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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

« Qui se souvient de la fusillade de la rue de Paris ? » titre El Watan dans un article sur le 20 août 2012 à SKIKDA. L‘auteur de l’article, Khider Ouahab, invite à donner la parole « à ceux qui ont «fait» et à ceux qui «y étaient» pour faire barrage aux récupérateurs des gloires d’autrui ». Cet appel vaut pour toutes les levées et actions de masse des Algériens- relégués à l’arrière plan de l’histoire officielle et universitaire-qui ont imprimé des tournants décisifs à notre lutte de libération. El Watan a interrogé Saci Belgat, le fils d'un des quinze martyrs de la rue de Paris.

 

 

Saci Belgat, chercheur universitaire et fils d’un des martyrs

 

 

 

 

 

« C’est honteux qu’aucune plaque commémorative ne singularise cette résistance »

 

 

 

 

 

Par Khider Ouahab

 

 

 

 

 

Dans vos écrits relatifs à la fusillade de la rue de Paris, on ressent, en plus d’une grande fierté, un sentiment de rancœur. Pourquoi ?

 

 

 

 

 

De la fierté certainement, non seulement parce que mon père était parmi les quinze martyrs résistants de la rue de Paris, mais aussi pour le fait que cette bataille fut éclatante à tous points de vue. J’avoue que c’est très complexe. D’un côté, je suis par filiation génétique concerné au premier chef, mais dans le même temps, je me suis toujours imposé une forme de distance pour justement ne pas sombrer dans la quête d’avantages et de gloriole clanique. J’ai toujours considéré que mon père, en tant que martyr, ne m’appartient pas, son combat comme celui d’ailleurs de toutes celles et ceux qui ont hissé l’Algérie au rang des nations libres dépasse le cercle de la famille. D’ailleurs, je déteste ce vocable «famille révolutionnaire» par lequel on désigne les moudjahidine et les ayants droit. C’est une forme éhontée de récupération d’une lutte nationale au bénéfice que l’on sait. Comme il appartient à la nation, c’est à celle-ci et à ses représentants d’honorer son combat et j’en viens à la deuxième partie de la question.
Ce n’est pas de la rancœur que j’éprouve, ce serait mal lui rendre honneur et hommage à lui et à ses compagnons. C’est de la tristesse et de la consternation quand, 50 ans après, leurs compagnons ou supposés tels sont encore dans les manipulations et l’utilisation de cette lutte chaque fois que le sol se dérobe sous leurs pieds. A l’évidence, ils sont incapables de leur rendre l’hommage qu’ils méritent et à se demander légitimement si cette histoire héroïque fut aussi la leur…

 

 

 

 

 

Qu’entendez-vous par «histoire sélective et manipulée» que vous citez dans votre contribution-témoignage ?

 

 

 

 

 

L’histoire héroïque de la guerre de Libération fut de bout en bout manipulée. Le premier acte – les usurpateurs ont voulu la vider de ces hommes et de ces femmes exceptionnels en l’aseptisant par cette formule «un seul héros, le peuple». Puis vint le deuxième acte – la récupération par des zozos sortis de je ne sais où. Chacun a commencé par se construire sa propre fable au point de faire douter les jeunes sur cette grande épopée. C’est en ça que les manipulateurs, les révolutionnaires de la vingt cinquième heure craignent par-dessus tout l’accès aux archives. Il est triste et honteux qu’aucune plaque commémorative ne singularise la résistance de la rue de Paris, l’une des plus parlantes de tous les événements au point où le colonel Vismes a reconnu en eux le «mordant» et la détermination. N’est-ce pas suffisant pour qu’en d’autres lieux et pays on aurait érigé cette maison en symbole de la mémoire collective. Mais cela, il aurait fallu que les martyrs aient eu d’autres compagnons que ceux qui s’accrochent à leurs petits privilèges.

 

 

 

 

 

Khider Ouahab, 21 août 2012. El Watan.com

 

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