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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Hommes d’affaires étrangers et diplomates sillonnent, main dans la main, l’Algérie. Qu’est-ce qui fait courir tout ce beau monde s’interroge Mohand Aziri dans El Watan ? «L’Algérie n’est considérée que comme un marché, un pays solvable dans lequel on vient vendre des produits mais sans chercher à s’installer», lui dit l’économiste Salah Mouhoubi. De son côté Farid Cherbal, enseignant à l’université de Bab Ezzouar est d’un tout autre avis : « C’est occasion historique pour relancer le plan de développement national, la ré-industrialisation du pays.

 

Chassé-croisé diplomatique, valse de délégations économiques

 

L’Algérie, ce gros marché…

 

Par Mohand Aziri

 

Jamais la «maison Algérie» n’a connu pareil chassé-croisé diplomatique, une valse aussi ininterrompue de délégations économiques et commerciales fortement intéressées par le marché national.

 

L’agenda des AE explose, ceux des ministères à forte valeur budgétaire également, comme celui de l’Habitat, de l’Industrie, du Commerce, etc. Pour le seul mois de novembre, Alger a ainsi accueilli des dizaines de délégations étrangères.

Des délégations de haut rang, comme celles des superpuissances américaine et européenne. Les visites fin octobre de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, suivie le 6 novembre de Catherine Ashton, la haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, en plus d’ouvrir les «soldes» et «bonnes affaires» de fin d’année, renseignent par ailleurs sur le rôle d’«Etat-pivot» assigné à l’Algérie dans une région «crisogène», plus que jamais en proie à l’instabilité et au chaos.

 

Les pays du sud de l’Europe, traversés par des crises économique et financière aiguës, se sont également bousculés au portillon Algérie.

Des Espagnols – le secrétaire d’Etat espagnol chargé de l’Equipement, du Transport et de l’Habitat, Raphael Catalo Polo était reçu le 6 novembre –, des Italiens – visite le 14 novembre de Mario Monti, président de Conseil des ministres –, des Français – visites de Arnaud Montbourg, ministre du Redressement productif et de Jean-Pierre Raffarin effectuées respectivement le 6 novembre pour le premier, du 23 au 25 novembre pour le «Monsieur Algérie» du gouvernement français –, ont labouré le terrain, et à la clé, de gros contrats signés.

Aux dîners des profitables affaires, les Britanniques ne sont pas à la traîne. Lord Richard Risby, le représentant du Premier ministre britannique chargé de la Promotion du partenariat économique avec l’Algérie, est accueilli le 4 novembre les bras ouverts et en prime un lot de promesses et projets protéiformes, en commun et à venir. Des Roumains, des Finlandais aussi.



 

L’Eldorado pour des économies en crise



La semaine écoulée, le ministre finlandais aux Affaires européennes, Alexander Stubb, à la tête d’une forte délégation d’hommes d’affaires, a séjourné plusieurs jours à Alger. Il en est de même pour le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu (26 novembre), de Hicham Kandil (visite en Algérie du 22 au 24 octobre 2012), le Premier ministre égyptien, et des ministres émirs du Golfe, comme ceux du Qatar, Mohamed Ben Salah El Sada et Youcef Hussein Kamel, ministre de l’Energie et de l’Industrie et ministre de l’Economie et des Finances de l’Etat du Qatar reçus pompeusement au début du mois passé, ou le ministre de l’Industrie et du Commerce saoudien, Tawfik Ben Fawzarane El Rabia, qui a séjourné à Alger la semaine dernière dans le cadre des travaux de la 8e session de la commission mixte algéro-saoudienne. Les visites, souvent en VRP, de hauts responsables politiques, accompagnés d’une armée d’hommes d’affaires, se suivent ainsi et ne se ressemblent pas.

 

L’Algérie, nouvelle destination prisée des investisseurs étrangers ? Eldorado inespéré pour des économies en crise ? L’économiste Salah Mouhoubi n’y croit pas.
Car en matière d’attractivité (des IDE), l’économie algérienne demeure un très mauvais élève. Ce ballet incessant de délégations ne présage, selon lui, rien d’extraordinaire pour l’avenir du pays. «Tout le monde veut avoir sa part du gâteau, dit-il. N’importe quel pays dans le monde a désormais l’ambition de venir construire des logements en Algérie, des infrastructures.» Ce qui fait courir ce beau monde, ajoute, persuadé, M. Mouhoubi, est la grosse cagnotte du programme de développement présidentiel qui prendra fin en 2014. «L’objectif étant aujourd’hui de gratter un maximum de projets, bénéfiques surtout pour leur pays.»

 

«L’Algérie n’est considérée, dit-il, que comme un marché, un pays solvable dans lequel on vient vendre des produits mais sans chercher à s’installer. Ils ne viennent surtout pas pour contribuer au développement de l’Algérie ou pour opérer un transfert de technologie ou valoriser le potentiel algérien.» Attirer les IDE ne peut pas s’accommoder, à ses dires, d’une économie «fermée», doublée d’une architecture juridique loin d’être avantageuse et pour l’Algérie et pour l’investisseur étranger. Enseignant à l’université de Bab Ezzouar et syndicaliste, Farid Cherbal est d’un tout autre avis.

 

Deuxième plus grand pays en Afrique, puissance financière dotée d’une belle cagnotte libellée en dollars et en euros (près de 200 milliards de dollars de réserves de change), l’Algérie tient, d’après Cherbal, une «occasion historique pour relancer le plan de développement national, la ré-industrialisation du pays. Surtout que le pays dispose déjà de nombreux atouts dont l’autonomie financière, la solvabilité, les ressources humaines, le capital expérience à même de lui conférer une marge de négociation assez importante».
Les pouvoirs publics se doivent, selon lui, de profiter des effets de la conjoncture de crise que traversent les pays développés pour relancer un «plan de développement national sur des secteurs stratégiques» comme la sidérurgie, la métallurgie, le textile, l’agriculture, etc.
Mais pour ce faire, conclut l’universitaire, l’Algérie doit d’abord «consolider le consensus interne». «Seul, souligne-t-il, l’avènement d’une Algérie démocratique et sociale peut lui procurer le système immunitaire dont elle a besoin pour se prémunir contre toute velléité de déstabilisation et d’ingérence».

 

 

Mohand Aziri, 8 décembre 2012. El Watan.com

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