme français, notamment dans le nord de l'Afrique et dans la sous-région du Sahel lui a permis de reprendre pied dans une zone à forte concentration en matières premières stratégiques.

 

En multipliant les opérations de déstabilisation, en encourageant une opposition fabriquée et en intervenant militairement sous le couvert de l'humanitaire, l'Elysée cherche à reconquérir un territoire, dont il a toujours fait une priorité et une propriété privée. Sa volonté de construire une base militaire en Libye, sous prétexte de sécuriser les champs pétroliers de Syrte en allant vers Ras Lanouf, renseigne sur les intentions expansionnistes de la France qui veut s'installer durablement dans la région. La déstabilisation socioéconomique et politico-sécuritaire des pays du Sahel convergerait, selon les scenarii concoctés, vers le déclenchement d'une guerre contre des groupes terroristes armés et encouragés par les puissances occidentales.

 

Et dans cet agenda militaire, l'implication de l'Algérie est souhaitée. Exigée. Tout a été mis en place pour entraîner l'armée algérienne sur les pistes sablonneuses et cahoteuses des grands espaces désertiques du Mali. La présence du Mujao et de l'Aqmi à ses frontières, les attentats à l'intérieur de ses murs, la prise d'otages et la probable exécution de son vice-consul rentrent dans un schéma de provocation pure qui n'a d'autres objectifs que de pousser Alger à envoyer ses troupes au Mali. Le « wait and see », position officielle de l'Algérie, peut lui être reproché lorsque la vie de ses otages est en jeu mais cette prudence est de mise dans un jeu où ceux qui tiennent les cartes ne sont pas forcément ceux qui payent.

 

L'entrée en guerre de l'Algérie dévoilera, à coup sûr, ses capacités militaires et son aptitude au combat. Une façon comme une autre de dévoiler ses atouts alors que l'autre option serait de faire comme les States qui n'hésitent pas à parachuter leurs cow-boys les navy seals et d'assassiner froidement ceux qu'ils estiment être une menace pour leur sécurité. Et pour les sceptiques qui croient que la France à gauche n'a pas les mêmes visées que celle à droite, il y a lieu de rappeler la sacro-sainte règle de gouvernance occidentale : La Raison d'Etat.

 

Le Quotidien d’Oran, 4 août 2012

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article