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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Comment parler de désespoir sans être désespérant ? C’est tout l’exercice que de se placer dans cette neutralité ataraxique, au-delà de sa propre névrose, entre la réalité et son invention. Ce qui pousse à redéfinir les catégories ; il n’est resté au-delà de l’espoir qu’un magma de consciences repliées.

 

Il faut les voir, ces Algérien(ne)s, marcher sur leur devenir et fouler leur présent, pauvres ou riches, avec dans leurs yeux ce regard cassé, fulgurant désespoir du harrag sans feu et de l’exilé sans géographie, ivresse non aboutie de possibles désenchantements successifs de batailles et d’utopies perdues. Il faut voir dans ce regard de l’Algérien(ne) toutes ces névroses, remèdes au désespoir que chacun soigne.

 

L’alcool ou la religion, shooté aux benzodiazépines, à l’amour, au sexe, au shopping, aux drogues douces ou dures, accros à la violence, au futur, présent, passé, aux jeunes femmes de 20 ans ou à la télévision fiction, ou encore au pouvoir, drogue ultime de la psychodépendance. Pourtant, les Algérien(ne)s ne sont pas des Somalien(ne)s, ayant un pays, une nation et un Etat à défaut d’imagination.

 

On pourrait penser qu’il ne s’agit que de survivre là où il faut exister, l’inverse étant aussi vrai, mais aussi, en cet octobre 1961 et 1988, de comprendre que cette terre est un rêve éveillé et la gouvernance un mal nécessaire. Pendant que les Somalien(nes) cherchent à ne pas mourir, les Algérien(nes) tentent d’être, réinventant tous les jours dans leurs têtes cassées la nation, société idéale de possibilités.

Parce que le rêve, sublimation de la réalité, n’est qu’un guide surveillé par les organes de contrôle payés par le régime. Chaque Algérien(ne) en aura fait ce constat à la base d’utopies brisées et de folles envolées, vœux de futur magnifié et d’amour infini. Un pays si grand pour des dirigeants si petits. Les Algérien(nes) aiment l’Algérie et il est dommage(able) que l’inverse ne soit pas vrai.

 

Tout Président rêverait de cette société, installée exactement entre la conscience et la turbulence. L’Algérie a des hommes, des femmes, un peuple et une histoire, il est désespérant de voir qu’elle n’a pas de dirigeants.
 

Chawki Amari 19 octobre 2011. El Watan, Point zéro
 
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