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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Sorti renforcé des législatives, le Parti communiste russe voit déjà son candidat au deuxième tour de la présidentielle.

 

Après vingt ans de militantisme acharné, dans une Russie largement décomplexée par l'argent et la loi du capitalisme, le leader communiste Guennadi Ziouganov pourrait bientôt connaître son heure de gloire.

 

Mercredi, le président du Parti communiste de la Fédération de Russie, digne héritier du PCUS, a confié avoir de «bonnes chances» de remporter l'élection présidentielle, le 4 mars prochain, face à Vladimir Poutine. En tout état de cause, «il n'est plus possible que [ce dernier] gagne au premier tour, quand bien même on lui ajouterait artificiellement des voix», a estimé Ziouganov, ancien apparatchik converti aux vertus de l'élan démocratique qui gagne le pays depuis le début de l'hiver.

 

Au sein d'un système politique verrouillé ne tolérant qu'une opposition sage et disciplinée, le Parti communiste a gagné des galons d'indépendance, jusqu'à apparaître comme une figure de proue de la contestation postélectorale. Le scrutin du 4 décembre lui a bien réussi puisqu'il a obtenu 19 % des voix, en deuxième place derrière Russie unie - et en hausse de 10 points. Cette bonne performance ne l'a pas empêché de dénoncer bruyamment les falsifications. «Aujourd'hui, le pouvoir ne recueille au maximum que 30 % des suffrages (contre près de 50 % officiellement, NDLR). Pour que Poutine gagne au premier tour, il faudrait ajouter l'équivalent de 20 % de fraudes et violer une moitié du pays, ce qui est beaucoup trop», estime le leader communiste. Une analyse partagée par plusieurs instituts de sondage.

 

Créé en 1993 par Ziouganov lui-même, le Parti communiste (KPRF) s'appuie sur ses fondamentaux, tout en cultivant le nationalisme. Victime plus que les autres de la vague de libéralisation des années 1990, son électorat de base, moins fortuné que la moyenne de la population russe, et nostalgique de l'URSS, est majoritairement vieillissant. «Au cours des 20 dernières années, on nous a promis la démocratie. À la place nous avons vu les détournements de fonds publics, la violence et l'arbitraire total», s'insurge cet homme de 67 ans qui, chaque année, fait fleurir la tombe de Staline.

 

 

« Le parti a changé »

 

Mercredi, la Pravda, qui diffuse toujours quotidiennement près de 100.000 exemplaires, publiait un cahier spécial consacré à Guennadi Ziouganov, orné de cette formule du bon vieux temps: «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!» Le parti prône un retour aux nationalisations et une relance budgétaire de l'économie. Son président hésite à libérer l'ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovsky, symbole, selon lui, des errements du capitalisme russe.

 

Ce pedigree, qui pourrait apparaître encombrant en Occident, n'empêche pas le parti d'attirer de nouveaux sympathisants. «Seuls les communistes sont vraiment en opposition et représentent une réelle menace pour le pouvoir», se félicite Roman, 30 ans, représentant de la classe moyenne moscovite éduquée, celle qui a manifesté en masse les 10 et 24 décembre dernier. Selon une enquête publiée par l'institut indépendant Levada Centre, 19% des protestataires de l'avenue Sakharov, où s'étaient rassemblées près de 100.000 personnes, avaient voté pour le KPRF, premier parti à recueillir les suffrages de la foule, derrière la formation indépendante Iabloko. Le parti «a changé», affirme le «démocrate» Ziouganov. Mais il a beau surfer sur la révolte, le disciple de Lénine n'a pas levé toutes les ambiguïtés: il met en garde ses concitoyens contre le virus de la «lèpre orange» qui, après avoir atteint l'Ukraine en 2004, menacerait aujourd'hui la Russie.

 

Pierre Avril, 12 janvier 2012.  Lien : Le Figaro.fr 

 

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