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Publié par Saoudi Abdelaziz

L'Europe est en crise. L'Angleterre a sombré dans l'émeute et les pillages pendant plusieurs jours, tandis que les élites politiques, au pouvoir comme dans l'opposition, tentent de les réduire à de simples pulsions criminelles de ceux qui veulent faire du shopping gratuitement. La répression en cours était prévisible car l'ordre au sens concret et symbolique a été bousculé par les débordements. Toute tentative d'analyser les causes sociales de ces émeutes de grande ampleur est quasi criminalisée et les hommes politiques, conservateurs comme travaillistes, ne sont pas loin de vouloir faire passer ceux qui s'y risqueraient devant les tribunaux qui condamnent les émeutiers à la chaîne.

 Aucune société, et la britannique ne fait pas exception, n'aime les désordres et l'insécurité ; et elle a tendance à demander plus de répression après des émeutes violentes. Et s'il est normal que des dirigeants politiques répondent à cette demande «d'ordre», cela ne signifie pas qu'ils doivent fermer les yeux sur la large fracture sociale, produit des politiques dites de «rigueur» mises en place par les gouvernements successifs.

 En Grande-Bretagne, le gouvernement conservateur, qui entend restaurer la «société morale», n'est pas prêt à se contenter des condamnations infligées par les tribunaux : il veut expulser les émeutiers des logements sociaux. L'idée, reprise auprès de pétitionnaires qui appelaient à priver de droits sociaux les fauteurs de troubles sociaux, permet sans doute au gouvernement de Cameron de redorer un blason décidément bien terni. Elle fait partie de ces idées faussement «simples» prônées par les populismes de tout acabit, y compris dans ses versions les plus brunes. David Cameron admet que si ces personnes sont exclues des logements sociaux, il leur sera difficile de trouver un logement dans le secteur privé. De manière très «responsable», il pense qu'elles auraient dû y penser avant. Un regard «anti-populace» très 19e siècle dans une Grande-Bretagne postmoderne, c'est la posture d'élites pressées de se défausser de leurs responsabilités.

 Il n'est pas inutile de noter que le gouvernement en question entend réduire les effectifs de la police, à qui il reproche de ne pas avoir été efficace face aux émeutes. Le chancelier de l'Echiquier britannique (ministre des Finances) est étonnamment plus proche de la réalité en évoquant le besoin de s'attaquer à des problèmes « profondément ancrés» et en soulignant qu'il «y a des communautés qui ont été abandonnées par le reste du pays. Il y a des communautés qui sont coupées des circuits qui alimentent l'économie du reste du pays».

 Cela peut n'être que des mots. Les émeutes en Grande-Bretagne, à qui l'on dénie toute explication sociale, pourraient bien servir, par la réponse «thatchérienne» que David Cameron veut appliquer, de répétition générale à une Europe promise à de douloureux ajustements structurels. Dans des démocraties où les pouvoirs publics montrent qu'ils sont aux ordres des marchés, il n'est pas trop difficile de deviner que ce sont les classes populaires qui vont payer le plus gros de la facture. En définitive, les émeutes sont bien utiles pour se déculpabiliser, n'est-ce pas Mister Cameron ?

 

K. Selim. Editorial. Le Quotidien d’Oran, 14 août 2011

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