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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Depuis quelques jours ils ont envahi la gare routière, celle des bus et des «taxi-places». Celle des trains et de la débrouille. Ils font ça à l'approche de chaque fête. Ils partent «chez eux», ils rentrent «au bled» ou alors ils vont passer l'Aïd «en famille». Pour les nommer, on a détourné, ou plutôt perverti un terme qui ne manque pas de noblesse dans son sens originel. On les appelle «ezzouafra ». (Les « ouvriers » Ndlr)

 

 

Par affectueuse moquerie, par abus de langage, ou pire, par mépris. Ils viennent à Alger gagner leur vie parce que la vie n'est pas si simple dans leur localité d'origine. Ils sont garçons de café ou de gargote, pétrisseurs de nos baguettes matinales, bâtisseurs de demeures cossues mais sans goût, coupeurs de tifs  les matins de mariages ennuyeux à mourir.

 

 

Ils travaillent, ils triment avant que le soir venu, ils rejoignent, la mort dans l'âme et le casse-croûte sous le bras, des lits ferreux d'hôtels miteux, de dortoirs innommables ou de cabines sahariennes rongées par la rouille. Ezzouafra. Ils  bossent pour des salaires de survie, sont contraints à des conditions infrahumaines et attendent sans grande illusion que ça «change» un jour.

 

 

Ils dorment aussi sous les fours, sur des matelas rachitiques étalés sur les tables ou dans d'invisibles soupentes. Mal payés, jamais déclarés à la sécu. Ils attendent l'enveloppe du mois souvent amputée pour la faire parvenir à la «maison». Une maison souvent très lointaine. Sur les hauteurs d'Echekfa, d'El Flay ou des Aurès.  Dans une mechta des plaines de l'ouest ou  un lieu-dit des portes du désert. Ezzouafra vient d'«ouvrier. Une fière contraction d'inspiration syndicale devenu un boulet honteux. Un «zoufri» est quelqu'un qui trime sans perspective de chaleur du foyer, le soir venu.

 

 

Ce sont ces hommes aussi malheureux d'aller au boulot que d'en sortir. Le banc, public ou luxe pas toujours évident d'un café qui offre la télé sans le son. Depuis quelques jours, ils ont envahi la gare routière, celle des taxis collectifs, des trains ou de la chance inouïe d'attendre un parent voituré. Ultime et piètre consolation, beaucoup de monde regrettera leur absence. Face aux boulangeries désespérément fermées, au sandwich introuvable… Aïdkoum Moubarek, Ezzouafra !  

 

laouarisliman@gmail.com. Point Net. 5 novembre 2011. Le Temps d’Algérie

 

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